Burkina Faso: Des agricultrices et agriculteurs demandent une indemnisation de Monsanto

| avril 18, 2016

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Ousmane Tiendrebéogo est un homme qui ne lâche rien. Depuis plusieurs années, il mène un combat acharné contre la culture du coton génétiquement modifié ou coton GM au Burkina Faso. M. Tiendrebeogo est le secrétaire général du Syndicat National des Travailleurs de l’Agropastoral. Il dit : « Pendant des années on nous a traité de menteurs lorsqu’on dénonçait les méfaits du coton génétiquement modifié ».

Après près d’une décennie à planter du coton GM, le Burkina Faso a récemment décidé de marquer un arrêt. La raison ? Le prix mondial du coton burkinabé a chuté en raison d’une caractéristique clé du coton GM: la longueur de la fibre de coton. Lorsque les fibres du coton sont courtes, elles pèsent moins. Et les récoltes plus légères signifient une réduction des revenus pour les cotoncultrices et cotonculteurs.

Les trois sociétés cotonnières burkinabés qui achètent le coton auprès des cotoncultrices et des cotonculteurs pour la revente sur le marché mondial ont enregistré d’énormes pertes au cours des dernières années. Wilfried Yameogo est le directeur général de la Sofitex, l’une des trois sociétés cotonnières. Il explique : « Nous sommes passés de FCFA 39,2 milliards (66 million$ US)  de pertes à  FCFA 49,3 milliards (83 million$ US) en une seule récolte. Si nous continuons comme ça, le trou  se creusera davantage ».

Aujourd’hui, l’Association Interprofessionnelle du Coton du Burkina, qui regroupe les trois sociétés cotonnières et la fédération des producteurs, réclame à Monsanto le paiement de la somme de 48,3 milliards de francs CFA (82 million$ US) pour compenser les préjudices causés par la culture du coton GM. Monsanto est la société américaine qui fournit les semences de coton GM, qui ont été génétiquement modifiées pour dissuader les chenilles d’endommager la culture.

Ousmane Tiendrébéogo est fier de la lutte contre Monsanto, mais il dit que la lutte pour la compensation ne doit pas négliger les productrices et producteurs de coton. Il dit que la situation devrait servir de rappel que les cotoncultrices et cotonculteurs ne devraient jamais être utilisés pour introduire des cultures GM, car ce sont elles et eux qui en sorte toujours perdant(e)s. Il ajoute :  « Ce que je souhaite, c’est qu’on soit juste avec les paysans. Les compagnies cotonnières font la somme de leurs pertes pour présenter la facture à Monsanto. Il se trouve qu’en milieu paysan il y a eu de lourdes pertes. Il y en a qui ont perdu du bétail, il y en a qui ont perdu des bœufs de labours ».

En effet, certaines productrices et certains producteurs affirment que leurs animaux ont été lésés ou sont morts parce qu’ils mangeaient du coton GM, bien que cette information qui n’a pas encore été scientifiquement prouvée.

M. Tiendrebéogo conclut: « Il y a des producteurs qui depuis plusieurs décennies ne vivaient que de la culture du coton. Avec les [semences GM], ils ont été obligés d’abandonner cette culture et ont plongé carrément dans la misère. Il y a des paysans qui se sont suicidé. Il y a des familles qui se sont déchirées à cause des pertes occasionnées par le coton GM. Tout cela doit être comptabilisé dans les torts créés par Monsanto. Je pense qu’on devrait faire la somme de tout cela pour que Monsanto paie. Il faut que la justice soit rendue pour tous. »