Afrique de l’Est: Les personnes séropositives se tournent vers les jardins potagers pour faire face à la hausse des prix alimentaires et à la sécheresse (IRIN)

| août 22, 2011

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Le petit jardin derrière la maison d’Agnès Oroma, qui vit dans le district de Gulu, dans nord de l’Ouganda, est beaucoup plus qu’un passe-temps. Mme Oroma est une personne séropositive. Elle croit que son jardin est l’une des principales raisons expliquant sa bonne santé. Elle dit: « Il ne faut pas négliger ce petit espace derrière votre maison, il peut faire beaucoup pour vous nourrir à moindre coût et réduire votre fardeau financier. »

Le jardin de Mme Oroma fait dix mètres sur quinze. Elle y cultive des légumes indigènes et des tomates. Elle montre aussi fièrement un sac en sisal dans lequel elle cultive des oignons. Ces produits complémentent son alimentation quotidienne qui inclut des haricots, de la farine de maïs et du poisson. Mme Oroma donne également des conseils sur les façons d’utiliser à bon escient l’argent économisé en cultivant vos propres légumes. Elle dit: « Cela peut vous permettre de dépenser de l’argent pour d’autres produits essentiels, afin que vous restiez en bonne santé en prenant vos traitements antirétroviraux (ARV) quotidiens. »

Plus de 11,6 millions de personnes sont menacées de famine dans la Corne de l’Afrique. Des millions d’autres sont affectées par les prix des denrées alimentaires, dans cette même région. Les experts préviennent que les personnes vivant avec le VIH sont particulièrement à risque.

Selon l’Organisation Mondiale de la santé, les personnes séropositives ont besoin de consommer au moins 10 pour cent de plus en énergie d’origine alimentaire. Le manque de nourriture est un obstacle au succès de la thérapie ARV. De nombreux patients abandonnent leurs médicaments antirétroviraux ou retardent le commencement de la thérapie jusqu’à ce qu’ils puissent se permettre une alimentation plus nutritive.

Francesca Achieng est nutritionniste à l’Hôpital de Gulu. Elle confirme que la nutrition affecte les soins aux personnes séropositives. Elle note que « [Sans une alimentation adéquate,] un patient ne peut pas résister à la force des ARV, à cause de leurs effets secondaires. Les médicaments peuvent détruire votre corps tandis qu’ils luttent pour réduire la multiplication du virus dans votre corps. » Lorsque le personnel hospitalier a commencé à évaluer les niveaux de nutrition, on a réalisé que les patients traversaient des  périodes difficiles.

Mme Oroma et d’autres personnes séropositives vivant à Gulu ont formé un groupe. Leur objectif est d’atteindre la souveraineté alimentaire. Cela les aide à maintenir une alimentation saine et à demeurer sous traitement antirétroviral. Le groupe de jardiniers de Mme Oroma s’est agrandi, durant les derniers mois, jusqu’à compter 30 personnes.

Maurine Kilama a également commencé à cultiver des légumes. Elle dit: « La nourriture était mon plus grand souci par rapport à mon traitement; je m’affaiblissais parce que mon corps n’avait pas la force de résister à la puissance des médicaments ARV. » Mme Kilama avait perdu 6 kilos. Mais depuis qu’elle a commencé son jardin, elle a repris 4 kilos. Elle dit: « Depuis que j’ai commencé à cultiver ces légumes … Je me sens beaucoup mieux et j’ai la force de faire d’autres choses. » Elle poursuit: « Je  prends maintenant mes médicaments sans soucis, car je sais que la nourriture que je cultive me permettra de continuer encore un autre jour. »

Cependant, pour de nombreuses personnes séropositives, déjà affaiblies par le manque d’alimentation adéquate, travailler dans un jardin n’est pas une option. Ce travail peut être trop fatigant. Ou bien elles peuvent être trop faibles pour marcher de longues distances pour collecter et transporter de l’eau pour le jardin.

Les services de santé sont limités, en Afrique de l’Est, et fonctionnent souvent à pleine capacité. Les personnes séropositives ne peuvent pas recevoir l’attention dont ils ont besoin des agents de santé surchargés. De nombreuses personnes vivant avec le VIH s’appuient sur des réseaux sociaux ou sur de l’aide à domicile. Les pénuries de nourriture et d’eau peuvent présenter un défi pour entretenir ces réseaux de soutien. Par conséquent, certains se désintègrent.

Mais Mme Kilama demeure autosuffisante. Elle n’a pas subi les pires effets de la sécheresse. Elle a planté des oignons et des légumes entre novembre et janvier. Elle dit: « La récolte de ces produits est facile, à condition que vous les arrosiez tôt le matin et le soir. » Elle a récolté des légumes en mars et avait même un surplus à vendre. L’argent l’a aidée à acheter de la nourriture et à payer des frais scolaires.