Burundi & Ghana : Deux techniques pour conserver les tomates plus longtemps (par Jean de Dieu Ununahazwe & Anais Voski)

10 Avril 2017
A translation for this article is available in English

Vital Nduwimana se désolait de la quantité de tomates qu’il perdait chaque saison. Pendant des années, ses tomates se mettaient à pourrir trois ou quatre jours après qu’il les avait récoltés. Cela le frustrait.

M Nduwimana explique : « Je n’arrivais pas à écouler toutes mes tomates, et je perdais presque la moitié de ma production. Pire encore, je devais les vendre à bas prix au marché. Alors, en 2015, je me suis dit qu’il fallait trouver un moyen de conserver les tomates. »

Conserver les légumes après les avoir récoltés peut s’avérer difficile, car ils se gâtent rapidement. En utilisant de bonnes techniques de conservation, les agriculteurs et les agricultrices peuvent continuer à consommer des légumes nourrissants longtemps après leur récolte, ou les vendre lorsque les prix flambent sur le marché. Toutefois, certains producteurs et productrices burundais et ghanéens emploient désormais des techniques efficaces pour empêcher que leurs tomates pourrissent.

M Nduwimana cultive la tomate à l’est du Burundi, sur la colline de Kabuyenge, à cinq kilomètres de la frontière tanzanienne. Il conserve ses tomates dans la cendre.

M Nduwimana a testé de nombreuses techniques pour résoudre son problème, en vain. Il a essayé de conserver ses tomates dans l’eau, l’argile, sous terre, dans des cartons et même dans le sable. Puis un jour, il a constaté que les tomates qu’il avait conservées près de ses bananiers, dans un tas de cendre, n’avaient pas pourri.

Maintenant, il conserve ses tomates avec de la cendre provenant d’une cheminée, et qu’il tamise trois ou quatre fois pour retirer les gros résidus, les débris et autres corps étrangers. Il verse la cendre dans un carton en papier avant d’y déposer les tomates.

Grâce à cette technique, M. Nduwimana parvient à bien conserver ses tomates pendant plusieurs mois. Il explique : « Je conserve mes tomates dans la cendre pendant cinq à six mois afin de pouvoir les vendre en décembre, janvier ou février lorsque les prix augmentent, car les tomates sont rares et deviennent chères pendant cette période. »

Jean Nivyabandi est agronome. Il assure que les cendres n’ont aucun effet nuisible sur les tomates et que celles-ci peuvent être consommées sans danger. Il explique : « Il n’y a aucun risque que la tomate devienne toxique après avoir été conservée dans la cendre. » Néanmoins, l’agronome souhaite que l’Institut des sciences agronomiques du Burundi réalise des tests pour valider scientifiquement la technique de M. Nduwimana.

Des agriculteurs et des agricultrices de Gbunlung Savulgu, au nord du Ghana, utilisent un autre moyen pour conserver les tomates : une chambre froide fonctionnant sans électricité. Elle prolonge la durée de conservation et la qualité des légumes en les préservant dans un environnement frais.

Ce réfrigérateur comporte une double paroi en briques, et l’espace situé entre les deux parois est rempli de sable humide. Le sable permet de baisser la température dans le réfrigérateur à mesure que l’eau s’évapore. Les agriculteurs et les agricultrices entreposent leurs produits frais dans des cageots à l’intérieur des chambres couvertes.

Rahinati Alhassan et Nafisa Alhassan sont deux utilisatrices de la « chambre froide ». Ces femmes de 40 ans ont multiplié par trois leur production légumière et interviennent désormais comme animatrices dans leur communauté.

Mme Nafisa Alhassan affirme que les tomates qu’elle ne parvient pas à écouler se conservent désormais plutôt que de pourrir, ce qui signifie qu’elle peut les vendre lors du prochain marché, une semaine plus tard.

Mme Nafisa Alhassan se rappelle : « La première fois que j’ai mis la main dans le réfrigérateur, j’ai eu une sensation assez troublante. C’était frais à l’intérieur, même s’il faisait très chaud dehors. La différence que fait ce réfrigérateur pour nos légumes est indéniable et très manifeste. Elle multiplie par deux la durée de conservation des tomates, des aubergines [et] des concombres. »

 

Le présent article s’inspire de deux histoires des archives de Barza infos. Lisez les articles au complet.

Burundi : Des agriculteurs découvrent une nouvelle technique de conservation des tomates : http://wire.farmradio.fm/fr/farmer-stories/2016/11/burundi-des-agriculteurs-decouvrent-une-nouvelle-technique-de-conservation-des-tomates-15455

Ghana : Des agricultrices adoptent une technique écologique autonome pour conserver leurs légumes : http://wire.farmradio.fm/fr/farmer-stories/2017/01/ghana-des-agriculteurs-adoptent-une-technique-ecologique-autonome-pour-conserver-leurs-legumes-15768

 

Photo: Vital Nduwimana au Burundi  // crédit:  Jean de Dieu Ununahazwe