Gaudensia Mngumi | septembre 27, 2024
Nouvelle en bref
Dans le village d’Ilongero, en Tanzanie, Rehema Mbura utilise un pesticide biologique fait maison contre les chenilles, les insectes foreurs et les champignons parasites. Son mélange est fait de feuilles de papayer, de cendre de bois et d’eau. Elle parle de sa technique à son voisinage, et, maintenant, plusieurs agriculteurs et agricultrices ont de meilleurs récoltes et revenus. Elle déclare : « Les pesticides biologiques sont faciles à faire, ils permettent d’avoir plus de nourriture et fournissent aux agriculteurs plus de revenus. »
Par une matinée froide dans le village d’Ilongero, dans la région de Singida, en Tanzanie, Rehema Mbura cueille des feuilles de papayer dans l’air frais, se préparant à fabriquer un pesticide biologique. Son exploitation de deux acres et demie se trouve à cinq minutes de marche de chez elle. Pendant la saison pluvieuse, elle cultive du maïs comme principale denrée vivrière et des tournesols pour de l’argent. Elle cultive également de la tomate, des oignons, du chou vert et du gombo, et elle utilise souvent l’eau de puits peu profonds pour arroser ses légumes.
Les feuilles de papayers serviront à fabriquer un pesticide pour ses plantes. La femme de 47 ans explique : « Je cueille les feuilles de papayers mâles tôt le matin avant le lever du soleil. Les papayers mâles ne produisent pas de fruits, par conséquent, on peut y cueillir plus de feuilles pour la fabrication de pesticides. »
Madame Mbura découpe une bassine remplie de feuilles, les pile dans un mortier en bois, ajoute deux cuillères de cendre de bois, et mélange le tout avec 20 litres d’eau. Puis, elle laisse macérer le mélange pendant une semaine.
Elle filtre le liquide à l’aide d’un sac et d’un tissu pour retirer les impuretés, et utilise les résidus en guise de fumier composté. Elle pulvérise le pesticide sur le dessus et le dessous des feuilles où les organismes nuisibles se cachent et pondent des œufs.
Madame Mbura explique : « Nous pulvérisons généralement entre 16 h et 19 h, car cela permet au pesticide de mieux adhérer aux feuilles. Le pesticide fait maison lutte efficacement contre les chenilles, les insectes foreurs et les champignons parasites. »
Josephat Ndakidemi est chercheur à l’Institut africain des sciences et des technologies Nelson Mandela d’Arusha, en Tanzanie. Il explique que la cueillette des feuilles le matin permet de s’assurer qu’elles sont plus fraîches et ont plus d’eau, ce qui rend le pesticide plus fort. Il conseille aux agriculteurs et aux agricultrices de piler et de faire macérer les feuilles de papayer pendant deux semaines pour en retirer plus d’extraits, ce qui renforcera la puissance du pesticide.
Monsieur Ndakidemi déclare : « Les pesticides biologiques permettent d’éviter les organismes nuisibles, ils ne sont pas dangereux pour les personnes ni pour l’environnement, et ils attirent les pollinisateurs comme les abeilles vers les exploitations agricoles. »
La pulvérisation se fait deux fois par mois ou plus fréquemment lorsqu’il pleut abondamment. Madame Mbura a appris la technique dans le cadre d’un projet d’ActionAid-Tanzanie en 2015 qui visait à améliorer les conditions de vie des femmes et des enfants confrontés aux pénuries alimentaires et aux coûts élevés des engrais et des pesticides dans son village.
Madame Mbura a été désignée par son voisinage pour participer à la formation, afin de leur apprendre par la suite à fabriquer des pesticides à partir de déchets animaux et de végétaux. Elle déclare : « J’étais heureuse qu’ils m’aient désignée. Cela m’a permis d’apprendre et d’enseigner aux gens du village de nouveaux moyens de lutte contre les organismes nuisibles et les maladies sur nos exploitations agricoles, et ce, même lorsque nous sommes serrés sur le plan financier. »
Elle ajoute qu’au départ les hommes considéraient le projet comme un travail pour les femmes, mais qu’après avoir constaté ses avantages, ils ont commencé à y participer activement.
Elle se rappelle : « Au début, certains agriculteurs doutaient de l’efficacité des pesticides faits maison, surtout contre les insectes foreurs du dolique. Nous avons organisé des rencontres avec les agriculteurs pour parler de leurs préoccupations et éventuellement désigner certains comme responsables des groupements paysans, ce qui a permis de venir à bout de la résistance. »
Madame Mbura explique que les années précédentes, les organismes nuisibles et le manque de pesticides l’avaient empêché d’obtenir de bonnes récoltes. Maintenant, grâce aux connaissances qu’elle a sur la fabrication et l’utilisation des pesticides biologiques, ses rendements ont considérablement augmenté. Elle déclare : « Je vends maintenant des légumes aux marchés, aux écoles et à des particuliers, ce que je ne pouvais pas faire avant. »
Les efforts de madame Mbura ont également permis à son village de jouir d’une meilleure sécurité sur le plan des revenus et alimentaire. Elle a formé plus de 100 personnes, y compris Maria Salum, une agricultrice de 40 ans handicapée, qui a une malformation à la main.
Elle cultive du maïs, du millet, des patates douces, du dolique et des légumes sur l’exploitation qu’elle a héritée de sa grand-mère. Malgré la stigmatisation et les défis associés à son handicap, elle est devenue une agricultrice prospère grâce à la formation de madame Mbura.
Elle fabrique du pesticide biologique avec du piment sauvage et des tomates amères appelées solanum. Elle mélange 20 grammes de chacune de solanum jeunes et matures, les fait sécher dans un endroit frais, puis les écrase et les tamise pour obtenir une fine poudre. Cette poudre est mélangée avec un demi-kilogramme de piments fort séchés pour faire un pesticide pour les céréales récoltées. Elle mélange ce pesticide avec 20 kilogrammes de millet ou de maïs récolté pour prévenir les organismes nuisibles courants comme les charançons et les insectes foreurs.
Mademoiselle Salum déclare : « Je suis une agricultrice handicapée heureuse. La fabrication et l’utilisation de ces pesticides ont transformé ma vie. J’ai même construit une maison de deux chambres avec des briques cuites. »
Elle ajoute : « Les gens me respectent maintenant. Je n’ai plus besoin de mendier. J’ai une maison à moi tandis que des hommes valides vivent toujours dans des maisons en banco. »
Pour madame Mbura, les avantages sont évidents : « Les pesticides biologiques sont faciles à faire, ils permettent d’augmenter la production alimentaire et ils apportent aux agriculteurs plus de revenus. »
La présente nouvelle a été produite grâce au soutien financier de la Fondation Biovision.