Sougou Penda Ngane | août 19, 2025
Nouvelle en bref
À Diembéring, au Sénégal, des femmes mènent des actions communautaires contre la déforestation et pour la reconstitution des écosystèmes au moyen de savoirs traditionnels. La technicienne en agroforesterie Aïssatou Keita Sissokho et son groupement forment plus de 500 femmes sur l’agriculture durable et la reforestation, et restaurent plus de 100 hectares de terre. Elles créent également des produits à valeur ajoutée à partir de plantes, comme le moringa, ce qui permet aux femmes de jouir d’une indépendance financière. Dans les régions comme Zinguinchor et Kolda, des femmes appliquent des méthodes ancestrales, en vue de lutter contre le changement climatique, protéger les sols et gérer la salinité de l’eau. Ces initiatives outillent les femmes pour être des leaders et préservent l’environnement pour les futures générations.
Le soleil resplendit au-dessus de la Basse-Casamance. À Diembéring, un village sénégalais situé à 60 kilomètres de Ziguinchor, l’air est très chaud. Pourtant à l’abri d’arbres anciens, la vie continue tranquillement. Des oiseaux chantent, le vent souffle dans les arbres, et les voix joyeuses de femmes retentissent. Dans ce paysage vibrant, où tradition et résilience se rencontrent, les femmes sont rassemblées pour reboiser la terre et préserver les écosystèmes locaux.
Au Sénégal, la déforestation s’accélère, poussée par la coupe excessive des arbres, l’urbanisation rapide et l’agriculture intensive. Face au problème, Aïssata Keita Sissokho et ses camarades mènent des actions de reboisement communautaires dans plusieurs régions, s’inspirant de savoirs traditionnels, et avec le soutien du Centre écologique Albert Schweitzer.
Madame Sissokho, technicienne en agroforesterie et présidente d’Action Citoyenne pour le Développement (ACD) représente une nouvelle génération de femmes qui sont attachées à la terre, ainsi qu’aux solutions durables. Elle déclare : « Ces savoirs ancestraux constituent un trésor qu’il faut protéger. »
Madame Sissokho explique que, dans les traditions locales, les palétuviers, comme le Rhizophora et l’Avicennia permettent de lutter contre la salinisation de l’eau. Leurs aînés suivaient également les calendriers lunaires pour déterminer les dates de plantation et ils employaient des techniques de paillage pour conserver l’humidité du sol et améliorer la fertilité avec des engrais naturels faits à base de cendre et de fumier.
Dans la région de Saloum, madame Sissokho collabore avec les femmes, afin de préserver et promouvoir les connaissances agricoles traditionnelles. Plus de 500 femmes rurales ont été formées aux pratiques agricoles durables, associant les cultures vivrières à des variétés qui enrichissent le sol, telles que le moringa et le pois d’Angole, afin d’améliorer la productivité et la santé des sols de leurs exploitations.
Selon elle, leurs efforts ont permis de reboiser 105 hectares d’exploitations agricoles familiales. Chaque année, son association distribue 400 semis d’arbres aux ménages ruraux dans leur région.
Ces femmes transforment également ces plantes en produits de valeur ajoutée. Par exemple, elles transforment le moringa en compléments alimentaires, en savons et plus. Certaines femmes sont devenues formatrices, et créent des réseaux d’apprentissage communautaires. Cette dynamique transforme non seulement les femmes, en plus d’encourager leurs communautés. Elles gagnent des revenus, éduquent leurs enfants et réinvestissent dans d’autres projets.
Aminata Diatta, 38 ans, est un exemple. Après avoir suivi une formation sur la transformation du moringa, elle ouvrit une petite unité de transformation du moringa. Elle déclare : « Aujourd’hui, je suis financièrement autonome grâce à mon travail. Je contribue aux dépenses de ma famille. » Elle gagne jusqu’à 80 000 francs CFA (environ 143 $) par mois.
À Ziguinchor, Sédhiou et Kolda, des femmes, comme Jinette Badji, membre de l’Association Eco-Rural pour la formation et le développement local, se mobilisent également contre le changement climatique grâce aux savoirs ancestraux. Madame Badji explique que ces femmes appliquent des techniques ancestrales, telles que la construction de digues traditionnelles, la conservation de variétés de semences traditionnelles et la production de compost naturel. De plus, elles plantent des arbres pour freiner l’intrusion de l’eau de mer et rétablir l’équilibre biologique des sols. Elle déclare : « Le sel envahit nos champs de riz. Par conséquent, chaque année, nous replantons des palétuviers, notamment le Rhizophora et l’Avicennia. Ce sont nos mères et nos grands-mères qui nous ont transmis ce savoir. »
Madame Badji souligne qu’au-delà de l’impact environnemental, les initiatives de ces femmes rurales encouragent l’inclusion sociale et le leadership des femmes. Elles sont désormais reconnues comme des porteuses de solutions dans leurs communautés. Elle déclare : « Aujourd’hui, les chefs de village nous consultent. Nous participons aux prises de décisions. Cela change tout. »
Selon l’Agence nationale des statistiques et de la démographie (ANSD) du Sénégal et Enda Pronat, un membre du réseau d’Enda Tiers Monde, 70 % des femmes contribuent à l’agriculture et à la gestion des forêts au Sénégal. Elles possèdent des connaissances sur plus de 200 espèces végétales locales essentielles pour la sécurité alimentaire et la santé. Pour madame Sissokho, outre les arbres qu’elles plantent, c’est une nouvelle mentalité qui prend racine. Elle déclare : « Chaque arbre que nous plantons est un moyen de résistance. Nous voulons léguer une terre vivante à nos enfants. Et nous le ferons, au millimètre près. »
