Issa Togola | décembre 19, 2025
Nouvelle en bref
À Wolofobougou, un quartier de Bamako, des jeunes brisent les tabous entourant l’éducation à la santé sexuelle dans le cadre de discussions menées par leurs pairs. Formée par l’Association des jeunes pour la citoyenneté et la démocratie, la jeune ambassadrice Fatimata Dao anime maintenant des conversations sur les IST, la contraception et la santé menstruelle dans les espaces publics et les écoles. Ces initiatives aident à combattre les mythes, la stigmatisation et la désinformation qui empêchent les adolescents et les adolescentes de se procurer des informations fiables. Malgré les résistances sociales, de telles initiatives permettent aux jeunes de s’exprimer ouvertement, de prendre des décisions éclairées et d’améliorer leur bien-être sexuel et reproductif.
Il est 17 h à Wolofobougou, un quartier situé au cœur de Bamako, au Mali. Sur un terrain de sport, des jeunes jouent au basket. À côté, une jeune femme d’une vingtaine d’années, Fatimata Dao et quelques-unes de ses camarades se sont réunies pour discuter de leur sujet du jour : les infections sexuellement transmissibles (IST). Elle déclare : « Avant, je considérais les discussions sur l’éducation sexuelle taboues. Mais, aujourd’hui, je vois cela comme une nécessité et une solution. »
Mademoiselle Dao pense que plusieurs jeunes de Wolofobougou ont toujours des opinions négatives par rapport à leurs camarades qui discutent ouvertement de ces sujets en public, jugeant cela inapproprié. Elle ajoute que la timidité et la peur d’être jugés par les autres empêchent également beaucoup d’obtenir des renseignements justes.
Mademoiselle Dao explique qu’avant de s’ouvrir aux questions relatives à l’éducation sexuelle des jeunes, elle recourait à l’Internet ou à certains camarades pour avoir des informations, car il n’y avait aucune discussion sur ce sujet à la maison. Souvent, les parents croient que parler de sexualité avec les enfants pourrait exposer ces derniers à des relations sexuelles précoces ou à l’immoralité. Elle se rappelle : « Je n’avais aucun conseil et j’ignorais comment aborder le sujet avant une personne adulte. »
En février 2021, mademoiselle Dao a été sélectionnée pour participer à un programme d’information et de sensibilisation de l’Association des Jeunes pour la Citoyenneté Active et la Démocratie (AJCAD) sur l’éducation à la santé sexuelle des jeunes dans leur centre de formation. Le programme a couvert plusieurs sujets, allant du bien-être physique, mental et émotionnel lié à la sexualité des jeunes et des adolescents aux moyens de contraception et à la violence sexuelle. Elle déclare : « Grâce à cette formation, je n’ai plus honte de parler de santé sexuelle avec mon entourage. Cela a renforcé mon estime de soi. »
À la suite de cette formation, mademoiselle Dao est devenue une ambassadrice de l’AJCAD, qui s’attelle à combattre les stéréotypes, les mythes et la désinformation concernant l’éducation à la santé sexuelle des jeunes, notamment au profit des adolescents et des adolescentes. Elle sensibilise et forme d’autres jeunes sur la gestion des menstruations et l’importance d’utiliser des moyens de contraception. Elle anime régulièrement des sessions dans son centre de formation, dans les écoles et dans d’autres espaces publics.
Aujourd’hui, mademoiselle Dao parle aisément de la santé sexuelle avec ses camarades. Elle explique que, grâce à ces conversations, les jeunes ne considèrent plus ce sujet tabou. Ils sont plus disposés à en discuter ensemble et avec des adultes.
Soumaila Moro est un spécialiste de la santé sexuelle et reproductive. Il soutient que l’éducation sexuelle des jeunes et des adolescents implique qu’ils aient des outils cognitifs et pratiques nécessaires pour leur bien-être sexuel et reproductif. Il ajoute que cela est fondamental pour les jeunes qui recherchent des renseignements fiables pour renforcer leur bien-être.
Selon Monsieur Moro, malgré ces efforts, la société continue d’avoir une image négative des conversations sur la santé sexuelle avec les jeunes. Il cite l’exemple de l’Association des parents d’élèves du Mali, qui a rejeté l’introduction de l’éducation sexuelle dans le programme sexuel en 2018, affirmant que cela est contraire aux traditions. Il considère cette réticence de société comme un défi majeur et regrette que certains parents considèrent toujours le fait que les jeunes recherchent des renseignements justes sur la santé sexuelle, ou qu’ils abordent la question en public, comme un signe d’imprudence et un défaut des parents.
Malgré ces défis, mademoiselle Dao reste imperturbable. Elle annonce fièrement qu’elle soutient plus de 2 000 jeunes et adolescents au niveau de leur bien-être. Parmi eux se trouve Idrissa Coulibaly, un jeune de 17 ans qui ne cache pas sa satisfaction. Il déclare : « Je me sens maintenant beaucoup plus en sécurité, car je sais où et comment trouver les informations. »
Pour mademoiselle Dao, il faut poursuivre le combat pour ces jeunes sœurs qui doivent s’épanouir. Elle termine : « Nous devons informer et former les jeunes, afin qu’ils puissent savoir comment trouver de l’aide et des renseignements fiables. C’est ainsi que nous pouvons assurer leur bien-être et restaurer la confiance et l’espoir des jeunes. »
La présente nouvelle a été produite grâce à l’initiative « HÉRÈ — Bien-être des femmes au Mali » qui vise à améliorer le bien-être des femmes et des filles en termes de santé sexuelle et reproductive, et renforcer la prévention et les solutions à la violence basée sur le genre dans les régions de Sissoko, Sékou, Mopti et le district de Bamako, au Mali. Ce projet est mis en œuvre par le Consortium HÉRÈ-MSI Mali, en partenariat avec Radios Rurales Internationales (RRI) et Women in Law et Development in Africa (WiLDAF), grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.