admin | décembre 23, 2024
Nouvelle en bref
À l’ouest du Kenya, Simon Kitol a transformé la plante invasive Prosopis juliflora, ou mathenge, en une ressource. Alors qu’elle était considérée comme un fléau, la biomasse de cette plante est désormais transformée en du biocharbon qui améliore la fertilité des sols, la rétention des sols et les rendements de son exploitation. Il déclare : « Je vois que le biocharbon a un avenir prometteur. » Le biocharbon, une substance riche en carbone, est de plus en plus populaire dans le monde, car il contribue à l’amélioration de la santé des sols, la génération de crédits carbone et l’offre de nouvelles sources de revenus aux agriculteurs et aux agricultrices.
L’exploitation agricole de 25 acres de Simon Kitol, à l’ouest du Kenya, regorge de maïs, de tomates et de haricot, mais également d’une menace qui prend de l’ampleur : le Prosopis juliflora, communément appelé mathenge. Ses longues racines privent les cultures d’eau, et cet arbuste accapare un espace précieux pour la culture de denrées alimentaires. Le bétail de monsieur Kitol se nourrit également des gousses de mathenge qui sont très sucrées, ce qui entraîne plus de problèmes.
Il explique : « Cela endommage leurs dents, et à la fin, les vaches ou les chèvres meurent. » En outre, les taillis fournissent un abri aux prédateurs, comme les chiens sauvages et les hyènes. Il ajoute : « Ils se cachent là-bas, car c’est tellement touffu que vous ne pouvez pas les voir. La nuit, lorsque les chèvres ou les moutons se promènent dans les environs, ils sont attaqués et tués. »
L’an dernier, monsieur Kitol a participé à une formation sur un moyen astucieux de transformer le problème du mathenge en un atout. Le projet PlantVillage de l’État de Pennsylvanie a offert cette formation. Ils ont encouragé les agriculteurs et les agricultrices à rassembler de mauvaises herbes problématiques, la biomasse, et à les convertir en biocharbon, du carbone concentré qu’ils « chargent » d’éléments nutritifs en le mélangeant à du fumier. Ensuite, les agriculteurs et les agricultrices épandent le mélange dans leurs champs. Selon monsieur Kitol, le biocharbon aide les sols à retenir l’eau et il améliore leur fertilité, accroissant ainsi les rendements.
Le biocharbon est de plus en plus populaire dans de nombreuses régions du monde. L’année dernière, le marché mondial représentait 600 millions de dollars américains et pourrait atteindre plus de trois milliards de dollars l’an prochain. Partout où les gens produisent des déchets de biomasse, notamment les tiges de maïs, les mauvaises herbes, les arbres morts, ils produisent également un outil puissant pour séquestrer le carbone et améliorer les sols. Et si les agriculteurs et les agricultrices peuvent démontrer la quantité de biomasses qu’ils transforment en biocharbon, ils peuvent démontrer la quantité de carbone qu’ils réinjectent dans le sol.
Grâce à un groupe comme PlantVillage, une société peut payer ces agriculteurs et ces agricultrices pour compenser des émissions de carbone. Le biocharbon représente généralement plus de 90 % des crédits de carbone durable qui sont déjà délivrés à travers le monde.
Grâce au biocharbon, les agriculteurs et les agricultrices disposent d’une nouvelle source de revenus et d’un moyen de mieux retenir l’eau de pluie et d’augmenter les rendements. Ils contribuent à atténuer le changement climatique tout en s’y adaptant.
Le secret de la fabrication du biocharbon est la pyrolyse. Comme on le sait depuis des millénaires, si l’on expose la biomasse, ou les matières organiques renouvelables provenant de végétaux et d’animaux, à des températures très élevées dans un environnement pauvre en oxygène, elle ne se consume pas en flammes dévorantes, mais se transforme en une sorte de charbon de bois. Les entreprises peuvent le faire dans de grandes chambres industrielles, produisant ainsi du biocharbon qui peut être vendu sur le marché. Les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales peuvent produire du biochar en creusant une fosse et en ajoutant de la biomasse par couches, ce qui limite l’apport d’oxygène au feu qui couve au fond de la fosse. Un simple type de four métallique fait de même.
Quelle que soit la méthode utilisée, la matière végétale ne brûle pas complètement et ne dégage pas de fumée. Avec le biocharbon, on obtient du carbone concentré et solide. David Hughes, fondateur de PlantVillage, explique que le biocharbon est essentiellement du charbon. Il ajoute : « Il est enfoui dans le sol et ne se décompose pas, en raison de la température à laquelle il a été exposé. »
Le biocharbon étant très spongieux, il aide le sol à retenir davantage d’eau, ce qui est particulièrement appréciable compte tenu de l’aggravation des sécheresses en Afrique et ailleurs. Mais cette spongiosité exige également une attention particulière lors de l’application dans un champ. Monsieur Hughes explique : « Si vous mettez simplement du biocharbon dans le sol, il va aspirer tous les nutriments qui s’y trouvent, et vos plantes s’en porteront plus mal. Il faut donc le charger en nutriments. Vous pouvez le faire avec du compost ou des mélanges de NPK (azote, phosphore, potassium). »
Pour ce faire, on peut mélanger du biocharbon à la fosse à fumier compostée afin d’aider le compost à mûrir pendant qu’il s’active. Les agriculteurs et les agricultrices peuvent mélanger du biocharbon au compost dans une proportion égale. Veillez à ce que le biocharbon soit humide avant de l’ajouter. Laissez-le se mélanger au fumier composté pendant plusieurs semaines.
Le biocharbon peut avoir des effets bénéfiques à long terme sur le sol, et les agriculteurs et les agricultrices peuvent continuer à le produire à partir de déchets végétaux, chargés de nutriments provenant de la fosse à compost. En outre, les agriculteurs et les agricultrices comme monsieur Kitol transforment une espèce envahissante en un atout qui leur permettra de s’adapter au changement climatique. Il déclare : « Je considère que l’avenir du biocharbon est prometteur. Le biocharbon sera largement utilisé à mesure que de plus en plus de gens reconnaîtront ses avantages. »
La présente nouvelle est inspirée d’un article rédigé par Matt Simon pour Grist et publié sous le titre « This simple farming technique can capture carbon for thousands of years. » Consultez l’intégralité de l’article ici : https://grist.org/climate/biochar-farming-capture-carbon-thousands-of-years/.