Jean Melaine Bitty | mars 30, 2026
Nouvelle en bref
À Adjamé, à Abidjan, Mariam Ouattara, la directrice générale de CAVOEQUIVA, travaille avec des filles ayant une déficience visuelle pour un meilleur accès aux informations sur la santé sexuelle et reproductive. Depuis 2022, elle contribue à la création de ressources numériques inclusives, telles que des vidéos pour personnes malentendantes, des pictogrammes et des podcasts avec des filles handicapées, et les partage sur les réseaux sociaux et par WhatsApp. Des participantes, comme Sia Salimata Koné accèdent désormais en toute confiance à ces ressources et se protègent ainsi de la mésinformation et des abus. L’approche de CAVOEQUIVA autonomise les filles, change les perceptions des familles et comble d’importantes lacunes dans le système de santé de la Côte d’Ivoire, démontrant ainsi que l’accès aux informations accessibles peut transformer des vies.
Il est 10 h du matin à Adjamé, un quartier d’Abidjan, en Côte d’Ivoire. À l’intérieur d’une petite pièce, Mariam Ouattara est assise avec un groupe de filles ayant une déficience visuelle. Elles discutent de la qualité d’un extrait audio sur les bonnes pratiques en matière d’hygiène menstruelle. Madame Ouattara est la directrice générale de l’ONG CAVOEQUIVA qui signifie « Unissons-nous » en langue locale. Elle déclare : « C’est toujours un plaisir de travailler avec elles sur la santé sexuelle et reproductive. »
Depuis 2022, madame Ouattara organise des séances de production et de partage de ressources de communication adaptées sur les réseaux sociaux, pour un meilleur accès des jeunes filles handicapées aux informations sur la santé sexuelle et reproductive. Elle explique que ces filles rencontrent souvent plus d’obstacles, car les ressources existantes ne sont pas adaptées à leurs besoins. Madame Ouattara déclare : « Dans une société où parler de sexe demeure un sujet sensible, le handicap ajoute une autre couche d’invisibilité. »
Madame Ouattara collabore à la création des ressources aux côtés des filles. Elle réunit de petits groupes de jeunes filles handicapées, notamment malentendantes, malvoyantes et autres, afin qu’elles élaborent ensemble des messages hebdomadaires. Ensemble, elles conçoivent des outils numériques inclusifs adaptés à chaque public, y compris des vidéos éducatives en langage de signe, des pictogrammes et des podcasts dont les principales animatrices sont ces filles. Ces ressources sont par la suite partagées sur les réseaux sociaux, et madame Ouattara utilise des plateformes, comme TikTok et des listes de diffusion de WhatsApp. Elle explique que ces moyens numériques permettent aux filles d’accéder discrètement aux informations, loin des regards indiscrets.
L’impact de cette approche est clairement visible chez Sia Salimata Koné, une jeune fille malentendante qui participe aux séances de sensibilisation de madame Ouattara. Elle se rappelle la frustration et la confusion qu’elle ressentait avant lorsqu’elle regardait la télévision ou naviguait sur Facebook, où souvent il n’y a pas de sous-titres ni d’interprétation des contenus. Aujourd’hui, avec son téléphone intelligent, elle explore avec confiance et facilité les ressources audio et visuelles de CAVOEQUIVA. Pour mademoiselle Koné, le travail de madame Ouattara a été un moment décisif. En effet, l’accès aux informations adaptées a transformé son quotidien. Selon ses explications, le programme l’a outillée pour se protéger contre les informations erronées et les abus. Elle déclare : « Aujourd’hui, je sais comment prendre soin de ma santé sans avoir honte. J’ai le contrôle de mon avenir. » Elle n’est plus simplement une bénéficiaire. Elle utilise désormais les réseaux sociaux pour partager ces outils avec d’autres filles souffrant de surdité, et est devenue une ambassadrice de la prévention.
Cette transformation se ressent également au sein des familles. Kouassi Léontine, une mère, reconnaît que sa perception a radicalement changé grâce à la sensibilisation de CAVOEQUIVA. Elle déclare : « Avant, j’avais honte d’aborder ces sujets avec ma fille qui a un handicap. Maintenant, je comprends que mon silence l’exposait au danger. »
Le Dr Bakary Traoré, un spécialiste en santé publique, à l’Hôpital universitaire de Cocody, affirme que le travail de madame Ouattara comble une lacune importante sur le plan institutionnel. Il souligne que l’accès aux informations sur la santé sexuelle et reproductive est souvent très négligé dans les politiques d’inclusion. Le Dr Traoré recommande la vulgarisation de ce modèle, expliquant que, lorsqu’une jeune fille ne peut pas lire une affiche ou entendre un message sur la contraception, elle devient effectivement invisible. Communiquer des informations adaptées, souligne-t-il, est le moyen le plus efficace pour réduire les grossesses indésirables et prévenir la violence fondée sur le genre.
Alors que la Côte d’Ivoire travaille à moderniser son système de santé, l’exemple de CAVOEQUIVA démontre que l’inclusion numérique est une nécessité absolue. En connectant ces filles au savoir, madame Ouattara restaure leur dignité. Elle ne compte pas s’arrêter là et aspire à voir l’intégration de ces outils dans chaque centre de santé du pays. Elle termine avec une profonde conviction :
« Notre mission est de transformer chaque téléphone intelligent en un puissant outil de protection, car une fille informée est une fille qu’on ne peut plus briser. »
La présente nouvelle a été produite avec des fonds du projet PASSERELLE réalisé en partenariat avec l’EUMC grâce au financement d’Affaires mondiales Canada.