Cameroun : Un agriculteur récupère ses champs confisqués par l’état au profit d’une entreprise forestière

| mai 6, 2013

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En 2009, l’état du Cameroun loue plus de 49 000 hectares de terrain à Cameroon United Forests ou CUF, une entreprise d’exploitation forestière. Marcel Mindjana habite le village d’Adjap, dans le sud du Cameroun. Il cultivait une superficie de deux hectares avant qu’elle ne soit louée à CUF. L’argent qu’il gagnait en cultivant cette terre lui permettait de nourrir sa famille et de payer les études de ses enfants. Il dit : « La terre est toute ma vie et sans elle je ne suis rien. C’est pourquoi j’ai décidé de me battre  pour récupérer mon bien. »

Avec l’appui de deux ONG – Cameroon Ecology (CAMECO) et Initiative des Droits et des Ressources – M. Mindjana et les autres membres de cette communauté ont élaboré des cartes géographiques qui indiquent où se trouvent leurs terres. Grâce à ces cartes,  ils ont pu mener des campagnes de plaidoyers pour récupérer leurs terres.

En août 2012, ils ont pu récupérer une partie de leurs terres. Le gouvernement a signé un décret qui diminue la superficie louée à la CUF. Par la même occasion, ce décret à donner le droit d’usage aux populations autochtones à environ 14 000 hectares de terre. Une décision qui a réjoui M. Mindjana. Il raconte : « Lorsque j’ai lu ce décret du Premier ministre, j’ai eu un ouf de soulagement. Je me suis senti léger, comme si un fardeau  tombait de mes épaules ».

D’un pas assuré, il parcourt quelques allées de son champ où il vient de faire des semis de maïs et de manioc. De temps en temps, il s’arrête, observe attentivement et recommence à marcher. Il s’exclame : « Je suis tellement content d’avoir à nouveau la possibilité de cultiver.  J’ai l’impression de rêver après avoir passé trois années sans activités ».

Même si M. Mindjana a pu recommencer à cultiver, il n’est toujours pas propriétaire de sa terre. Il aimerait acquérir un titre foncier.

Marcellin Biang est le  chef du village Adjap et il est dans la même situation que M. Mindjana. Il dit : « Cette terre ne nous appartient pas. Chaque soir lorsque je m’endors, je me dis que le lendemain, l’état peut revenir me [prendre ma terre].  Nous voulons être sécurisés sur nos terres pour être sûr qu’elles sont  vraiment  les nôtres ».

La loi portant régime des forêts, de la faune et de la pêche est actuellement en cours de révision. Adoptée en 1994, cette loi dispose que la propriété forestière revient à l’état. Martin Cyrille Nkié est cadre à la direction des forêts du ministère des Forêts et de la Faune. Il dit : « le processus de relecture de la politique forestière et foncière est en cours… L’élaboration de l’avant-projet de loi est assez avancé ».

En attendant la relecture de cette loi, Marcel Mindjana ne boude pas son plaisir. Il dit : « J’espère que ma récolte sera bonne.  J’ai recommencé à faire des projets et je suis heureux de pouvoir rêver à nouveau ».