Kenya : Des agriculteurs plantent le mukau pour se protéger contre la sécheresse (Trust)

27 May 2019
A translation for this article is available in English

En 2000, Jonathan Kituku Mung’ala a craint que la sécheresse détruise ses cultures. À cette époque, il travaillait à la société d’électricité du Kenya et se rappelle avoir rencontré des agriculteurs qui gagnaient beaucoup d’argent en cultivant un arbre local robuste qu’ils appelaient mukau.

Monsieur Mung’ala décida de planter 100 Melia volkensii (mukau) sur son exploitation agricole de 65 hectares à Kibwezi, au sud du Kenya. L’homme de 63 ans possède maintenant plus de 7 000 mukau.

Ces arbres procurent de l’ombre à ses cultures et la rosée qui tombe des feuilles la nuit empêche le sol de s’assécher. Les branches servent également de pare-brise contre les vents forts. De plus, lorsque le besoin se présente, monsieur Mung’ala peut obtenir plus d’argent en vendant le bois.

Le Melia volkensii pousse bien sur les terres arides et fournit un ombrage dense qui protège les cultures du soleil. Les agriculteurs peuvent gagner un bon revenu en vendant le bois pour plus de trois millions de shillings kényans (29 000 $ US) par hectare.

Monsieur Mung’ala déclare : « Je ne crains jamais que mes enfants ne puissent pas étudier par manque de frais de scolarité. Et je ne m’inquiète pas non plus lorsqu’ils tombent malades, et qu’ils n’auront pas de soins médicaux. Cet arbre produit de l’argent pour moi toute l’année. »

À mesure que le changement climatique s’intensifie et que les agriculteurs peinent à gagner un revenu fiable avec les cultures vivrières uniquement, certains dans les régions arides se tournent vers l’agroforesterie, une pratique qui consiste à planter des arbres sur les terres agricoles. Ils trouvent que l’association du Melia volkensii avec leurs cultures est un des moyens les plus faciles et efficaces pour protéger leurs fermes et leurs moyens de subsistance.

Josephine Musyoki est chercheuse à l’Institut de recherche forestière du Kenya. Selon elle, le Melia volkensii « change la donne. » Elle explique que durant les sécheresses, cet arbre aide les cultures à pousser, et qu’il peut restaurer les terres endommagées par les conditions météorologiques exceptionnelles ou le déboisement. Lorsque ses feuilles tombent et pourrissent, elles restaurent les éléments nutritifs essentiels dans le sol.

Lawrence Gitaari est un agriculteur de 43 ans qui se trouve à Marimanti, au centre du Kenya. Il affirme que cet arbre a redonné vie à la terre de son village. Il y a dix ans, la majeure partie du grand pâturage naturel de cette région avait été déboisée par les villageois qui abattaient les arbres pour le charbon de bois. Cela a entraîné l’érosion du sol.

Monsieur Gitaari déclare : « Le Melia volkensii est en train de changer la situation, car il faut [seulement] trois ans environ pour permettre au sol dégradé sur lequel tombent les feuilles de cet arbre de retrouver sa fertilité. »

Toutefois, les paysans ne peuvent pas se contenter de planter l’arbre autour de leurs exploitations et s’attendre à devenir riches. Monsieur Mung’ala soutient qu’ils doivent prendre soin des arbres pour bénéficier pleinement de ses avantages. Le Melia volkensii doit être taillé souvent pour être sûr qu’il pousse bien et son tronc doit rester droit pour que son bois puisse être vendu.

Les paysans doivent également apprendre à extraire soigneusement les graines de leurs noyaux, car elles s’endommagent facilement.

Alice Akinyi Kaudia est la coprésidente de la Coalition pour le climat et l’air pur. Elle recommande aux agriculteurs de ne pas se contenter de cultiver le Melia volkensii. Selon elle, ils doivent continuer à cultiver des denrées pour nourrir leurs familles et en vendre à leurs communautés. Elle ajoute que les paysans ne doivent pas trop dépendre de cet arbre pour subvenir à leurs besoins durant les saisons sèches, et qu’ils doivent enfin faire une transition vers l’utilisation de l’irrigation, notamment dans les zones arides kényanes.

Monsieur Mung’ala n’a pas eu besoin d’irriguer depuis que ses Melia volkensii sont devenus grands. La voûte des arbres fait un bon travail en gardant ses cultures dans la fraîcheur et en conservant l’humidité. La végétation arborescente peut être parfois si dense qu’aucune culture ne peut pousser en dessous. Par conséquent, il cultive de l’herbe à la place afin de la vendre comme fourrage pour le bétail. Monsieur Mung’ala cultive assez d’herbe pour récolter 100 balles par saison et il vend la balle à 300 shillings (2,90 $ US). Il vend également des semis de Melia volkensii à ses collègues agriculteurs et une partie de ces arbres pour le bois de charpente, dont il vend le mètre à 8 000 shillings (78 $ US). Il affirme que le bois d’autres espèces de bois d’œuvre telles que le pin et le cyprès se vend seulement à la moitié de ce prix.

Monsieur Mung’ala déclare : « Quand je regarde les arbres, je vois l’argent. Quand je regarde l’herbe sur le sol de la ferme, je vois l’argent. Que peut demander d’autre un agriculteur? Cet arbre est tout. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « The tree helping Kenyan farmers beat drought and poverty, » rédigé par Kagondu Njagi et publié par la Thomson Reuters Foundation. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.thisisplace.org/i/?id=4257e0c5-41e6-4b09-bc6c-8d26f9c568ab.