Kenya : Des agriculteurs se fient à la tradition plutôt qu’à la technologie pour les prévisions météorologiques (Trust)

08 Avril 2019
A translation for this article is available in English

Tout en s’occupant de ses cultures sur sa ferme, au centre du Kenya, Mary Mbaka se demande si elle peut miser sur les récentes fortes pluies pour pouvoir continuer à les arroser, ou si elle doit se préparer pour une sécheresse.

Elle déclare : « Le temps est assez imprévisible. »

À l’instar de plusieurs agriculteurs du pays, madame Mbaka applique toujours des techniques de prévisions météorologiques traditionnelles pour savoir quoi semer et quand semer sur sa terre dans le village de Kamatungu, à environ 200 kilomètres au nord-est de Nairobi, la capitale kényane.

Des années durant, cette dame de 52 ans planifiait sa récolte en fonction d’anciens régimes météorologiques et cherchait des signes dans le comportement de la faune locale, tels que le changement du rythme du coassement des grenouilles la nuit, pour savoir quand il allait pleuvoir.

Mais il y a peu, ces méthodes traditionnelles se sont avérées peu fiables et madame Mbaka a perdu des cultures en raison de sécheresses imprévues et de pluies intenses inhabituelles.

Les chercheurs s’attendent à ce que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient et s’intensifient avec le réchauffement climatique.

Madame Mbaka a besoin de prévisions météorologiques exactes et les services de météorologie fournissent des renseignements actualisés dont les agriculteurs ont besoin. Toutefois, près du tiers des paysans du pays n’exploitent pas les services météorologiques nationaux pour planifier leurs activités agricoles, selon Danson Kigoro Ireri, le directeur des services météorologiques du comté de Tharaka Nithi.

Monsieur Ireri déclare : « La majorité des agriculteurs ne sont toujours pas disposés à suivre les informations scientifiques exactes des services de météorologie. »

Certains se plaignent d’avoir de la difficulté à accéder à ces informations ou à comprendre les prévisions météorologiques. D’autres refusent de croire que les prévisions sont plus fiables que les méthodes qu’ils utilisent déjà.

Monsieur Ireri affirme que les paysans s’exposent aux phénomènes météorologiques extrêmes en se fiant uniquement aux méthodes de prévision traditionnelles.

Les prévisions météorologiques peuvent être diffusées à la radio et publiées dans les journaux locaux. Cependant, la portée limitée des médias, l’analphabétisme et les barrières linguistiques empêchent tous véritablement les agriculteurs de recevoir ces renseignements. Plus de 60 langues sont parlées au Kenya, mais les informations météorologiques sont diffusées seulement en anglais et en swahili.

Les services de météorologie tentent de surmonter les barrières linguistiques en envoyant des traducteurs dans les villages chaque mois en compagnie d’agents de vulgarisation agricole. Ils organisent des assemblées où ils transmettent les prévisions météorologiques et donnent des conseils sur la façon dont les agriculteurs peuvent se préparer pour le temps à venir.

Si la météo annonce une sécheresse, les agents de vulgarisation peuvent suggérer aux paysans de planter des cultures qui tolèrent la sécheresse ou des cultures à maturation hâtive telles que le mil ou le sorgho.

Les agriculteurs se plaignent également que les informations météorologiques contiennent des termes trop généraux ou trop difficiles à comprendre. Par exemple : les prévisions d’une région entière sont très peu utiles aux paysans intéressés par les conditions locales.

Joyce Kananu cultive dans le comté de Chiakariga, dans la province de l’Est du Kenya. Elle déclare : « On me parle toujours d’une vaste région, et j’ignore quoi faire avec ça. »

L’autre problème des services de météorologie est la confiance des agriculteurs. Une prévision inexacte suffit souvent à engendrer de la méfiance. Lawrence Marangue est le coordonnateur local du Programme gouvernemental de soutien au développement du secteur agricole. Il déclare : « Les informations peuvent arriver trop tôt ou le temps peut ne pas refléter nécessairement ce qui a été prédit. » Par conséquent, les paysans se fient à leurs systèmes de prévisions traditionnelles plutôt qu’aux prévisions techniques.

L’âge constitue également un facteur. La vieille génération est souvent plus réticente à changer ses méthodes, tandis que les jeunes peuvent avoir plus confiance aux techniques de prévision modernes.

Martin Njeru est un paysan de 65 ans originaire de Giakuri, un village du comté de Tharaka Nithi, dans la province de l’Est. Il envoie ses petits enfants aux assemblées mensuelles sur la météo et ils reviennent avec les prévisions et les conseils relatifs aux cultures. Cependant, monsieur Njeru n’écoute généralement pas ces recommandations et préfère prévoir le temps suivant ses habitudes.

Il déclare : « J’ai cultivé toute ma vie et je ne suis pas souvent d’accord avec une grande partie de ce qu’ils avancent…. Je ne les laisserai pas me dicter quoi semer ou ne pas semer. »

La présente nouvelle est adaptée d’un article intitulé « Kenyan farmers trust tradition over tech to predict the weather, » rédigé par Caroline Wambui pour Thomson Reuters. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20190211065115-ywdmq/.