Sénégal : Les consommateurs recherchent le riz local, mais les complications sur les marchés font qu’il est difficile d’en trouver

18 Juin 2018
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Des oignons émincés, des épices, et des piments remplissent un bol en plastique déposé sur une étagère dans la cuisine de Seynabou Gaelle Diop Diongue. Aujourd’hui, pour le repas du midi, cette mère de trois enfants veut préparer du Yassa au poulet pour sa famille. Le « Yassa » est une sauce d’oignons cuits avec de l’huile, qu’on peut manger avec du riz blanc et, de préférence, avec le riz local, qui selon madame Diongue est plus facile à digérer que le riz importé.

Elle est assise sur un tabouret en bois, et transpire abondamment. Elle vient juste de faire le tour des boutiques pour trouver du riz local à Fass, son quartier à Dakar, la capitale sénégalaise.

Frustrée et déçue, elle déclare : « Ce n’est pas facile de trouver du riz local dans les boutiques; ce n’est pas comme le riz importé qui est disponible partout, vraiment c’est dommage et ça m’énerve. »

Le riz local coûte moins cher que le riz importé, et certains le préfèrent. Mais si madame Diongue veut le riz local, elle doit prendre un taxi et parcourir 10 kilomètres pour se rendre au marché de Thiaroye. Le prix du taxi représente un coût supplémentaire qui rogne sur son modeste budget de ration quotidienne.

Saydou Gueye est un porte-parole du gouvernement sénégalais. Pour encourager les cultivateurs et les cultivatrices et promouvoir la consommation du riz sénégalais, le gouvernement a commencé à en acheter et à en distribuer. Monsieur Gueye affirme que le Sénégal a produit plus d’un million de tonnes de riz pendant la campagne agricole 2017/18. Cette production dépasse celle des années précédentes, et cela aurait dû contribuer à rendre le riz local beaucoup plus disponible, au moins dans les zones urbaines densément peuples où les client(e)s sont nombreux. Mais le riz local demeure rare dans des boutiques de Dakar, et beaucoup de consommateurs et de consommatrices ne comprennent pas pourquoi. Il est facile d’en trouver dans les supermarchés, mais plusieurs familles à faible revenu n’achètent pas dans ces grands centres commerciaux.

Alioune Mbodj cultive du riz. Selon lui, pour stimuler les ventes du riz local, les riziculteurs et les rizicultrices veulent aménager des points de vente dans les quartiers. Certains commerçant(e)s de la ville ne veulent pas s’impliquer dans le secteur du riz local, car ils se demandent si les consommateurs et les consommatrices ne le considèreront pas comme un produit de qualité inférieure et refuseront de l’acheter. Comme le riz local n’est pas très disponible en ville, certains riziculteurs et rizicultrices étaient incapables de trouver des client(e)s et ont abandonné leurs champs. Cela a entraîné des problèmes d’approvisionnement des rizeries au Sénégal.

Monsieur Mbodj est également un des responsables administratifs du consortium d’affaires Mbodj et frères qui possède une rizerie dans la vallée du fleuve Sénégal. L’activité de l’usine comme celle de beaucoup dans la vallée s’est arrêtée en mai 2018, car elles n’avaient pas assez de riz paddy, c’est-à-dire du riz non décortiqué brut pour poursuivre leurs activités. Il n’y a plus assez de riz pour faire tourner à temps plein toutes les rizeries de la zone.

Mais, monsieur Mbodj reste optimiste. Il dit être « convaincu de la bonne qualité du riz local qui peut concurrencer le [riz] importé, même si la production est insuffisante pour le moment. »

L’association des riziculteurs envisage aussi de sensibiliser les importateurs et soutient que ces derniers sont en partie responsables des problèmes d’accès au riz local. Monsieur Mbodj affirme que beaucoup d’importateurs « préfèrent importer du riz au lieu d’acheter le riz local et de le rendre disponible au sein de leurs grands réseaux de vente. »

Waly Diouf est le directeur du programme national d’autosuffisance en riz. À ses dires, les autorités soutiennent les efforts des riziculteurs et des rizicultrices, et il ajoute que des mesures sont prises. Le gouvernement a commencé à acheter les récoltes des producteurs et des productrices et organiser leur distribution l’an dernier. L’objectif est d’encourager les riziculteurs et les rizicultrices à poursuivre la culture du riz en leur garantissant qu’ils auront des acheteurs pour leurs récoltes, et d’accroître la visibilité et la disponibilité du riz local auprès des consommateurs et des consommatrices.

Le gouvernement a également lancé des campagnes pour promouvoir la consommation du riz local. Monsieur Diouf déclare : « Il est plus facile de trouver du riz local dans les grands supermarchés qu’il y a cinq ans. »

Grace à la politique du gouvernement, lors de la campagne 2017/18, les riziculteurs et les rizicultrices ont vendu toutes leurs récoltes. La production nationale est passée de 950 000 tonnes en 2016/2017 à 1 015 000 millions de tonnes en 2017/2018.

Le gouvernement veut que le Sénégal soit autosuffisant en termes de production rizicole d’ici 2035. En 2016-2017, le pays a importé 860 000 tonnes de riz. Au Sénégal, les gens consomment entre 50 et 100 kilogrammes de riz par an, ce qui est supérieur à la consommation des autres pays ouest-africains.

Le programme Uniterra mis en œuvre par le consortium CECI-EUMC travaille au Sénégal avec des partenaires locaux des sous-secteurs du riz, de l’arachide, de l’aviculture et du maraîchage en vue d’aider les jeunes et les femmes à avoir accès à de meilleures opportunités économiques. L’objectif est de renforcer le pouvoir économique des femmes et des jeunes en développant leur esprit entrepreneurial. Le programme Uniterra a soutenu financièrement et techniquement la production de la présente nouvelle. Le CECI et l’EUMC bénéficient du soutien financier du gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca. Pour de plus amples renseignements, vous pouvez suivre Uniterra Sénégal sur Facebook à facebook.com/cecisenegal.