Tanzanie : Des agricultrices trouvent des solutions à la charge de travail élevée qu’impose l’agriculture de conservation

26 March 2018
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C’est la saison pluvieuse, et les paysans et les paysannes se hâtent de préparer leurs champs. Esther Kitojo et d’autres agricultrices d’exploitations familiales traversent leur quartier chaque matin avec leurs outils agricoles suspendus au cou et sur les épaules.

Plusieurs de ces femmes utilisent les techniques de l’agriculture de conservation telles que la perturbation minimale du sol, la rotation culturale et le maintien du couvert végétal avec du paillis ou des plantes vivantes tout au long de l’année.

Madame Kitojo vit à Mchemwa, un village situé près de Dodoma, la capitale tanzanienne. Selon elle, depuis qu’elle applique ces techniques, ses récoltes ont augmenté. Mais elle précise que certaines femmes de la région qui pratiquent l’agriculture de conservation ont besoin d’aide pour préparer le sol pour les semis durant la première année.

Madame Kitojo explique : « Notre problème, ici, en tant qu’agricultrices se pose au niveau de la main-d’œuvre. Je pratique l’agriculture de conservation, mais pour être honnête, ça prend beaucoup de temps, surtout si vous ne disposez pas d’outils tels qu’une charrue de type Magoye ou un tracteur. »

Dans l’agriculture de conservation, les agriculteurs et les agricultrices creusent souvent des trous de plantation. Ces trous sont longs à creuser, même s’ils peuvent servir à chaque année.

Madame Kitojo ajoute : « Nos enfants, qui sont censés nous aider pour les travaux agricoles, vont aussi à l’école. Les travaux agricoles sont difficiles quand vous n’avez pas d’argent pour embaucher des [gens] dans le village pour vous aider. »

Pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, madame Kitojo et d’autres agricultrices pourraient utiliser des bœufs. Elle explique : « Nos spécialistes en agriculture de conservation nous ont recommandé les outils de préparation de la terre à utiliser … afin d’obtenir de bonnes récoltes. »

Toutefois, madame Kitojo et les autres agricultrices n’ont pas ce type de matériel qui pourrait les aider à abattre le gros du travail en peu de temps. Elle déclare : « Avant, on avait des bœufs qui aidaient le village quand on utilisait la charrue de type Magoye, mais le propriétaire a décidé de les vendre, et nous sommes toutes retournées aux houes. »

Récemment, le village a acquis de nouveaux bœufs. Mais certaines femmes n’ont pas les moyens de payer pour les avoir.

Jemima Josephat pratique également l’agriculture de conservation dans le village de Mchemwa.

Madame Josephat déclare : « Une charrue de type Magoye a été offerte gratuitement au village, et les agriculteurs paient des frais pour l’utiliser. Ils paient pour les bœufs et l’homme ou la femme qui les conduits. Cela coûte 17 000 shillings [7,50 $ US] par acre pour louer une charrue de type Magoye qui prend moins de 30 minutes pour labourer une acre. »

Elle ajoute : « Si vous avez de l’argent, il n’est pas difficile de faire labourer vos champs … mais en tant qu’agricultrices d’exploitations familiales, nous luttons pour avoir de l’argent pour nos besoins familiaux, la nourriture et même l’achat des semences. »

Madame Josephat ajoute que, même si certaines femmes sont disposées à payer pour avoir le matériel agricole, ce n’est pas toujours qu’elles trouvent quelqu’un pour le conduire. Autrefois, des hommes formés aidaient les femmes à préparer la terre. Mais, maintenant, ils travaillent ailleurs, car ils trouvaient que le travail d’opérateur de charrue de type Magoye ne payait pas aussi bien que les autres métiers.

Pour pallier cette situation, madame Kitojo soutient que les jeunes femmes apprennent à manipuler la charrue de type Magoye. Elle explique : « Nous faisons cela, car il devient de plus en plus difficile de trouver des hommes pour faire le travail, et, par conséquent, nous aurons des femmes qui pourront manipuler ce type de matériel. Nous le faisons aussi parce que nous voulons que les femmes soient impliquées dans ce travail. »

Madame Kitojo a découvert l’agriculture de conservation au Diocèse du Centre du Tanganyika. Elle explique les étapes de préparation du sol pour la plantation : « Vous utilisez deux bâtons pour marquer les extrémités du champ. Vous prenez une corde que vous étirez solidement du premier bâton au deuxième. Cette technique vous permet d’avoir des rangées dégagées et droites. Puis, vous utilisez une houe pour labourer les petits trous de plantations creusés en ligne avec la corde. »

Madame Josephat explique comment elle utilise différents outils : « Nous utilisons un ruban à mesurer pour avoir le bon espacement entre les trous. Nous faisons un nœud sur la corde à chaque 20 centimètres. Nous respectons également la bonne distance entre chaque rangée. »

Madame Josephat explique encore qu’après avoir préparé les trous et les rangées de plantation, elle dispose des tiges séchées entre les rangées en guise de paillis, puis sème le sorgho dans les trous et recouvre les semences de terre meuble.

Malgré les problèmes de main-d’œuvre qui se posent au niveau de l’agriculture de conservation, madame Kitojo est connue dans sa communauté comme une bonne agricultrice qui obtient de très hauts rendements. Elle déclare : « Bien que cela fasse des années que je cultive, peu de temps après avoir commencé à pratiquer l’agriculture de conservation avec le sorgho, j’ai remarqué un énorme changement au niveau de mes récoltes. »

Ce travail a été produit avec l’appui de la Banque canadienne de grains dans le cadre du projet « Conservation Agriculture for building resilience, a climate smart agriculture approach. » Ce travail est financé par le gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca.

Photo: Esther Kitojo dans son champs