Tanzanie : Des agricultrices demandent un assouplissement des prêts pour accroître leur production de manioc

05 March 2018
A translation for this article is available in English Swahili

Il est juste midi passé à Kongo, un village de la région de Pwani, à environ 60 kilomètres au nord de Dar es Salaam, la plus grande ville de la Tanzanie. Mariam Katema porte une houe sur l’épaule et quitte le chemin poussiéreux pour entrer dans son champ de manioc. Après avoir inspecté ses plants de manioc, la femme de 59 ans explique comment déterrer un tubercule mature. Tenant fermement une tige dans chaque main, madame Katema tire de part et d’autre jusqu’à ce que les tubercules émergent du sol.

Cela fait plus de 13 ans que madame Katema cultive du manioc. Ses difficultés sont nombreuses, mais la plus grande actuellement c’est l’obtention d’un prêt. Elle aimerait emprunter de l’argent pour acheter des intrants tels que des engrais et des pesticides, et transporter son manioc vers les marchés situés à l’extérieur du village.

Elle explique : « Le problème c’est que nous avons du mal à obtenir des prêts. Le traitement de demandes de prêts prend du temps, et quand vous obtenez un prêt, vous devez le rembourser chaque mois. Vous savez, nous sommes des cultivatrices de manioc, et il faut environ six ou sept mois au manioc [pour qu’il soit prêt pour] la récolte. Alors, où aurons-nous l’argent pour rembourser la banque chaque mois? » Madame Katema soutient qu’elle préférerait rembourser son prêt après une année, une fois qu’elle aura récolté et vendu son manioc.

En Tanzanie, plusieurs agricultrices peinent à lancer ou diversifier leurs activités agricoles, car elles ont de la difficulté à avoir une terre et de l’argent. Ce sont les garçons qui héritent généralement de la terre. Et dans beaucoup de familles, ce sont les hommes qui décident de la façon dont l’argent doit être dépensé.

Madame Katema rêve d’acheter plus de terre et un tracteur. Cependant, il lui est impossible d’agrandir sa plantation de manioc sans prêt. Malgré ces contrariétés, elle gagne assez d’argent pour subvenir aux besoins de sa famille.

Madame Katema est une veuve qui s’occupe de ses trois petits-enfants orphelins. Le revenu que lui rapporte le manioc sert à payer les frais de scolarité de ses petits-enfants.

Mwanaidi Shabani Muhama cultive du manioc dans le même village. L’agricultrice de 46 ans reconnaît que les prêts à court terme ne sont d’aucun profit pour des agricultrices comme elle.

Madame Muhama déclare : « [Nous avons] des problèmes avec les prêts…. Ils doivent savoir que nous sommes des agricultrices. Il faut six mois pour récolter le manioc. Nous avons besoin au moins d’un prêt d’un an. »

Hamza Suleiman est agent de vulgarisation agricole à Bagamoyo, et couvre le district qui inclut Kongo. Il recommande aux agriculteurs et aux agricultrices d’approcher les plus petites institutions pour les prêts. Par exemple : il affirme que certaines banques communautaires offrent des taux d’intérêt plus bas et plus de flexibilité.

Monsieur Suleiman ajoute : « Nous conseillons aux agriculteurs de contracter des prêts auprès des commerçants d’intrants [fournisseurs agricoles], afin qu’ils puissent faire au moins une bonne affaire en ce qui concerne les équipements agricoles tels que les tracteurs. Il est difficile pour un agriculteur d’avoir un tracteur, mais, si deux [agriculteurs] ou des groupes demandent un tracteur, ils peuvent l’obtenir, et ils pourraient à leur tour aider d’autres agriculteurs. »

Madame Katema et madame Muhama ont l’intention de se joindre à d’autres agricultrices du village pour acheter un tracteur.

Madame Muhama encourage ses collègues agricultrices à suivre les conseils des spécialistes agricoles et d’utiliser la machinerie agricole pour accroître la production. Elle soutient que, si les banques accordent des crédits sous des conditions flexibles, plus d’agricultrices pourront améliorer et diversifier leurs activités agricoles, et subvenir mieux aux besoins de leurs familles.

La présente nouvelle a été produite avec l’appui du Fonds de stimulation des services de vulgarisation en TIC de la Nouvelle Alliance de l’USAID, par l’entremise du Fonds international de développement agricole en Tanzanie. Pour en savoir davantage sur le Fonds, cliquez sur : https://www.ifad.org/

Photo: Madame Katema et ses maniocs.