Malawi : Des agriculteurs utilisent des pesticides à base de plantes pour combattre la légionnaire d’automne et d’autres ravageurs

19 Mars 2018
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Cela fait plusieurs années qu’Esther Maona cultive du maïs et des légumineuses. Jusqu’à récemment, les ravageurs lui causaient tellement de torts que ses récoltes étaient trop modestes pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais son histoire a changé quand elle se mit à utiliser des plantes comme la téphrosie de Vogel et le violettier, ou l’arbre aux serpents, en guise de pesticide pour combattre la légionnaire d’automne et d’autres ravageurs.

Madame Maona déclare : « Nous écrasons les feuilles et les laissons macérer. Puis, nous en pulvérisons sur les cultures attaquées par les ravageurs. »

Madame Maona est originaire du village de Mzika Shonga, dans le district de Mzimba, au nord du Malawi. Elle utilise la téphrosie de Vogel pour combattre les légionnaires d’automne qui attaquent son maïs.

Elle cultive aussi du pois d’Angole. Autrefois, elle réussissait à récolter un seul seau d’une denrée sur une acre, car elle n’avait pas les moyens d’acheter les pesticides chers nécessaires pour lutter contre les organismes nuisibles. Elle déclare : « Sans produits chimiques, il est difficile de récolter quoi que ce soit … Il en est de même pour les pois. »

Mais en pulvérisant une solution liquide de téphrosie de Vogel pour combattre les ravageurs, madame Maona enregistre désormais des récoltes exceptionnelles. Elle explique : « Le pois d’Angole est le plus vulnérable aux ravageurs. Les coléoptères nous perturbent, [mais] pour régler le problème, nous faisons macérer les feuilles dans de l’eau …. Si vous n’avez pas de pulvérisateur, aspergez le mélange sur les plantes avec un balai. » Elle plonge le balai dans la solution faite à base de feuilles, puis asperge l’eau sur les plantes de pois d’Angole.

Anita Chitaya vient du village voisin de Mayipi Nyoni. Elle avait l’habitude de cultiver de la téphrosie de Vogel dans son champ pour améliorer la fertilité du sol, mais elle l’utilise désormais comme pesticide pour lutter contre les ravageurs dans le champ et pour l’entreposage.

Madame Chitaya déclare : « Quand nous voulons protéger notre maïs séché contre les charançons, nous écrasons les feuilles séchées [de téphrosie de Vogel] et les ajoutons aux grains séchés. »

Pour combattre les légionnaires d’automne, madame Chitaya utilise un mélange de feuilles appelées muwawani (Cassia abbreviata) et dema (Dolichos kilimandscharicus) en langue locale. Lorsqu’elle pulvérise la concoction sur ses plants de maïs, les légionnaires d’automne meurent.

En plus d’utiliser des plantes pour combattre la légionnaire d’automne, les agriculteurs et les agricultrices se servent également de la terre de leurs potagers. Madame Chitaya explique : « Le Cassia abbreviata est plus efficace quand les plantes sont de petites tailles, mais lorsqu’elles sont sur le point de fleurir, nous utilisons de la terre et c’est très efficace. »

Madame Chitaya et les autres agriculteurs et agricultrices enduisent les feuilles, les jonctions et les parties en forme d’entonnoir du plant de maïs de la terre provenant de leurs potagers. Madame Maona déclare : « Quand nous avons fait cela, les légionnaires d’automne sont mortes et les panicules se sont bien formées sur tout le maïs sans problème. »

Les paysans et les paysannes ont appris à utiliser des arbrisseaux et des arbres pour combattre les ravageurs dans le cadre du projet Agroécologique de paysan à paysan dénommé MAFFA. Madame Maona affirme qu’ils ont dû apprendre à utiliser ces produits biochimiques indigènes en raison du nombre élevé de nouveaux ravageurs résistants dans la région que les pesticides ne parvenaient plus à éliminer. Elle explique : « Nous ne trouvons pas les bons produits chimiques pour les ravageurs. Ils coûtent cher également. [Par conséquent], nous avons consacré nos efforts à ces produits biochimiques locaux. »

Lizzie Shumba est la coordonnatrice du projet MAFFA. Elle affirme que beaucoup d’agriculteurs et d’agricultrices utilisaient des produits chimiques achetés en magasin avant le démarrage du projet, mais ont arrêté après avoir appris à utiliser des plantes telles que la téphrosie de Vogel en guise de pesticides dans leurs champs et leurs greniers.

Madame Shumba ajoute : « Nous avons créé un centre de formation qui a des parcelles de démonstration. Nous travaillons à collecter toutes les herbes qui agissent comme produits biochimiques. Nous les plantons sur ces parcelles, afin que les agriculteurs puissent voir et savoir comment ces plantes agissent pour les tester dans leurs propres champs. »

En utilisant diverses plantes locales comme pesticides, plusieurs cultivateurs et cultivatrices de la région enregistrent des récoltes exceptionnelles. Les avantages sont nombreux pour eux. En effet, ils achètent du bétail, des tôles pour leurs maisons et payent les frais de scolarité de leurs enfants. Ils évitent également ainsi les coûts liés à l’achat de pesticides commerciaux.

Madame Chitaya explique ce qui s’est produit après qu’elle a utilisé des pesticides à base de plantes pour combattre les ravageurs dans son champ de pois d’Angole : « Les insectes ont été effectivement refoulés de mon champ. L’hôpital a acheté mes pois d’Angole pour les repas des malades. J’ai acheté trois chèvres…. J’ai payé les frais de scolarité de mon enfant. En 2008, j’ai gagné 78 000 kwacha malawites [environ 106 $ US]. J’ai scolarisé mon enfant … J’ai acheté un terrain et construit une maison recouverte d’un toit métallique et j’ai agrandi mon potager d’une acre à huit acres. »

En ce qui concerne madame Maona, elle a vendu ses pois d’Angole et acheté une chèvre, quelque chose qu’elle n’aurait pas pu faire dans le passé. Elle déclare : « J’ai également construit une maison avec un toit métallique. J’ai acheté une vache en 2014 à 120 000 kwacha malawites [environ 164 $ US] ». Outre ces gains personnels, madame Maona soutient que le projet lui a permis de promouvoir l’application de l’agroécologie auprès des autres agriculteurs et agricultrices de la région.

La présente nouvelle a été produite grâce au financement de The McLean Foundation.

MAFFA est un project de Soils, Food, and Healthy Communities (SFHC). RRI aimerait également remercier SFHC pour l’appui qu’il a apporté à la production de cette nouvelle.