Malawi : Les souris, les feux et le bétail affamé posent des problèmes aux agriculteurs qui veulent utiliser les résidus de cultures

15 Janvier 2018
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En marchant le long des voies principales et en traversant les villages situés çà et là, vous verrez des étendues de champs de maïs recouvrant les plaines peu accidentées du district de Mchinji, à environ 110 kilomètres de Lilongwe, la capitale du Malawi. La majeure partie des terres ici sont nues, ce qui expose ainsi le sol au soleil, à la chaleur et la pluie. Les cendres des résidus de cultures brûlés sont une spécificité de plusieurs champs de maïs, tandis que les chèvres et les bovins broutent joyeusement les résidus.

Certains paysans et paysannes de la région appliquent les techniques de l’agriculture de conservation telles que le travail réduit du sol et la rotation des cultures, mais seuls quelques-uns utilisent les résidus de cultures pour recouvrir le sol. Gerald Mika du village de Kachere est un de ceux-là. Une fois la récolte terminée, il éparpille les tiges de maïs sur son champ. Au moment de semer à nouveau, il laisse les tiges de la saison précédente à leur place pour préserver l’humidité du sol. Cela signifie qu’il n’a pas besoin de labourer le sol pour faire des billons. L’utilisation de résidus de cultures permet également de lutter contre les mauvaises herbes, réduire l’érosion du sol et améliorer la fertilité du sol.

Toutefois, monsieur Mika a réussi à couvrir seulement la moitié de son exploitation d’un hectare avec des résidus de cultures après la récolte précédente.

Il explique : « Je n’ai pas recouvert tout mon champ de maïs avec les tiges de maïs cette saison, car, j’avais très peu de résidus. Mais l’agriculture de conservation offre beaucoup d’avantages étant donné que vous n’avez pas besoin de main-d’œuvre pour désherber, et le champ reste humide parce qu’il n’est pas exposé au soleil. »

Monsieur Mika soutient qu’outre le fait d’avoir eu très peu de tiges de maïs, l’autre problème qu’il a c’est avec les termites qui se nourrissent de ses tiges de maïs et aussi des nouveaux plants de maïs après que ces derniers ont germé.

Steven Chimsera est un autre agriculteur du village de Kachere qui pratique l’agriculture de conservation. Il affirme que les souris constituent également un problème parce qu’elles se cachent sous les tiges de maïs et émergent plus tard pour manger les épis en maturation.

Monsieur Chimsera ajoute que les gens chassent les souris dans cette région pour se nourrir. Dans ce processus, ils détruisent ses résidus de cultures, soit en les brûlant, soit en le mettant de côté pour trouver les souris.

Malgré ces problèmes, monsieur Mika affirme récolter plus de maïs sur son terrain où il pratique l’agriculture de conservation que sur la parcelle dont il ne recouvre pas le sol de résidus de cultures.

Il ajoute : « Quand je pratique l’agriculture de conservation, je récolte plus. La saison dernière, j’ai récolté deux charrettes pleines de maïs sur un demi-hectare, comparativement à l’autre moitié où je n’ai réussi qu’à obtenir qu’une seule charrette. »

Bien que l’utilisation des résidus de cultures comporte plusieurs difficultés, monsieur Mika est optimiste et encourage les agriculteurs et les agricultrices de sa région à adopter cette technique.

Il explique : « J’aimerais encourager mes collègues agriculteurs en leur disant que cette technique de l’agriculture de conservation contribue à réduire la charge de travail et qu’ils n’ont pas besoin de désherber ni de labourer la terre…. Au lieu de cela, vous devez juste étaler les tiges de maïs et semer votre maïs, ce qui vous donnera le temps de vous concentrer sur d’autres travaux. »

Fishani Kaiza est l’agent de vulgarisation agricole de la région. Il encourage les paysans et les paysannes à se servir des résidus de culture pour couvrir le sol, car ils préservent l’humidité dans le sol, améliorent la fertilité du sol et réduisent la charge de travail. Il déclare : « Labourer la terre demande beaucoup de travail et cela perturbe également les organismes présents dans le sol. Les agriculteurs [qui] utilisent les résidus de cultures emploient moins d’engrais, mais récoltent beaucoup de denrées. »

Daniel Kampani cultive lui aussi dans le village voisin de Chithumba. Il n’a pas utilisé de résidus de cultures cette saison en raison des problèmes tels que les feux et les animaux en divagation qui broutent les résidus de maïs.

Monsieur Kampani explique : « Il faut que les membres de la communauté définissent ensemble des règlements qui peuvent aider les gens à arrêter de faire paître leurs animaux dans nos champs, et éviter que les gens allument des feux inutilement. »

Monsieur Kampani soutient qu’il peut parfois être difficile de pratiquer la rotation des cultures tout en conservant les résidus dans le champ. Par exemple : monsieur Kampani cultive du tabac sur des billons, et les billons doivent être labourés. Pour alterner ses cultures, il a dû labourer les tiges de maïs pour préparer les billons pour le tabac.

Cependant, monsieur Mika affirme qu’il continuera d’utiliser les résidus de cultures parce que les avantages l’emportent sur les difficultés. Il déclare : « Je veux essayer de pratiquer l’agriculture de conservation sur tout mon champ de maïs en le recouvrant de tiges de maïs. Autrefois, je récoltais moins, mais désormais j’ai des récoltes exceptionnelles grâce à l’agriculture de conservation et je vends maintenant le surplus pour subvenir aux besoins de ma famille. »

Ce travail a été effectué avec l’appui de la Banque canadienne de grains dans le cadre du projet « Conservation Agriculture for building resilience, a climate smart agriculture approach. » Ce travail est financé par le gouvernement du Canada, par l’entremise d’Affaires mondiales Canada, www.international.gc.ca

Photo: Gerald Mika avec sa femme et son enfant