Sierra Leone : La pêche illégale réduit les populations locales au chômage (Politico SL)

13 Novembre 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Les étals sont presque vides au marché de poissons jadis animé sur la route de Rogbaneh, à Makeni, une ville située non loin du centre de la Sierra Leone. Les poissonniers attendent debout, oisifs, évoquant le passé. Il est évident que leurs clients sont allés ailleurs.

Kadie Koroma est la présidente des marchands de poissons. La femme de 48 ans affirme être désespérée, car la pêche étrangère illégale est en train de tuer le commerce de poisson local.

Mme Koroma explique : « Cela fait plus de 30 ans que j’exerce ce métier. Mais mon activité est en train de péricliter. Les étrangers et les bateaux étrangers ont pris le contrôle. Ils vendent au détail et en gros. C’est eux qui possèdent les bateaux de pêche et qui vendent aussi. Cela est en train de nous tuer. »

Elle ajoute : « Je loue cet espace pour 1 000 $US par an. Mais, bientôt, je ne pourrai plus réunir ce montant, car mon activité est en train de couler. »

Les pêcheurs locaux eux aussi commencent à être désespérés. À Freetown, la capitale sierra-léonaise, les bateaux de certains croupissent sur le quai.

En avril, Greenpeace et les services des pêches ont arrêté quatre bateaux de pêche qui pêchaient illégalement au cours d’une opération de surveillance conjointe. Ils ont saisi deux navires chinois et un navire coréen pour avoir outrepassé les lois régissant la pêche dans le pays, y compris la possession ou l’utilisation de filets de pêche interdits et l’incapacité à fournir les documents de travail nécessaires. Le quatrième navire, appartenant à une société italienne, avait quatre kilogrammes d’ailerons de requins à son bord. Il s’agit là d’une violation des règlements de pêche de l’Union européenne. Plus de 70 sacs contenant des carcasses de requins ont été également découverts sur un bateau chinois.

Bakary Coulibaly est agent de communications pour le compte de Greenpeace en Afrique de l’Ouest. Il affirme que les sanctions actuelles ne suffiront pas à freiner la pêche illégale. Il explique : « Les [bateaux étrangers] ont toujours de l’argent pour payer lorsqu’ils se font prendre. »

Morlai Turay est pêcheur à Rokuper Wharf, à l’est de Freetown, la capitale sierra-léonaise. Il soutient que les navires étrangers détruisent l’habitat des poissons et réduisent les pêcheurs locaux au chômage.

Monsieur Turay ajoute : « Ils utilisent des filets interdits et détruisent les petits poissons, nuisant ainsi à la population de poissons. »

Musa Sesay travaille pour l’organisation locale, Community Action to Restore Life, qui travaille à protéger les droits des pêcheurs. Pour lui, il faudrait adopter des lois pour protéger les résidents qui exercent la pêche commerciale. Il ajoute : « On ne peut pas laisser le marché fonctionner ainsi, car les navires étrangers utilisent beaucoup d’argent pour se tailler une place dans l’industrie. Cela cause du tort aux poissonniers. »

Greenpeace constate que les entreprises chinoises sont les plus gros concurrents, avec plus de 300 navires de pêche dans la région. Elles utilisent pour la plupart des chalutiers, y compris le chalutage de fond, une des méthodes de pêche industrielle les plus destructrices. L’Europe est le deuxième concurrent étranger dans les eaux d’Afrique de l’Ouest, avec plus de 100 navires de pêche.

Plusieurs de ces bateaux prennent le poisson pour la fabrication d’aliments pour la volaille, les porcs et le saumon d’élevage. Cela constitue un danger pour la biodiversité marine et la sécurité alimentaire des populations ouest-africaines.

En Sierra Leone, Salieu Sankoh est le coordonnateur national des projets du Programme Régional des Pêches en Afrique de l’Ouest. Il déclare : « Les bateaux étrangers volent le poisson du pays. Tout navire que veut pêcher dans nos eaux doit le faire par les voies indiquées et se conformer à la législation sierra-léonaise. Nous y travaillons, mais ce n’est pas facile. »

Au marché de poisson désert, Mme Koroma affirme avoir perdu espoir : « Nous nous sommes plaints à plusieurs reprises, mais rien n’a été fait. Alors, nous avons abandonné. »

Le présent article est une adaptation d’un article intitulé « How illegal fishing is putting locals out of business in Sierra Leone, » publié par Politico, SL. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.politicosl.com/articles/how-illegal-fishing-putting-locals-out-business-sierra-leone

Photo: Ramatu, une pêcheur à Makeni, Sierra Leone. Crédit: Politico SL