Kenya : La sécheresse pousse des adolescentes à se prostituer pour nourrir leurs familles (The Guardian)

20 Novembre 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Dans le vaste comté aride de Turkana, durement touché par la sécheresse, au nord-ouest du Kenya, des filles âgées d’à peine 12 ans sont contraintes à la prostitution pour nourrir leurs familles. Ces adolescentes sont envoyées dans les villes pour vendre leurs corps à 50 shillings kényans (moins de 50 centimes de dollars) environ.

En juin 2017, l’ONG International Rescue Committee, ou IRC, s’est rendu dans les quartiers où les travailleuses du sexe s’adonnent au racolage dans le village de Lodwar. En une nuit, les assistants sociaux ont trouvé 320 filles de 12 à 17 ans qui, selon eux, pratiquaient le commerce du sexe. Invitées dans un centre d’accueil, 88 de ces filles ont confirmé qu’elles s’étaient retrouvées dans la prostitution essentiellement à cause de la sécheresse et du manque de nourriture.

Mercy Lwambe est la coordonnatrice de l’autonomisation des femmes pour IRC Kenya. Elle affirme que toutes les 88 filles interrogées étaient originaires de zones rurales pauvres, dont la plus proche se trouvait à 50 kilomètres. La plus jeune des filles avait 12 ans.

Mme Lwanbe se rappelle : « Elles ont dit : ‘Nos familles ont perdu tout leur bétail et n’ont pas d’argent.’ C’est pour cela qu’elles les envoient loin ou les marient. »

Partout au Kenya, la sécheresse est à l’origine de la faim, la malnutrition, la hausse des denrées alimentaires et des conflits autour des cours d’eau.

Plusieurs hommes et garçons mènent leur bétail vers l’Ouganda voisin, laissant ainsi derrière eux les femmes, et dans certains cas des jeunes filles, chargées seules de s’occuper de leurs jeunes frères et leurs parents âgés.

Mme Lwambe affirme que les femmes et les filles qui travaillent dans l’industrie du sexe sont exposées à la maltraitance, aux violences et aux infections sexuellement transmissibles. Elle ajoute : « C’est bouleversant, surtout avec les enfants, de voir le désarroi dans lequel elles sont plongées. » Selon elle, les hommes battent souvent les jeunes filles ou volent leur argent.
Mary a 24 ans, et elle a commencé à se prostituer pour nourrir sa famille.

Elle déclare : « J’ai constaté que ma famille dépend de cet argent. À la maison, les enfants pleurent tout le temps parce qu’ils ont faim. Et ce n’est pas bien. Ce [la prostitution] n’est pas une bonne chose, mais le fait que je doive m’occuper de ces enfants est ce qui m’y a poussé parce que je n’ai pas d’autres moyens. »

L’IRC note également une augmentation des violences basées sur le genre depuis décembre 2016. Les enfants qui se retrouvent seuls la nuit sont attaqués pendant que les hommes sont partis avec le bétail et que les mères travaillent.

De janvier à juin 2017, l’IRC a enregistré 67 cas de viol d’enfants âgés de neuf à seize ans, soit une moyenne de 11 enfants par mois. Avant la sécheresse, un ou deux cas leur étaient signalés par mois.

Le présent article est une adaptation d’un article intitulé « Drought in Kenya drives girls as young as 12 to have sex for money » publié par The Guardian à l’adresse suivante : https://www.theguardian.com/global-development/2017/jul/05/drought-kenya-drives-girls-as-young-as-12-to-have-sex-for-money-international-rescue-committee-report, et de renseignements supplémentaires provenant d’un article intitulé « Kenya: Les mirages de Turkana à l’épreuve de la sécheresse » publié par Le Parisien à l’adresse suivante : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/kenya-les-mirages-du-turkana-a-l-epreuve-de-la-secheresse-05-04-2017-6825999.php