Zimbabwe : Les agriculteurs se préparent pour une mauvaise saison face à une menace de légionnaires d’automne (IRIN)

25 Septembre 2017
Une traduction de cet article est disponible en English

Après avoir perdu un cinquième de sa récolte de maïs à cause de la légionnaire d’automne, l’an dernier, Sipho Mpofu craint le pire pour la nouvelle saison agricole qui débutera en novembre.
 
Monsieur Mpofu cultive du sorgho et du millet, ainsi que du maïs dans la province occidentale de Mashonaland, au sud-ouest du Zimbabwe. L’an dernier, la légionnaire d’automne l’a pris au dépourvu, et il s’inquiète de ne pas savoir quoi faire si jamais une autre attaque survenait.
 
La légionnaire d’automne est originaire d’Amérique latine. Elle a été aperçue pour la première fois en Afrique en janvier 2016. Une année plus tard, sa présence est signalée dans au moins 26 pays africains.
 
La légionnaire d’automne se nourrit de plus de 80 espèces végétales, y compris le maïs, le blé, le riz, le sorgho, le millet et le coton. Si on ne les traite pas, les chenilles peuvent dévorer un hectare en trois jours.
 
À l’instar d’autres agriculteurs de sa province, monsieur Mpofu enregistre l’éclosion de foyers sporadiques de la légionnaire africaine, une cousine de la légionnaire d’automne, qui elle aussi apprécie le maïs. Toutefois, cela fait plusieurs années que les agriculteurs la voient, et ils savent comment la combattre.
 
Monsieur Mpofu a eu des cas de légionnaires d’automnes pour la première fois, l’an dernier. Il pensait qu’il s’agissait de la légionnaire uniponctuée habituelle, mais il y avait une différence au niveau des marques. Monsieur Mpofu a utilisé les pesticides recommandés pour combattre la légionnaire africaine. À son désarroi, ces pesticides n’eurent pas l’effet escompté.
 
Le gouvernement a pris note de cette nouvelle menace et a suggéré des pesticides de rechange. Monsieur Mpofu déclare : « Cela a sauvé plusieurs agriculteurs d’une ruine certaine. »
 
Il a tout de même perdu près de 20 % de sa récolte de maïs. Il déclare : « Un pourcentage non négligeable de [légionnaires] ont résisté aux pesticides, » peut-être parce que les pluies abondantes avaient empêché les applications de suivi, ou parce que les chenilles s’étaient terrées dans les plantes.
 
Selon le Centre for Agriculture and Biosciences International, ou CABI, l’Afrique pourrait subir des pertes de récoltes de maïs d’une valeur de trois milliards cette année à cause de la légionnaire d’automne. Ce sera un revers dramatique pour les petits exploitants agricoles qui cultivent le plus gros du maïs d’Afrique.
 
Les noctuelles de légionnaires d’automne peuvent parcourir 100 kilomètres en une nuit. Elles se multiplient rapidement. En effet, une femelle pond environ 2 000 œufs durant les deux semaines de sa vie de papillon.
 
Le changement climatique pourrait également favoriser la propagation de la légionnaire d’automne. Les sécheresses, suivies de pluies abondantes, comme cela a été le cas en Afrique australe l’an dernier, font subir un stress aux plantes, les rendant ainsi plus fragiles.
 
David Phiri est le coordonnateur de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture en Afrique australe. Il déclare : « La légionnaire d’automne est là pour de bon et il faut trouver les moyens de la combattre. » Cependant, les agriculteurs et les agents de vulgarisation agricoles d’Afrique sont toujours en train d’apprendre à détecter et comprendre le fonctionnement de ce ravageur pour pouvoir la combattre.
 
Monsieur Mpofu a mené ses propres recherches et n’est pas optimiste. Il déclare : « Plusieurs choses me préoccupent. La première c’est que la légionnaire d’automne est difficile à éliminer, même lorsqu’on utilise les pesticides recommandés. »
 
Pour avoir de meilleures chances de se débarrasser des chenilles avec les insecticides de contact, il faut pulvériser ces derniers lorsque les chenilles sont petites, à savoir entre le troisième et le sixième jour de leur cycle de vie de quatre semaines. Mais même là, il peut être difficile de les atteindre, car elles se cachent en dessous des feuilles.
 
Les chenilles plus âgées et plus grosses sont encore plus difficiles à tuer. Elles creusent la tige ou les épis, ce qui les protège des vaporisations de produits chimiques. Le fait de se nourrir dans le verticille ou sur les tiges peut également tuer la plante.
 
Le Brésil dépense jusqu’à 600 millions de dollars par an pour enrayer la légionnaire d’automne. Monsieur Mpofu déclare : « L’Afrique ne dispose pas de ces moyens, » une autre raison de son pessimisme.
 
Le Nigeria dépense environ huit millions de dollars pour sa lutte contre la légionnaire d’automne. La Zambie, qui a eu 130 000 hectares de terres touchées l’an dernier, dépense trois millions de dollars. L’Ouganda dépense 1,2 million de dollars.
 
Les experts et les agriculteurs ignorent toujours quels insecticides sont les plus efficaces contre la souche de légionnaire présente actuellement en Afrique. Les essais et le développement prennent du temps.
 
En Amérique latine, la légionnaire d’automne semble développer une résistance aux pesticides chimiques. La FAO recommande de minimiser l’utilisation des insecticides chimiques en Afrique pour empêcher que la résistance s’accroisse, et éviter que l’environnement ne soit empoisonné.
 
Les agriculteurs surveillent les signes précurseurs du ravageur. Les experts conseillent aux agriculteurs de labourer en profondeur pour ramener les jeunes nymphes à la surface, de semer tôt pour éviter la période d’infestation abondante plus tard au cours de la saison et de brûler tous les résidus de cultures pour limiter la quantité de nourriture et les lieux de refuge pour les chenilles.
 
Les pesticides biologiques faits à base de virus, de champignon et de bactéries pourraient constituer une solution de rechange sans danger aux méthodes chimiques. Les insecticides d’origine végétale tels que le neem peuvent être également efficaces.
 
En dépit de l’engagement de la FAO à apporter son aide pour accélérer leur introduction et leur production à l’échelle locale, les recherches, l’enregistrement et la commercialisation des pesticides biologiques coûtent cher et nécessitent du temps.
 
Les agriculteurs zimbabwéens ont repéré la légionnaire d’automne dans leurs champs irrigués de maïs d’hiver, qui pousse de juin à août, et ce, même si la chenille déteste le froid. Cela signifie que monsieur Mpofu et ses collègues agriculteurs s’attendent fort probablement à vivre une saison difficile.
 
Le présent article est adapté d’un article intitulé « L’envahisseur qui coûte 3 milliards de dollars aux paysans africains » publié par IRIN. Pour lire l’article original, cliquez sur : http://www.irinnews.org/fr/actualites/2017/09/14/l-envahisseur-qui-coute-3-milliards-de-dollars-aux-paysans-africains