Cameroun : Du charbon écologique pour réduire la déforestation (InfoCongo)

22 Mai 2017
A translation for this article is available in English

Muller Tankeu Nandou est décidé à réduire la pression sur les belles mangroves du Cameroun. L’entrepreneur est titulaire d’une maîtrise en écologie, en biodiversité et en environnement. Il a mené ses recherches dans la forêt de Bois des Singes, près de Douala.

Bois des Singes est un lieu important où beaucoup de Camerounais se ravitaillent en bois de chauffe. Cependant, l’utilisation abusive, et souvent l’utilisation illégale, des ressources de cette forêt menace sa survie. La moitié des arbres de la forêt ont été abattus au cours des 20 dernières années.

Il y a trois ans, M. Nandou a été inspiré lors d’une visite chez ses grands-parents. Il déclare :  J’ai remarqué, que pour préparer leurs repas, mes grands-parents utilisaient les ordures ménagères telles que les feuilles de maïs, les peaux de bananes ou les épluchures de cannes à sucre. Après avoir mené des recherches, j’ai découvert que d’autres pays produisaient du charbon à partir d’ordures ménagères. Par conséquent, j’ai décidé de créer Kemit Ecology pour fabriquer du charbon écologique.

Kemit Ecology produit et vend du charbon 100 % bio, à partir d’ordures ménagères biodégradables. Le but est de proposer une solution de rechange en ce qui a trait à la demande pour le bois de chauffe.

La société collecte les ordures ménages dans les maisons, les marchés et la rue. Les matériaux sont triés, mis à sécher et compactés par la suite pour faire du charbon.

Daniel Toksia est le responsable de la qualité, la santé et la sécurité, et il veille à l’amélioration du produit. Il explique :  Concernant les premiers charbons que nous avons produits, par exemple : les clients se plaignaient du fait qu’ils s’effritaient…. [mais] mais, maintenant, notre charbon ne s’effrite plus comme avant.

L’équipe a augmenté considérablement sa production. En 2014, elle a produit douze tonnes de charbon à la main. Maintenant, elle a des machines et une usine, et, en 2016, elle a produit et vendu 37 tonnes. Une tonne de charbon écologique représente 25 sacs de 40 kilogrammes. La société estime avoir produit 1 825 sacs de charbon de manière écologique.

Leur charbon attire les acheteurs. Didi est une mère de cinq enfants qui vit dans la municipalité de Bois des Singes, à Douala. Elle raconte : « Ma fille m’a présenté le charbon écologique et je l’ai adopté. J’utilise trois kilogrammes de ce charbon chaque semaine…. La cuisson se fait rapidement. En plus, ça ne fume pas et ne noircit pas la marmite. »

Berlise vit à Douala et vend le charbon écologique depuis huit ans. Elle a commencé par deux sacs de 40 kilogrammes, mais, actuellement, elle peut vendre huit sacs dans le mois. Elle affirme que sept clients sur dix préfèrent acheter le charbon de bois écologique.

Le plus grand défi de la société c’est de trouver suffisamment de matière première pour accroître sa production. Elle utilise les ordures ménagères, mais certaines personnes veulent qu’elle paie pour avoir ces déchets. Certains ramasseurs d’ordures de la ville sont mécontents lorsqu’ils voient les employés de Kemit Ecology près des bacs à ordures.

Donc, M. Nandou et son équipe nouent des partenariats. Ils ont recruté des ménagères dans plus de 100 quartiers pour qu’elles leur fournissent les déchets. Ernest Benelesse est le responsable de la production. Il explique :  Nous remettons des sacs aux ménagères et leur demandons d’y mettre uniquement des peaux de bananes douces et de bananes plantains. Nous venons chercher les ordures deux ou trois jours plus tard.

Ils collaborent également avec des commerçants dans certains marchés de la ville. Les vendeurs de fruits pèlent les bananes et les plantains, et gardent les pelures pour Kemit Ecology.

Deux collecteurs parcourent les rues de la ville sur un tricycle, à la recherche de résidus de maïs et d’épluchures de canne à sucre. Ils ramassent également les résidus de rotin chez les artisans qui fabriquent des meubles.

Le projet a été récompensé lors de la COP22, la conférence sur le changement climatique, organisée en novembre 2016, au Maroc. Il a remporté un prix dans la catégorie « Entrepreneur vert jeune d’Initiatives Climat.

La consommation annuelle de charbon a dépassé les 300 000 tonnes en 2016, au Cameroun. Pour satisfaire la demande, plusieurs forêts sont abattues. M. Nandou pense que sa société peut s’adjuger deux à trois pour cent du marché en 2017.

La société accumule un déficit. Par conséquent, selon M. Nandou, il faut qu’elle se développe. Il regarde vers l’avenir. Il déclare :  En ce qui nous concerne, le plus urgent c’est de trouver une solution pour les populations à risque qui s’installent dans les régions de mangrove.

Le présent article s’inspire d’un article d’InfoCongo, intitulé « Énergie alternative: du charbon écologique pour réduire la déforestation.  Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://infocongo.org/energie-alternative-du-charbon-ecologique-pour-reduire-la-deforestation/?lang=fr

Photo crédit: Madeleine Ngeunga/ InfoCongo