Rwanda : De nouvelles variétés de manioc offrent de l’espoir après les ravages causés aux cultures par la maladie de la mosaïque du manioc

20 Février 2017
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Il se peut bien que les moments difficiles soient chose du passé pour Jeanette Uwababyeyi, une productrice de manioc de la commune de Ruhango, au Rwanda. La femme de 35 ans parcourt son champ tout en admirant les feuilles de ses plants de manioc qu’elle a soignés avec impatience et dans la crainte. Elle déclare : « Cela fait trois ans que je n’avais pas cultivé du manioc ici. »

À l’instar de plusieurs autres cultivateurs et cultivatrices de la région, le manioc de Mme Uwababyeyi avait été frappé par la maladie de la mosaïque du manioc qui a causé des ravages dans la région entre 2013 et 2016. Elle se rappelle : « Au début, j’entendais des agriculteurs et des agricultrices d’autres régions s’exclamer : ‘le kabore (le nom de la maladie) nous appauvrit’ … et je pensais qu’un sort leur avait été lancé. Mais de plus en plus de mes voisin(e)s ont commencé à se plaindre de la même chose. »

Pendant plusieurs années, les paysans et les paysannes ont été obligés de renoncer à la culture du manioc en raison de la maladie de la mosaïque du manioc, mais Mme Uwababyeyi a recommencé à en cultiver, mais cette fois-ci elle utilise une nouvelle variété qui, espère-t-elle, produira mieux.

Au départ, Mme Uwababyeyi ignorait tout de cette maladie. Cependant, en 2013, ses deux hectares de manioc ont produit des tubercules qu’elle ne pouvait ni consommer ni vendre. Elle explique : « Les tubercules étaient pourris. Pour les manger, il fallait couper la partie atteinte, et il ne restait presque plus rien. »

Le manioc se faisait rare et les client(e)s avaient disparu. Le manioc rapportait un bon revenu à Mme Uwababyeyi. Elle déclare : « Lorsque la récolte était bonne, la vente de mes tubercules pouvait me rapporter facilement 400 000 francs rwandais [470 $US] environ. Mais depuis 2013, personne n’est venu me demander si je pouvais lui vendre du manioc. »

Elle n’arrivait plus à subvenir aux besoins de ses deux enfants. Sa famille devait se contenter du salaire mensuel de 90$ US de son mari. Si la situation avait perduré, sa famille aurait été confrontée à une crise alimentaire. Par conséquent, Mme Uwababyeyi s’est mise en quête de solutions.

Elle s’est entretenue avec des agent(e)s de vulgarisation agricole. Elle déclare : « Ils m’ont dit que je devais abandonner la culture du manioc pendant au moins trois ans, et cultiver autre chose sur ma terre. »

Il s’agit d’une décision difficile pour un agriculteur ou une agricultrice. Mais Mme Uwababyeyi décida de cultiver du haricot à la place du manioc. Son voisin, Innocent Kanamugire, fit de même. M. Kanamugire déclare : « Nous nous sommes dit que l’époque du manioc était révolue pour nous. Les stations de radio locales parlaient de la propagation de la mosaïque du manioc dans presque toutes les localités du sud du Rwanda. »

La maladie a également eu des répercussions sur les sociétés de transformation du manioc telles que la Kinazi Cassava Plant, une meunerie. L’usine transformait 60 tonnes de manioc par jour avant 2013, mais sa production est beaucoup moins importante maintenant, et elle opère à 20 % ou 30 % de sa capacité normale en raison de la pénurie de manioc.

Parfois les responsables de l’usine doivent parcourir de longues distances pour aller chercher le manioc. Birasa Chrispin s’occupe du volet production de l’Usine de transformation du manioc de Kinazi. Il soutient qu’ils doivent parcourir plus de 300 kilomètres à l’est du Rwanda pour trouver des tubercules.

Le prix du kilogramme de farine de manioc a quadruplé, passant de 200 à 800 francs rwandais (0,23 $ à 0,90 $US). Il était devenu presque impossible pour les familles d’acheter des tubercules pour leur propre consommation. Cela a entraîné la famine que les populations locales appellent Nzaramba (Je vais supporter).

Mme Uwababyeyi et d’autres agriculteurs et agricultrices placent désormais leurs espoirs dans deux nouvelles variétés de manioc provenant de l’Ouganda voisin, et qui s’appellent NASSE 14 et NAROCASS 1. Les cultivateurs et les cultivatrices qui possèdent plus d’un hectare de terre ont déjà reçu les soi-disant plants « sains » du ministère rwandais de l’Agriculture. Le maire de la commune de Ruhango, Mbabazi François Xavier, affirme que ces cultivateurs et ces cultivatrices multiplieront les semis pour les distribuer ensuite à leurs collègues qui ont moins d’un hectare de terre, car le gouvernement ne peut pas distribuer la nouvelle variété à tout un chacun d’eux.

Pour de meilleurs résultats, il a été recommandé aux agriculteurs et aux agricultrices de planter la nouvelle variété dans des champs sains et de ne pas les mélanger avec de vieux plants qui pourraient être infectés par la maladie de la mosaïque du manioc.

Après trois années passées à cultiver du haricot plutôt que du manioc, cette année pourrait être généreuse pour Mme Uwababyeyi, ce qui la rendra heureuse, étant donné que le manioc est une denrée de base et une bonne source de revenus au Rwanda.

This story was created with the support of CABI Plantwise through Farm Radio Trust.