Afrique de l’Est : Des agriculteurs d’Afrique de l’Est satisfaits d’avoir laissé l’herbe pousser sous leurs pieds (Guardian)

04 Avril 2016
A translation for this article is available in English

Stephen Tuhaire ratisse l’herbe qui lui arrive à hauteur de genoux pour éliminer les branches d’arbre cassées qui pourraient empêcher l’herbe de pousser dans son champ. Des gouttes de sueur perlent sur son visage, si bien qu’il doit s’essuyer à plusieurs reprises de la main.

En 1972, le grand-père de M. Tumhaire a quitté l’ouest de l’Ouganda pour aller s’installer dans le district de Nakasongola, au centre, une région formée de petites exploitations agricoles aménagées lorsque les agriculteurs répartirent la terre entre leurs enfants.

M. Tumhaire réside à Chamkama, un village situé dans le corridor du bétail en Ouganda, à 140 kilomètres au nord de la capitale Kampala. Au fur et à mesure que l’exode rural s’amplifiait dans la région, la demande pour le charbon de bois a augmenté. Cette situation a accéléré le cycle vicieux du déboisement qui avait commencé par un défrichage des terres aux fins d’activités agricoles. M. Tumhaire affirme que la production du charbon de bois est devenue une activité si lucrative dans le milieu des années 90 que certains jeunes ont abandonné leurs études pour se consacrer entièrement à la fabrication de ce combustible.

Il ajoute : « Les terres d’ici étaient bonnes avant que la production du charbon de bois ne devienne une activité majeure. Les arbres étaient très nombreux, il y avait beaucoup d’herbe et de vaches [et], par conséquent, du lait en abondance. »

Désormais, des agriculteurs comme M. Tumhaire ramènent les arbres à la vie grâce à un projet axé sur l’approche « régénération naturelle assistée par les paysans » (RNA). Les agriculteurs élaguent et protègent les arbres qui existent déjà, et stimulent la régénération par le biais des souches d’arbres abattus, de la germination des drageons racinaires et des semences.

Les nouvelles pousses et les arbustes améliorent le sol, empêchent l’érosion et les pertes en eau, tout en favorisant la diversité biologique. Pour les agriculteurs, cela se traduit par une augmentation des rendements de culture, une plus grande disponibilité de bois de chauffe et de meilleurs revenus.

M. Tumhaire a suivi une formation dans le cadre d’un projet réalisé en Afrique de l’Est. Il se rappelle : « Après la formation, j’ai taillé les arbres et défriché les arbustes qui se trouvaient sur ma terre, et peu de temps après l’herbe a commencé à pousser. Ici, il était toujours difficile de trouver du pâturage en saison sèche, mais grâce à l’approche RNA, mes vaches ont suffisamment d’herbe, et j’ai pu vendre un excédent de 39 sacs d’herbe d’une valeur de 331 000 shillings [ougandais], soit [91 $US]. »

Il poursuit : « La production laitière de mes vaches a augmenté progressivement … Je vends sept litres de lait par jour, et chaque litre me rapporte 9 100 shillings. Mes enfants consomment le reste de lait. »

Tony Rinaudo est un spécialiste en ressources naturelles et un pionnier de la RNA au Niger. M. Rinaudo soutient que l’approche est bon marché, qu’elle repose sur le savoir local et favorise la repousse de la végétation indigène.

Il ajoute : « Dans le monde, 25 à 30 % des terres agricoles sont endommagées. Cette ressource vraiment naturelle dont dépendent les populations pour se nourrir est en train de diminuer. Cela explique le besoin de ramener les arbres à la vie dans notre environnement afin de préserver la fertilité des sols et les empêcher de s’éroder. »

En Afrique de l’Est, les arbres peuvent contribuer grandement à la restauration de la fertilité et des nutriments d’un sol. M. Rinaudo soutient que plusieurs arbres sont des plantes fixatrices d’azote, c’est-à-dire qu’ils captent l’azote présent dans l’atmosphère et l’apportent dans le sol. Il affirme que tous les arbres perdent leurs feuilles, ce qui procure du carbone et d’autres nutriments au sol.

Au Kenya, des milliers d’hectares de terres agricoles sont si endommagés qu’elles ne parviennent plus à produire adéquatement ou régulièrement des cultures ou des pâturages pour le bétail.

Jackson Mwangi se tient entre deux acacias dans son champ d’herbes courtes et de buissons épars dans le comté de Nakuru, au Kenya. L’homme de 46 ans se rappelle jusqu’à quel point la sécheresse avait décimé les troupeaux de bétail en 2000 dans cette région souvent aride située à 130 kilomètres au nord de la capitale, Nairobi. Aujourd’hui, lui aussi applique l’approche RNA.

M. Mwangi déclare : « Ici, les activités humaines avaient provoqué la désertification. Je n’arrive pas à croire que ce morceau de terre sur lequel j’avais l’habitude de récolter huit sacs de maïs il y a trois ans produit désormais 25 sacs. »

Selon Tony Rinaudo, les avantages de la régénération naturelle assistée par les paysans sont plus qu’évidents. Il déclare : « Outre la contribution de la RNA à l’augmentation de la production laitière et au doublement du rendement des cultures, la plus grande transformation se traduit par l’espoir qu’elle a redonné aux communautés vulnérables d’Afrique de l’Est. » Étant donné que la RNA permet d’accroître la production prairiale, la terre peut subvenir aux besoins d’un plus grand nombre de vaches qui produisent chacune plus de lait qu’auparavant. C’est un cercle vertueux, en plus d’être un grand avantage pour les agriculteurs.

Tout comme M. Tumhaire, Florence Namembwa cultive également à Chamkama. Pour elle, la RNA signifie qu’elle aura plus de facilité à trouver du bois pour cuisiner et chauffer son l’eau. Et cela lui permettra de consacrer du temps à d’autres choses.

Elle raconte : « Je dispose désormais d’assez de temps pour mener d’autres activités telles que jardiner et participer aux activités du groupe de tontine des femmes. Mes enfants peuvent désormais se concentrer sur leurs devoirs puisqu’ils n’ont plus à aller chercher du bois de chauffe. »

Pour lire l’intégralité de l’article duquel provient cette histoire intitulée « Des agriculteurs d’Afrique de l’Est satisfaits d’avoir laissé l’herbe pousser sous leurs pieds », cliquez sur : http://www.theguardian.com/global-development/2016/mar/18/east-african-farmers-rewarded-for-letting-grass-grow-under-their-feet

Crédit photo: Robert Kibet