Malawi : Une agricultrice transforme les tomates en or

09 November 2015
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Eliza Biliati a cultivé du maïs toute sa vie. La survie de sa famille dépend cette denrée de base. Toutefois, ses récoltes ne suffisaient qu’à nourrir sa famille, et elle avait du mal à trouver suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins essentiels des siens.

Mme Biliati vit à Tsabango, un village situé à environ 30 kilomètres au nord-est de Lilongwe, la capitale du Malawi. Pendant longtemps, elle a dû gérer minutieusement les revenus saisonniers de son mari afin qu’ils puissent en disposer tout au long de l’année. Elle explique : « Mon mari vend du sable fluviatile destiné à la construction. Les véhicules ne viennent qu’en saison sèche, car les routes sont impraticables en hivernage. » Son mari paie des ouvrières et des ouvriers pour ramasser du sable dans le lit de la rivière Nanjiri située non loin, et cette activité lui rapporte très peu d’argent.

Mme Biliati était consciente qu’il fallait que la situation change. L’an dernier, elle a réalisé qu’en dépit de la forte demande pour la tomate dans la localité, très peu d’agricultrices et d’agriculteurs locaux en cultivaient. Elle déclare : « Les seules personnes qui cultivaient de la tomate vendaient rapidement leurs produits. » Elle a persuadé son mari de tester cette culture.

Fakeni, le mari de Mme Biliati, a aidé sa femme à piquer des tuteurs dans le potager pour soutenir les plants de tomate. Il explique : « Cela permet aux plants de rester droit, pour ne pas ployer sous leur propre poids. Ainsi, les tomates ne pourrissent pas, car elles ne touchent pas le sol. » M. Biliati estime qu’un plant à lui seul peut produire environ 50 tomates pendant toute sa durée de vie. Deux plants seulement suffisent à remplir une caisse de fruits ronds et juteux, et les deux se vendent à environ 8 $US.

Mme Biliati a testé la nouvelle culture en la plantant sur une toute petite portion de son champ. Mais elle est désormais convaincue que les tomates sont la culture parfaite qui l’aidera à subvenir aux besoins de sa famille. Le petit lopin de terre sur lequel la famille a cultivé des tomates a rapporté à Mme Biliati près de 100 $US. Elle a récolté presque toutes les tomates qui se trouvent actuellement dans son jardin, et a l’intention de cultiver sur une plus grande surface pour satisfaire la demande locale.

Cosmas Kachepa est voisin à Mme Biliati. Lui aussi cultive de la tomate. M. Kachepa affirme que les tomates sont rentables, mais que les agricultrices et les agriculteurs doivent toujours prendre soin des plants. Les tétraniques tisserand rouges et la rouille causent particulièrement des dégâts. Il raconte : « Je m’assure toujours d’avoir des pesticides, car je dois protéger mes tomates et m’assurer que mes récoltes seront de la plus haute qualité. »

Donald Kachigamba est entomologiste agricole à la station de recherche de Bvumbwe. Il pense que les agricultrices et les agriculteurs ne doivent pas s’empresser d’utiliser des pesticides chimiques. Il leur conseille d’adopter une approche plus intégrée en ce qui concerne la lutte antiparasitaire. Le Dr Kachigamba déclare : « Les productrices et les producteurs de tomates doivent tester avant tout des méthodes non chimiques : procéder à une rotation des cultures, planter à la bonne période [et] appliquer les méthodes d’assainissement consistant à déraciner et éliminer les plants infectés. [Ils] ne doivent utiliser des produits chimiques qu’en dernier ressort. »

Les marchand(e)s se rendent à la ferme de Mme Biliati parce que la demande locale pour les tomates est forte. L’agricultrice s’est rendu compte qu’elle pourrait avoir un meilleur prix si elle se rendait elle-même au marché pour vendre ses tomates. Cependant, elle estime que ce qu’elle perd en termes de revenus de vente, elle l’économise en temps et en argent qu’elle aurait perdu dans les frais de transport et les taxes d’étalage.

Mme Biliati est heureuse d’avoir commencé à cultiver des tomates. Les gains que lui rapporte la nouvelle denrée lui permettent d’avoir de l’argent pour subvenir aux besoins quotidiens de sa famille. Elle raconte : « Nous avons réalisé jusqu’à quel point la culture de tomates était une bonne chose. Nous avons l’intention de cultiver plus de tomates en famille pour satisfaire la demande. J’économise également de l’argent, car je n’ai plus besoin d’acheter de la tomate pour la préparation du repas. »

Photo: Eliza Biliati et son mari dans leur jardin de tomates. Crédit: Mark Ndipita