Kenya : Les météorologues travaillent avec les faiseurs de pluie traditionnels pour fournir des prévisions météorologiques exactes

| août 31, 2015

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Mariam Omulama est assise sur une natte sous la véranda aménagée en dessous de la corniche de son toit en chaume. La femme de 80 ans tient une radio bleue munie d’une longue antenne. Elle remonte la manivelle pour l’allumer, puis capte la radio communautaire Anyole 101.2 FM afin d’écouter le bulletin météorologique.

Mme Omulama n’est pas la seule agricultrice du village d’Esibila à écouter Anyole FM. La station a de plus en plus d’adeptes depuis sa création il y a dix mois pour la communauté Nganyi, un sous-clan de la tribu Anyole, vivant dans le comté de Vigiga, à l’ouest du Kenya. Anyole FM diffuse des conseils agricoles, des émissions sur la santé et le développement, et des variétés en langue anyole.

Anyole FM est une des cinq stations de radio communautaires créées par l’Institut météorologique du Kenya dans certaines localités du pays, particulièrement exposées aux inondations, aux sécheresses ou aux glissements de terrain imprévisibles.

Les présentatrices et les présentateurs d’Anyole FM, à l’instar de leurs collègues des quatre autres stations, viennent de cette communauté locale. Hanah Kimani est une météorologue en chef de l’Institut météorologique du Kenya. Elle déclare : « Nous choisissons des personnes dans une communauté … et nous les formons … pour qu’ils puissent ensuite diffuser les informations météorologiques dans leurs langues. »

Avant la création de la station, la communauté Nganyi comptait sur les prévisionnistes locaux. Ces derniers fournissaient en général des informations exactes. Mais durant les dernières années, le climat a subi des changements rapides. Les météorologues ont commencé à collaborer avec les prévisionnistes pour améliorer l’exactitude de leurs prévisions.

Dans cette localité du Kenya, les premières pluies arrivent généralement en février, et les agricultrices et les agriculteurs cultivent traditionnellement leurs denrées à cette période. Cependant, cette année, les agricultrices et les agriculteurs ont entendu des prévisions exactes à la radio et ont retardé la plantation.

Enos Matende est un des nombreux agricultrices et agriculteurs qui de fiaient aux prévisions qu’il entendait à Anyole FM. Il déclare : « Je n’ai planté aucune denrée en février cette année, car je savais … que les pluies [n’arriveraient pas avant] la fin mars. En effet, les premières pluies sont tombées le 22 mars.

Monicah Omari travaille à Anyole FM. Elle affirme que les prévisionnistes traditionnels et les scientifiques préparent des prévisions trimestrielles qu’Anyole FM diffuse ensuite. Mme Omari déclare : « À chaque heure de nos [tranches] d’information, nous diffusons des renseignements météorologiques et informons les agricultrices et les agriculteurs de ce qui arrive à l’environnement. »

Hezekiah Musungu est gardien d’un autel dans la communauté Nganyi. Lorsqu’ils prédisent le temps qu’il fera, les faiseurs de pluie traditionnels se rendent aux autels sacrés pour consulter les esprits de leurs ancêtres. M. Musungu est chargé de veiller sur l’autel pour son clan. Il soutient que les faiseurs de pluie traditionnels se réjouissent de voir que leur savoir sert à nouveau à la communauté. Il explique : « Avant que notre intégration au groupe de scientifiques, nous étions seuls. Les gens ne nous considéraient pas. Mais, maintenant, nous sommes ouverts sur l’extérieur; nous sommes avec le grand public. Les gens peuvent nous entendre. Ils peuvent désormais nous connaître [grâce à la radio]. »

Fridah Bulimo tire également profit des informations météorologiques actualisées. Les renseignements exacts lui ont permis de quadrupler ses rendements de culture. Mme Bulimo explique : « Avant, je récoltais un sac de maïs, mais [cette année] j’en ai récolté quatre. Je récoltais également deux sacs de sorgho, mais j’en ai récolté huit maintenant. »

Mme Bulimo affirme que la radio aide réellement les agricultrices et les agriculteurs locaux. Avant que les prévisions ne commencent à être diffusées, les agricultrices et les agriculteurs plantaient plusieurs cultures trop tôt, et celles-ci flétrissaient tout simplement dans le champ. Elle raconte : « Les expert(e)s … qui fournissent les informations météorologiques nous prodiguent de bons conseils. Ils nous conseillent [également] sur le type de semences à planter, et ce, en fonction de la quantité de pluie [qu’ils attendent]. »

Assise sous sa véranda, Miriam Omulama est heureuse. Elle affirme que sa production a augmenté parce qu’elle suit les conseils qu’elle entend à la radio. Elle ajoute : « Anyole FM me tient informée! »