Soudan du Sud : Les animaux d’élevage sont plus nombreux que les personnes et l’environnement en souffre (IPS)

09 Juin 2014
A translation for this article is available in English

Wani Lo Keji, un jeune homme de vingt ans, lève les yeux au ciel pendant que son bétail boit l’eau de ​​la rive orientale du fleuve du Nil en face de la capitale du Soudan du Sud, Juba.

« Nous apportons nos animaux ici chaque jour parce que la rivière saisonnière près de notre village a séché. Il y avait de nombreux éleveurs qui se battaient pour l’eau là-bas », dit-il.

Il s’agit d’une situation courante dans un pays aride où le bétail est plus nombreux que la population. Selon le ministère de l’Agriculture du Soudan du Sud, il y a environ 35 millions de vaches, de chèvres et de moutons dans le pays qui compte 13 millions de personnes.

Isaac Woja est un consultant en gestion des ressources naturelles. Il dit que le bétail du Soudan du Sud vaut, selon les estimations, 2,2 milliards de dollars US. Toutefois, la gestion du bétail ne se fait pas de manière durable. Pendant la saison sèche, le grand nombre d’animaux crée une rareté en matière d’eau et de pâturages.

« Le bétail au Soudan du Sud est une malédiction. [Il n’est] pas une ressource qui profite aux gens parce que ces derniers n’en font pas l’élevage pour des raisons économiques ou de sécurité alimentaire. Le bétail est une question de… prestige », de dire M. Woja.

Au Soudan du Sud, les bovins sont vénérés; il y a des communautés où les pasteurs n’envisagent même pas l’abattage de leurs vaches pour la viande. Une grande partie de la viande du pays provient d’animaux importés de l’Ouganda, un pays voisin.

Dans de nombreuses communautés du Soudan du Sud, les vaches servent principalement de paiement d’une dot ou de compensation en cas de meurtre ou d’adultère. Les éleveurs sont fiers de la quantité plutôt que la qualité de leur bétail. La situation actuelle conduit à un surpâturage, à l’érosion des sols et à une utilisation inadéquate des ressources en eau.

M. Woja dit que, souvent, les agriculteurs et les agricultrices laissent une centaine de bovins brouter l’herbe d’un terrain qui ne peut qu’en nourrir trois.

Il estime que, pour assurer la durabilité, il devrait y avoir une réglementation sur la façon dont un morceau de terre est utilisé pour élever du bétail. « Si vous avez un grand terrain communal, vous devriez être en mesure de le diviser à l’aide d’enclos … Pendant la première année, vos vaches [paissent] l’herbe sur cette partie et l’année suivante, elles paissent l’herbe sur une autre partie », explique-t-il.

M. Woja dit que si l’élevage pouvait être géré d’une façon qui soit profitable pour les propriétaires, les conflits au sujet de l’eau et des pâturages diminueraient, l’environnement souffrirait moins et la qualité du bétail s’améliorerait.

Leben Nelson Moro est un professeur d’étude du développement à la Juba University. Il croit que l’absence d’une politique claire du gouvernement contribue au problème.

« Nous avons besoin d’une planification et de politiques appropriées. Nous devrions dresser la liste des ressources naturelles que nous avons et élaborer de bonnes politiques sur la façon de les utiliser … au profit des générations actuelles et futures. Il devrait y avoir un plan national », précise le professeur.

Cependant, jusqu’à ce qu’un tel plan soit mis en place, des gens comme M. Lo Keji continueront à garder le bétail à des fins de prestige. « Dans notre famille, nous avons quatre cents animaux et nous travaillons fort pour en acheter plus » affirme M. Lo Keji.

Pour lire l’article sur lequel est fondée l’histoire ci-dessus, visitez le http://www.ipsnews.net/2014/05/south-sudans-livestock-outnumbering-people-ruining-environment/ (en anglais seulement).