Côte d’Ivoire : La sauvegarde de la dernière forêt tropicale intacte de l’Afrique de l’Ouest par le biais de l’écotourisme (IPS)

23 Juin 2014
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Jonas Sanhin Touan a de grands rêves. Il est assis sous un dais à Gouleako, près de l’entrée du Taï National Park (parc national Taï) en Côte d’Ivoire et attend que les touristes arrivent et achètent sa nourriture.

Il souhaite amasser assez d’argent pour construire un hôtel sur trois hectares de terrain qu’il a achetés à l’extérieur du parc. M. Touan pointe vers une zone de brousse et dit : « C’est là où se situera le restaurant ».

Le Taï National Park est l’une des dernières forêts tropicales intactes en Afrique de l’Ouest. Il s’agit de la plus grande forêt tropicale de la région et elle a été nommée site du patrimoine mondial par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture.

Le parc se trouve à proximité de la frontière libérienne dans le sud-ouest de la Côte d’Ivoire et n’est accessible que depuis la capitale, Abidjan, après sept heures de route sur un chemin défoncé.

La région est également affectée par les conflits et la violence sporadique ainsi que l’empiètement de la déforestation. Des champs soigneusement plantés d’arbres de cacao, de café, de caoutchouc et d’huile de palme occupent maintenant une région autrefois couverte d’une végétation tropicale luxuriante.

L’écotourisme peut être une solution pour les gens du pays à la recherche d’un avenir meilleur et durable. Depuis janvier 2014, environ 100 touristes ont pris part à une tournée organisée par la Wild Chimpanzee Foundation (fondation des chimpanzés sauvages dont le sigle en anglais est WCF) et le ministère ivoirien de la Protection des forêts.

L’écotourisme est encore un concept nouveau et le nombre de touristes demeure modeste. « Bien sûr, cela prendra du temps. Mais cette région est magnifique. Je pense que l’écotourisme apportera de l’argent aux gens qui en ont désespérément besoin », admet M. Touan.

Actuellement, 80 pour cent des villageois gagnent leur vie en cultivant du cacao, ce qui veut dire que, souvent, ils entaillent et brûlent la forêt pour accroître leur zone de récolte. De nombreuses espèces animales, y compris les chimpanzés et les hippopotames nains, sont maintenant en danger.

Christophe Boesch est un professeur de primatologie et le directeur de la WCF pour l’Afrique de l’Ouest. Il dit que la pression de la population autour du parc est considérable et la migration actuelle des personnes vers la région est une conséquence directe du réchauffement climatique.

« L’Afrique de l’Ouest fait face à des changements climatiques frappants depuis les 50 à 60 dernières années. La région du Sahel est devenue un désert », explique le professeur. Les Ivoiriens et les migrants étrangers ont fait de la Côte d’Ivoire le plus grand producteur de cacao au monde au détriment de ses forêts.

En Gouleako, les villageois exécutent une cérémonie traditionnelle et servent du vin de palme à une demi-douzaine de touristes assis sur des divans. Par la suite, ils guident les touristes le long des sentiers boueux du parc pour voir les chimpanzés ou naviguer sur le fleuve Cavally qui sépare le Libéria et la Côte d’Ivoire.

Emmanuelle Normand est la directrice de WCF en Côte d’Ivoire. « Nous souhaitons, par le biais de ce projet, enseigner aux gens, davantage la population locale que les touristes, la valeur ajoutée d’une forêt », dit-elle. Des projets similaires dans la région des Grands Lacs ont aidé les espèces en voie de disparition à survivre.

Valentin Emmanuel est le chef adjoint de Gouleako. Il se souvient que quand il était jeune, les éléphants traversaient les rizières et les chimpanzés sortaient de la forêt pour jouer dans les cacaotiers.

« Avant, la faune était près de nous. Maintenant, il faut aller loin dans la forêt pour la voir », ajoute-t-il.

M. Touan sait que la seule façon de redonner à la forêt son ancienne gloire est de la présenter à plus de gens. « Les cultivateurs de cacao mènent une vie très difficile. L’écotourisme leur offre la possibilité d’un avenir meilleur », dit-il.

Pour lire l’article complet sur lequel se base cette histoire, visitez le http://ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=7947.