Cameroun: Une coiffeuse apprend aux jeunes à se protéger du VIH (Par Anne Mireille Nzouankeu, pour Agro Radio Hebdo)

02 December 2013
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D’un geste sec, Nathalie Kemmogne frotte le cuir chevelu de sa cliente. Le shampoing achevé, Mme Kemmogne prend place sous un séchoir à cheveux en forme de casque. Nathalie Kemmogne profite de ce moment de répit pour engager une causerie sur le préservatif féminin.

Isabelle Pemboura, âgée de 19 ans, n’avait jamais entendu parler du condom féminin. Alors, Mme Kemmogne sort un organe génital féminin artificiel et fait une démonstration de son usage.  Mme Pemboura essaie à son tour, sans grand succès. Après la troisième tentative, elle réussit enfin à placer correctement le préservatif. Avec un grand sourire, elle dit : « C’est bizarre de trouver des préservatifs dans un salon de coiffure mais c’est une bonne initiative. J’ai appris à utiliser un préservatif. Entre femmes, le message passe plus facilement».

La démonstration de l’utilisation du préservatif se fait dans une ambiance joviale. Certaines filles en profitent pour raconter des anecdotes, par exemple, la réaction de leur partenaire la première fois qu’il a vu ce préservatif ou le commentaire qu’il a fait. Ce qui provoque très souvent des éclats de rire.

Au Cameroun, le taux de prévalence du VIH est de 5,6% chez les femmes et 2,9% chez les hommes. La tranche d’âge comprise entre 15 et 24 ans est la plus touchée. MmeKemmogne a es affiches placardées sur le mur de  son salon de coiffure de Yaoundé qui sensibilisent sur la nécessité de se protéger pour éviter le VIH. Sur ces affiches, on peut par exemple lire : « Le sida tue, protège-toi.»

Les affiches qui se trouve dans dessalons à travers le Cameroun. Ellessont offertes par l’Association Camerounaise pour le marketing Social (ACMS), une ONG qui œuvre à l’amélioration de la santé des populations et distribue les préservatifs féminins au Cameroun depuis 2009.

Présentées dans un emballage rose, ces préservatifs féminins, sont dispersés bien en évidence entre les vernis à ongle et les bigoudis dans le salon de Mme Kemmogne. La coiffeuse de 26 ans vend ces préservatifs depuis quatre ans. Lorsque l’ACMS a proposé à Mme Kemmogne de vendre des préservatifs, elle a immédiatement accepté. Elle explique ce choix et dit : « Pendant longtemps j’ai entendu les femmes se plaindre. Elles avaient honte d’acheter les préservatifs à la pharmacie, donc c’est à l’homme que revenait la décision de se protéger ou non. Lorsque l’occasion de vendre des préservatifs féminins s’est présentée, je n’ai pas hésité et mes clientes sont ravies».

La coiffeuse n’a pas un chiffre exact du nombre de préservatifs vendus chaque mois. Mais, elle assure qu’elle en vend à plus de la moitié de ses clientes.Certaines clientes disent que leur partenaire a refusé, d’autre disent que ça fait trop de bruit. Mais, celles qui sont satisfaites reviennent en acheter.

Les autorités administratives espèrent que la vulgarisation du préservatif dans les salons de coiffure va contribuer à réduire les taux de prévalence du VIH.

À la fin de sa coiffure, Mme Pemboura achète un lot de trois préservatifs féminins à 100 FCfa (environ 20 cents américains), moins que le prix d’une baguette de pain. Elle dit : « C’est moins cher. C’est aussi plus discret de l’acheter ici au lieu d’aller dans une pharmacie où les gens vont vous regarder comme si vous étiez une extra-terrestre ».