Cameroun: Les femmes génèrent des revenus grâce aux denrées forestières mais sans faire de déforestation (Alertnet)

25 March 2013
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Calixte Mbilong est la directrice de la coopérative d’okok locale, dans le village de Minwoho, dans le centre du Cameroun. Elle fait l’éloge de cette plante indigène : « Quand on est fatigué, elle régénère, même des vieilles femmes comme moi. »

Une autre femme du village, Beatrice Ananga, prépare un repas à base de feuilles d’okok pilées, de noix de palme et d’arachides. Elle ne peut imaginer une vie sans okok. En riant, elle dit : « S’il n’y avait pas d’okok, comment vivrait-on ? » Une femme qui veut se marier doit savoir préparer l’okok, sinon elle ne sera pas considérée comme une épouse convenable par la famille de son mari.

L’okok est une plante grimpante de la forêt qui se mange comme un légume à feuilles. C’est une plante ayant une grande valeur culturelle dans le bassin du fleuve Congo. Le Centre for International Forestry Research (CIFOR) estime que le marché de l’okok, rien qu’au Cameroun, représente 12 millions de dollars américains par année.

L’okok pousse naturellement dans la forêt tropicale du bassin du fleuve Congo. Il grimpe le long des troncs  d’arbres matures et s’enroule autour de leurs branches. Mais la popularité de ce légume a explosé au Cameroun et parmi les Camerounais vivant à l’étranger. Cela a fait naître des inquiétudes selon lesquelles l’offre ne pourrait pas répondre à la demande, et que les récoltes continuelles affecteraient sa survie à long terme, en l’absence de reforestation.

Abdon Awono travaille pour le CIFOR. En parlant de l’okok, il dit : « Il est très important en tant qu’aliment ; il est très important en tant que médicament, et il est très important en tant que générateur de revenus. »

M. Awono a encouragé le CIFOR à collaborer avec une organisation de recherche camerounaise et une ONG locale dans le cadre d’un programme de domestication de l’okok dans plusieurs villages. La domestication ne requiert pas de déforestation parce que les arbres autours desquels est planté l’okok n’ont pas besoin d’être coupés.

M. Awono explique : « Nous avons commencé par les convaincre qu’il était aussi possible de planter de l’okok comme ils le font avec du cacao et d’autres produits agricoles. » Initialement, ça a été un processus difficile. Les villageois croyaient qu’il y avait assez d’okok dans les forêts, et qu’on n’avait pas besoin d’en planter plus mais ils ont changé d’avis et le projet a été une telle réussite qu’il a été étendu à l’échelle nationale.

Un élément-clé du programme consiste à assister les villageois pour la formation de coopératives. La formation de coopératives permet aux villageois d’organiser des ventes de groupe et de négocier des prix plus élevés pour leurs produits. On attache les feuilles vert clair d’okok pour en faire de gros paquets que l’on emmène au marché. Les agriculteurs gagnent maintenant 800 francs CFA (1,50 dollars américains) par kilogramme d’okok, comparativement à 200 francs CFA (40 centimes de dollars américains) quand le projet commençait.

Le projet était supervisé par Pierre Ayissi Nanga, le directeur d’une ONG locale appelée Association for the Development of Environmental Initiatives. Il dit : « L’okok est devenu un plat national. Tout le monde en mange en grande quantité. » Selon M. Nanga, les pépinières ont été établies en 2003. Les villageois ont été formés par rapport à la culture de ces plantes et leur transplantation dans les forêts.

Attirées par le succès du programme, les autorités camerounaises ont maintenant investi 500 000$ US par année pour étendre le programme à l’échelle du pays. M. Nango a été nommé coordinateur national du projet. Il dit : « Chaque famille gagnait autrefois environ cinq à dix milles CFA camerounais (9 à 18$ US) par semaine, et maintenant, elles peuvent gagner jusqu’à 20 ou 30 mille (37 à 55$ US). »

Calixte Mbilong marche à la tête d’un groupe de femmes, alors qu’elles entrent dans la forêt située à l’extérieur de leur village. Chaque femme transporte un minuscule plant d’okok prêt à être planté dans la forêt.

Mme Mbilong dit : « Une fois la saison du cacao terminée, l’okok est la culture sur laquelle nous comptons pour vivre. Les lundis, jeudis et vendredi, je vends de l’okok.

Mme Mbilong est heureuse quand elle gagne 35 000 francs CFA par semaine (70$ US). Elle dit : « C’est important pour moi. C’est avec cet argent que nous payons les frais scolaires de nos enfants, que nous prenons soin de notre santé, et que nous achetons nos vêtements. Cela me permet d’acheter tout ce dont j’ai besoin. »