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La pomme de terre de Madagascar : Relancer une culture utile en voie de disparition

Lydia Ajono, une productrice de radio communautaire, est si passionnée par la pomme de terre frafra, qu’elle dit que ce texte est comme un rêve devenu réalité. La pomme de terre frafra est une des cultures autochtones des régions du nord du Ghana.

Quoiqu’elle ait toujours été importante pour assurer la sécurité alimentaire pendant la saison sèche, la pomme de terre frafra est maintenant en voie de disparition. Mme Ajono débute son texte avec des souvenirs d’enfance, de sa grand-mère préparant la pomme de terre frafra et lui racontant comment la protéger des maladies et mettre en évidence sa beauté. Mme Ajono a aussi interviewé des gens bien déterminés à renouer avec cette importante culture.

À l’occasion de l’Année internationale de la pomme de terre (2008), la Fondation McCain a généreusement financé la production de six textes radiophoniques sur les pommes de terre et d’autres cultures telles que les ignames et les patates douces. Ce texte radiophonique de la pomme de terre frafra est le dernier dans cette série de six textes. Les cinq autres textes sont disponible en ligne:

M. ou Mme Patate de l’année! [1] (Pochette 86, Numéro 10, Décembre 2008)

La recherche au Rwanda vise une bonne production des patates douces [2] (Pochette 86, Numéro 11, décembre 2008)

Les patates douces oranges [3] (Pochette 86, Numéro 12, décembre 2008)

Les patates douces en Ouganda [4] (ARH#50, janvier 2009):

Mildiou tardive de la pomme de terre [5] (ARH#54, février 2009):

Notes au radiodiffuseur

Au cours des dernières années, les populations du nord du Ghana ont connu chaque année des pénuries de nourriture et d’eau. Le Programme des Nations Unies pour le développement a identifié les trois régions du nord du Ghana – Nord-Est, Nord-Ouest et Nord – comme étant les plus pauvres du pays. L’insécurité alimentaire est l’un des plus grands défis auxquels sont confrontées les familles de petits exploitants agricoles pauvres. L’insécurité alimentaire dans les ménages peut provoquer chez les enfants la malnutrition ainsi que des maladies relatives à la malnutrition. La meilleure façon de combattre la malnutrition consiste à encourager les agriculteurs à faire pousser à court, moyen et long terme des cultures qui peuvent subvenir aux besoins de leur famille durant toute l’année.

La plupart des cultures indigènes dans les régions du nord du Ghana, dont les pommes de terre de Madagascar (appelées aussi pommes de terre du Soudan), disparaissent graduellement. C’est malheureux car la pomme de terre de Madagascar est très nutritive et figurait jusqu’à tout récemment parmi les plantes utilisées pour passer la saison de famine.

Dans le présent texte, Lydia Ajono, réalisatrice d’émissions radiophoniques communautaires de la station Simli Radio dans le nord du Ghana, fouille dans sa mémoire et parle de sa propre expérience de jeunesse avec les pommes de terre de Madagascar qui étaient cultivées dans la région Nord-Est du Ghana. De nos jours, cette plante est si menacée que certains jeunes agriculteurs ne savent même pas comment la cultiver. Lors de ses recherches concernant ce texte, Mme Ajono a interviewé certaines personnes et certains experts agricoles pour savoir si la pomme de terre de Madagascar est encore cultivée. Elle a constaté que peu d’agriculteurs la font pousser.

Le présent texte repose sur des entrevues réelles menées dans le nord du Ghana. Pour produire ce texte dans votre station, vous pourriez choisir d’utiliser des acteurs pour représenter les gens qui sont interviewés et de modifier le libellé du texte pour l’adapter à votre situation locale. Si vous le faites, veuillez vous assurer de prévenir votre auditoire au début de l’émission que les voix sont celles d’acteurs, et non pas des personnes initialement impliquées dans les entrevues, et que l’émission a été adaptée pour votre auditoire, mais qu’elle repose sur des entrevues réelles. Ou bien vous pourriez vous inspirer de ce texte pour chercher quelles cultures traditionnelles sont en voie de disparition dans votre région et de quelle façon elles pourraient contribuer à la sécurité alimentaire.

Animatrice : Aujourd’hui, j’ai le privilège de vous raconter l’histoire de rêve de mon aliment préféré lorsque j’étais enfant : la pomme de terre de Madagascar. Au cours des 20 dernières années, cet aliment a presque disparu de la table des familles de petits exploitants agricoles dans le secteur nord du Ghana, en particulier chez les populations qui parlent le frafra dans la région Nord-Est du pays.

Mon histoire commence dans un foyer de petits agriculteurs du village de Balungu dans le district de Talensi de la région Nord-Est du Ghana, avec l’expérience de ma grand-mère Ma-Nam.

Grand-mère Ma-Nam préparait le repas du matin ou de l’après-midi composé de pommes de terre de Madagascar, d’huile de karité, de poivre et de sel. Elle commençait à préparer les pommes de terre à cinq heures du matin.

Après avoir lavé les pommes de terre plusieurs fois, Grand-mère Ma-Nam utilisait son petit mortier pour les piler minutieusement afin d’en enlever la peau, ce qui révélait la chair blanche à l’intérieur. Ensuite, elle les mettait soigneusement dans la marmite, prêtes pour la cuisson.

Parfois, pour nous impliquer, nous les enfants, dans la préparation des pommes de terre, elle en mettait un panier rempli sur le sol dans le coin de l’habitation ou du compound. Nous utilisions nos pieds pour enlever la peau, dans le cadre d’une compétition excitante pour voir qui en ferait le plus.

Elle faisait bouillir les pommes de terre pendant environ 50 minutes et nous, les enfants, étions heureux de manger notre repas préféré du matin. En fait, c’était parfois notre dernière nourriture jusqu’au repas du soir composé de tuozafi, une soupe faite de farine de millet, de légumes et de pâte d’arachides.

Grand-mère disait que les pommes de terre de Madagascar étaient bonnes pour nos corps en pleine croissance et nous protégeaient contre bien des maladies. Aux filles, Grand-mère disait que la consommation des pommes de terre ferait ressortir leur beauté. Aux garçons, elle disait que leur apparence physique serait agréable pour attirer les filles.

Au début de septembre, les pommes de terre nouvelles de Madagascar se trouvaient toujours sur les marchés locaux. C’était le temps où Grand-mère Ma-Nam pilait des pommes de terre nouvelles pour les repas du matin et de l’après-midi. Elle en faisait bouillir entièrement ou partiellement certaines et sécher d’autres pour les entreposer pour la saison de famine.

Si je repense à ce que ma Grand-mère me disait il y a 20 ans au sujet de cette merveilleuse plante qui possédait tous les éléments nécessaires pour rester forts et en bonne santé, je me rends compte que l’histoire est bien différente aujourd’hui. La pomme de terre de Madagascar disparaît rapidement des villages, pas seulement à Balungu mais dans l’ensemble de la région Nord-Est du Ghana.

Mes brèves recherches ont révélé que cette culture n’est pas bien connue des agriculteurs de la région Nord du Ghana, pas même des agents de vulgarisation agricole. Il existe bien une certaine connaissance indigène et une histoire orale de la pomme de terre de Madagascar, mais les services agricoles n’ont pas fait grand chose pour rédiger de l’information sur cette culture.

J’ai donc commencé à recueillir des entrevues pour tenter de raconter mon histoire sur la pomme de terre de Madagascar. Mon premier contact a eu lieu avec ma tante Hajia Tameiko, herboriste réputée à Tamale et qui défend actuellement la protection des espèces de plantes et de cultures en voie de disparition dans la région Nord du Ghana.

Venez avec moi dans la maison de Hajia Tameiko à Tamale.

Animatrice : Qu’y a-t-il de si important à propos de la pomme de terre de Madagascar pour que vous pensiez qu’il faudrait la sauver de l’extinction?

Hajia : Nous appellerons la pomme de terre de Madagascar pessa en langue frafra. Elle présente beaucoup d’avantages pour notre peuple. Les plus importants sont ses vertus médicinales pour les enfants.

Animatrice : À quoi ressemble la pomme de terre de Madagascar?

Hajia : Les pessas ressemblent aux patates douces, mais sont plus petites, de la taille environ d’une noix de muscade. Les pessas contiennent moins d’amidon que les patates douces et sont très nutritives. On les fait pousser en monticules et, quand elles sont bien cultivées, vous pouvez récolter un monticule et obtenir une cinquantaine de kilos de pommes de terre.

Animatrice : Tantine, vous vous occupez de la santé de beaucoup de femmes et d’enfants. Quelles propriétés médicinales des pommes de terre de Madagascar les rendent si précieuses comme aliment familial?

Hajia : Si je devais énumérer tous les bienfaits médicinaux des pessas, nous n’aurions pas assez de temps. Mais pour n’en mentionner que quelques-uns, elle contient de nombreux nutriments qui protègent les enfants contre des affections comme les maux d’estomac et les fièvres. Cependant, différentes personnes peuvent l’utiliser pour des affections différentes. Les pommes de terre de Madagascar sont consommées par les enfants ou bien les feuilles sont utilisées pour préparer une tisane médicinale pour vermifuger et pour soigner les indigestions. Les pommes de terre séchées sont trempées pendant quelques minutes pour en ramollir la peau et pour réduire le temps de cuisson avant de les ajouter à des pois bambara ou pois de terre et de les faire cuire. C’est également un aliment pour les enfants. J’ai eu huit enfants et je les ai nourris avec des aliments faits avec du gruau de pessa et avec de la pessa incorporée dans de la soupe aux légumes et des biscuits qui les protégeaient des maladies.

Animatrice : Je crois savoir que les feuilles sont utiles pour traiter la dysenterie.

Hajia : Oui, dans notre tradition nous nous en servons pour traiter la dysenterie. Nous faisons bouillir les feuilles et nous buvons le liquide ou bien nous y ajoutons un peu de pâte d’arachides pour en faire un repas pour la personne malade : cela stoppe la dysenterie en plus d’énergiser la personne. Même si nous faisons juste bouillir les pessas sans les peler, si nous filtrons l’eau dans une étamine (toile à fromage) et si nous en buvons à intervalles, la dysenterie ou la diarrhée disparaîtra. Comme tous les médicaments, il faut absorber les bonnes quantités, si bien qu’il est conseillé d’en prendre modérément. Si vous avez des experts comme moi à portée de la main, demandez-leur conseil sur les quantités à prendre.

Animatrice : Quelle est votre expérience de la culture des pommes de terre de Madagascar?

Hajia : Je cultive et je transforme des pessas avec ma famille. La pessa aime les sols limoneux et une humidité modérée. Je les plante dans des billons ou des monticules. La récolte d’un tas de pessas dans un monticule peut atteindre environ 50 kilos. En tout, je peux récolter une « ban » remplie de pessas, ce qui donne entre 100 et 200 kilos. (Note de la rédaction : une « ban » est une petite hutte de terre construite pour entreposer de la nourriture.)

Je suis une ardente défenseure de la protection des plantes et des cultures en voie de disparition comme la pessa. J’ai parlé à des représentants du ministère de l’Alimentation et de l’Agriculture et je les ai encouragés à appuyer les agriculteurs – surtout ceux de la région Nord-Est – pour qu’ils cultivent la pessa parce que, dans cette région, elle peut même donner des rendements supérieurs aux patates douces.

Animatrice : La pomme de terre de Madagascar pourrait même être en voie d’extinction parce qu’elle est considérée comme une culture de femmes. Les hommes laissaient toujours aux femmes le soin de la cultiver, pendant qu’ils faisaient pousser des plantes comme le soja et les pois bambara, qui se vendent facilement. On dit que les femmes ne l’ont pas bien gérée et que c’est la raison de leur déclin. Pensez-vous que ce soit vrai?

Hajia : Je ne pense pas que les femmes ne sont pas capables de gérer la production des pommes de terre de Madagascar. Les femmes sont les plus efficaces des gestionnaires agricoles. Les défis auxquels sont confrontées les agricultrices sont l’accès au crédit et aux marchés.

Animatrice : Quelles mesures d’urgence pourraient être mises en place pour sauver les pommes de terre de Madagascar?

Hajia : J’ai toujours dit au gouvernement, par l’intermédiaire des bureaux agricoles régionaux, qu’il faut promouvoir énergiquement la production de cultures indigènes comme la pomme de terre de Madagascar, qui ne nécessitent pas d’engrais chimiques et qui, avec une gestion convenable, subviendront aux besoins des petits agriculteurs et de leurs familles pour lutter contre les pénuries alimentaires et la famine.

Animatrice : Hajia Salamatu Tameiko n’est pas la seule à préconiser la protection des plantes en voie de disparition comme la pomme de terre de Madagascar. Rovas Adagwine est un agent de vulgarisation dans le cadre du projet agricole de l’Église Presbytérienne de Tamale. Il pense également que la pomme de terre de Madagascar est la meilleure culture pour assurer la sécurité alimentaire des familles rurales et réduire la pauvreté dans la région. Écoutez-le nous donner quelques renseignements de base sur la façon de faire pousser cette plante.

Rovas Adagwine : Les pommes de terre de Madagascar n’ont pas besoin d’un sol fertile pour prospérer ou bien pousser. Elles peuvent donner de très bons résultats sur des terres à faible fertilité, même si elles produisent nettement plus sur des sols à fort teneur en matière organique. Elles n’ont pas besoin d’engrais chimiques. On peut les entreposer dans le sol comme les patates douces et les retirer au besoin.

Animatrice : Comment sont-elles plantées?

Rovas Adagwine : Elles poussent à partir de tubercules de semence qui ont commencé à germer et sont ensuite emballés avec de l’herbe et arrosés une fois par semaine jusqu’à leur transplantation. Après la récolte, les agriculteurs entreposent les plus petits tubercules pour s’en servir comme plants de semence. Ces derniers sont parfois séchés et mis dans un pot scellé avec de la bouse de vache pour la prochaine saison ou placés dans un endroit plus frais pour les conserver en bon état comme semence. Par exemple, dans la région Nord-Est, les agriculteurs utilisent de la paille de millet pour couvrir les tubercules de semence et les laissent dans un endroit frais. Pendant la saison des pluies, ils germeront. Ensuite, ils sont plantés dans des plates-bandes surélevées. La plantation se fait entre les mois de juin et de juillet. La pomme de terre de Madagascar a besoin de 100 jours pour être prête à être récoltée.

Animatrice : Est-elle facile à faire pousser?

Rovas Adagwine : Préparer le sol pour faire pousser des pommes de terre de Madagascar est une tâche très fastidieuse qui demande beaucoup de main d’œuvre. Faire des billons surélevés ou des monticules exige parfois plus de main d’œuvre agricole, selon la taille de la ferme. Les tubercules sont plantés à 15 centimètres d’intervalle. Les agriculteurs semblent avoir perdu de l’intérêt pour cette culture.

Animatrice : À votre avis, pourquoi ont-ils perdu leur intérêt?

Rovas Adagwine : C’est parce que, de nos jours, beaucoup d’agriculteurs labourent de grandes surfaces pour faire pousser des céréales et considèrent les plantes davantage comme des cultures commerciales que comme des aliments de ménage. L’autre souci est l’entreposage. Si vous en récoltez beaucoup, leur entreposage pose un problème. La pomme de terre de Madagascar germera ou pourrira si elle est entreposée fraîche longtemps et la plupart des agriculteurs ont des difficultés à la vendre immédiatement après la récolte. C’est une plante périssable lorsque la saison des pluies n’est pas terminée et qu’il n’y a pas assez de soleil pour les faire sécher. Il n’y a pas un gros marché pour cette plante. Malgré cela, je considère les pommes de terre de Madagascar comme une culture que les agents de développement agricole devraient promouvoir. On peut même la cultiver dans son jardin – il ne faut pas un grand lopin de terre. Une parcelle de deux mètres par trois suffit. Les personnes âgées incapables de marcher loin peuvent facilement en faire pousser. Elle peut combattre la famine. Elle n’a pas besoin de beaucoup d’eau, si bien qu’elle est facile à gérer dans le jardin.

Animatrice : M. Rovas a expliqué pourquoi les agriculteurs n’ont pas pratiqué une culture intensive de la pomme de terre de Madagascar au cours des dernières années. Les problèmes d’entreposage et de gestion à la ferme ont contribué à un désintéressement pour cette plante. Néanmoins, la technologie moderne a rendu son entreposage plus facile et plus gérable. Certains groupes de femmes utilisent des séchoirs solaires pour la transformation et l’entreposage des aliments.

Madame Borbor Ibrahim, à Tamale, transforme des aliments depuis maintenant trois ans. Elle fait sécher des fruits, des légumes, des patates douces et des pommes de terre comme les pommes de terre de Madagascar. J’ai interviewé Madame Borbor dans son usine où elle transforme des pommes de terre de Madagascar et apprend aux jeunes filles le séchage solaire des aliments à l’aide de méthodes salubres. Elle va nous dire de quelle façon le séchoir solaire a contribué à réduire les pertes après la récolte.

Madame Borbor : (Faisant visiter la zone de transformation à l’animatrice) C’est là que nous lavons les aliments crus avant de les transformer. Nous les déposons ensuite sur cette table où nous les lavons avec du savon. Ensuite, nous les lavons de nouveau avec un peu d’eau de Javel pour rincer la saleté et les mouches et toutes sortes d’impuretés. Après, nous allons de l’autre côté de la pièce, qui est l’étape finale, et nous utilisons les séchoirs. Les voici (bruit de matériel qui tourne). J’emploie généralement quatre personnes, mais pour le moment je n’en ai que deux qui s’occupent du lavage.

Animatrice : Hajia Salamatu Tameiko nous a dit que l’un de ses aliments préférés est la pessa. Comment la transformez-vous?

Madame Borbor : Nous la faisons sécher. Pendant la saison des pluies, il y a beaucoup de pessas et nous les faisons sécher. À partir du mois d’août, nous en recevons trop. Elle est hors saison pendant la saison sèche et c’est le moment où les femmes aiment en acheter et la préparer pour la famille. Si le gouvernement subventionnait le système de séchage solaire et encourageait davantage les femmes à utiliser des séchoirs solaires, cela nous aiderait beaucoup.

Animatrice : Les pommes de terre de Madagascar sont l’une des cultures qui sont réservées aux agricultrices dans le nord du Ghana. Fabiana Amozim est la présidente de l’Association des mères chrétiennes, en plus d’offrir un service de traiteur. Elle explique les avantages des pommes de terre de Madagascar et demande un meilleur soutien pour les femmes qui les cultivent.

(S’adressant à Madame Fabiana) Nous parlons d’une plante qui est en train de disparaître de nos tables et de nos marchés et qui est connue sous le nom de pomme de terre de Madagascar. C’est le nom agricole, mais je la connais depuis mon enfance comme pessa. Que pouvez-vous en dire?

Madame Fabiana : Dans notre région, on fait bouillir la pessa et on l’ajoute à la soupe d’arachides.

Animatrice : Quels sont ses avantages?

Madame Fabiana : La pessa présente de nombreux avantages. Après l’avoir fait bouillir, vous pouvez l’écraser et vous en servir comme des boulettes de patate douce. Vous pouvez également l’utiliser comme pouding en y ajoutant des œufs, et dans du ragoût ou dans de la soupe d’arachides après l’avoir fait bouillir. Elle est bonne pour les nourrissons. Je l’ai essayée et je sais que c’est bon. Les agriculteurs devraient en produire davantage, surtout maintenant que les pluies sont toujours fortes pendant la période de plantation de cette culture. Si les agriculteurs en produisaient, je suis persuadée que cela aiderait les femmes à lutter contre la famine durant la saison de vaches maigres. Le milieu agricole devrait en faire la promotion et appuyer les agriculteurs pour la cultiver comme complément des patates douces, dont le prix devient élevé.

Animatrice : De plus en plus de femmes de la région demandent que l’on cultive des pommes de terre de Madagascar ou des pessas. L’une d’entre elles est Madame Modesta Ayinloya, responsable de l’ISODEC, une ONG ghanéenne qui défend les droits des femmes.

Modesta : Je m’appelle Modesta Ayinloya et je viens de la région Nord-Est.

Animatrice : Avez-vous entendu parler d’une plante appelée pessa ou pomme de terre de Madagascar?

Modesta : Oui. Dans notre localité, c’est un mets fin très nutritif. Vous pouvez soit la manger en la faisant cuire, en l’épluchant et en y ajoutant un peu d’huile, de sel et de poivre, soit la manger cuite sans y ajouter de sel et de poivre – simplement en l’épluchant et en la mâchant.

Animatrice : Avez-vous des pessas chez vous?

Modesta : Cela fait longtemps que je n’en ai pas eues. Parfois, je vois des gens qui en transportent et en vendent. Mais ce n’est pas une plante courante.

Animatrice : Est-ce que cela vous manque?

Modesta : Bien sûr que cela me manque. C’est un mets fin. J’aimerais en avoir souvent à emporter pour mon déjeuner. Certaines personnes en consomment avec de la soupe au dîner.

Animatrice : La pessa se perd. À votre avis, que pouvons-nous faire pour la relancer?

Modesta : Je dirais que si des gens peuvent réunir les agriculteurs, ils devraient leur faire savoir qu’il y a des gens qui aiment la pessa. Les agriculteurs peuvent penser que les habitants des villes ou de la « classe supérieure » n’aiment pas la pessa parce qu’ils s’imaginent que c’est une nourriture pour les pauvres. Mais nous savons maintenant qu’il y a un mouvement en faveur des aliments locaux, comme la pessa, parce qu’ils sont nutritifs et bons pour la croissance des bébés. À moins que les enfants n’apprennent comment la faire pousser, ils perdront leur culture. Ils ont besoin de savoir que cette plante vivrière vient de leur localité et qu’elle a une grande valeur nutritionnelle. J’encouragerais donc les agents agricoles à prendre cette initiative et aussi nos agriculteurs locaux à en faire pousser. Et j’encouragerais le gouvernement à aider les agriculteurs à obtenir de bons débouchés pour cette plante, afin de pouvoir en cultiver davantage.

Animatrice : On peut contribuer à la réintroduction des pommes de terre de Madagascar et d’autres cultures traditionnelles en formant des groupes de producteurs, surtout des groupes de productrices. Ces groupes habiliteront les producteurs et les productrices à commercialiser leurs récoltes en vrac, ce qui engendrera de meilleurs prix et réduira les frais de transport et de mise en marché pour les agriculteurs individuels. Les groupes de producteurs devraient être en contact avec les détaillants et les marchés et la promotion des cultures sera effectuée en fonction de leurs avantages nutritionnels et médicinaux. Partout au pays, les boutiques de produits santé et les centres de médecine par les plantes pourraient également avoir des liens avec les groupes de producteurs qui fournissent la denrée. La réalisation de ce rêve réduirait l’insécurité alimentaire dans le nord du Ghana et serait une bonne nouvelle pour la suffisance alimentaire dans chaque foyer.

(Pause) En attendant la prochaine émission, durant laquelle je choisirai de parler d’une autre culture en voie de disparition, je vous remercie de votre attention et je remercie toutes les personnes invitées qui m’ont aidée à raconter cette histoire.

Remerciements
Rédaction : Lydia Ajono, Simli Radio, Tamale, Ghana.
Révision : Patrick Maundu, Bioversity International, Nairobi, Kenya.
Traduction française : Jean-Luc Malherbe, Société Ardenn, Ottawa, Canada.

Nota : le nom scientifique de cette pomme de terre est Solenostemon rotundifolius.
En voici quelques noms vernaculaires :
Anglais : frafra potato, Hausa potato, Sudan potato, coleus potato
Français : pomme de terre de Madagascar, pomme de terre du Soudan
Burkina Faso et Mali : fabourama
Tchad : ngaboyo
Hausa : tamaka
Nigeria : saluga, tamuku
Éthiopie : vatke
Soudan : fa-birama

Sources d’information

Nkansah, G.O., 2004. Solenostemon rotundifolius (Poir.) Record from Protabase. Grubben, G.J.H. & Denton, O.A., rédacteurs. PROTA (Plant Resources of Tropical Africa / Ressources végétales de l’Afrique tropicale), Wageningen, Pays-Bas.
http://database.prota.org/PROTAhtml/Solenostemon%20rotundifolius_En.htm
Lost Crops of Africa, Volume 2: Vegetables. Chapitre 15, pages 268-285. http://www.nap.edu/catalog.php?record_id=11763
Root Crops (2e édition). National Resources Institute, 1987.
http://tinyurl.com/bhybme

Des remerciements spéciaux sont adressés à la Fondation McCain pour l’appui accordé à cette texte radiophonique.

Programme entrepris avec l’appui financier du gouvernement du Canada fourni par le biais de l’Agence canadienne de développement international (ACDI)