Inauguration prochaine d’une nouvelle station de radio dans un parc national en RDC

| mai 21, 2018

Téléchargez cette nouvelle

Une équipe de cinq amoureux de la radio s’attèle à finaliser les plans d’un nouveau projet radiophonique à l’est de la RDC, et qui diffusera surtout des émissions sur l’environnement et l’agriculture. L’équipement devrait arriver à tout moment, et la première formation destinée aux radiodiffuseurs et aux radiodiffuseuses devrait être offerte plus tard, ce mois-ci. Ils espèrent commencer la diffusion d’ici septembre 2018.

Ce qui rend unique cette station c’est sa position géographique : le studio et la tour de radiodiffusion sont construits à l’intérieur du parc national Kahuzi-Biéga, un site du patrimoine de l’UNESCO, près de la frontière rwandaise. Ce parc est un des plus grands du pays, et il abrite l’espèce de gorilles des basses terres orientales en voie de disparition, ainsi que d’autres espèces animales et végétales. Mais le braconnage et la coupe abusive du bois menacent la faune du parc. La destruction de la forêt influe également sur la pluviométrie et la production agricole de la région environnante.

Alain Bashizi est un des jeunes journalistes congolais promoteurs de ce projet. Il préside également le Club RFI de Bukavu, une association d’auditeurs et d’auditrices radiophoniques impliqués dans le militantisme écologique et social. Il affirme que ce sont les membres du club qui ont eu l’idée de la création d’une station de radio dans le parc comme un moyen de préserver l’écosystème, et ce, non seulement pour sauvegarder les plantes et les animaux, mais également pour permettre aux paysans et aux paysannes de la région de prospérer.

Monsieur Bashizi explique : « Nous savons tous que quand l’environnement est bien protégé, les espèces végétales sont aussi bien protégées, les arbres poussent normalement et cela nous évite les dérèglements climatiques. Quand il n’y a pas dérèglement climatique, ceci implique que les saisons se succèdent normalement et il n’y a pas de carence des pluies. Les pluies quant à elles favorisent l’épanouissement des cultures dans les champs et l’homme vit des produits des champs. Donc la radio servira à nourrir les hommes après tout. »

Les agriculteurs et les agricultrices qui résident près du parc cultivent surtout du manioc, du haricot, du maïs et des patates douces. Mais leurs rendements ont baissé ces dernières années en raison des changements drastiques survenus au niveau du calendrier et de l’intensité des pluies. Selon monsieur Bashizi, autrefois, la saison sèche durait trois mois, mais maintenant elle est presque deux fois plus longue.

Il déclare que l’année dernière a été particulièrement mauvaise : « Il y a eu absence totale de pluie à tel point que tous les produits des champs ont séché. Brusquement, une forte pluie accompagnée de la grêle est tombée pendant que tout le monde désespérait et a causé une plus forte catastrophe … La grêle a tout abimé et les agriculteurs se sont vus pendant toute une saison récolter de très faibles semences ou rien. »

Les membres du Club RFI Bukavu ont formulé un slogan pour la radio qui reflète le lien entre l’écosystème exceptionnel du parc et l’approvisionnement en nourriture des villages avoisinants : « radio pour la protection de l’environnement—environnement pour la promotion de l’agriculture—agriculture pour nourrir les hommes. »

RFI, ou Radio France Internationale, fournit de l’équipement et des formations pour la nouvelle station. L’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature appuie aussi ce projet. Le parc national offre un espace et de l’électricité pour la mise en service de la station. Une ONG française dénommée Aviation Sans Frontières a proposé de transporter l’équipement de la radio de la France jusqu’à Bukavu.

Et, actuellement, les radiodiffuseurs et les radiodiffuseuses se préparent pour leur première formation en journalisme. Ils espèrent commencer à émettre huit heures par jour, en septembre, avec une équipe de huit personnes. Les émissions seront diffusées en français, en swahili, en mashi et en kitembo. De plus, elles porteront essentiellement sur l’environnement et l’agriculture.

Monsieur Bashizi affirme que plusieurs personnes qui vivent dans les environs viennent dans le parc pour abattre les arbres afin d’avoir du bois de chauffage ou des matériaux de construction. Il ajoute qu’il est possible qu’ils ne saisissent pas le lien entre la destruction de l’écosystème du parc et la baisse de leurs rendements.

Il déclare : « À cause du déboisement des forêts par ces mêmes agriculteurs sans le savoir bien sûr, le climat a commencé à changer … La conséquence est que presque tous les produits des champs viennent maintenant des pays voisins comme le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie. »

L’équipe de la radio est en train de voir avec ses partenaires si elle peut avoir un émetteur de grande puissance. Ils ont l’intention de pouvoir un jour émettre 24 heures par jour.

Monsieur Bashizi ajoute : « L’objectif pour nous est de couvrir toute la partie est de la RDC en vue de sensibiliser au maximum sur le risque que court l’humanité si on n’arrive pas à protéger l’environnement. »