Comment Ouaga FM crée un contenu de qualité malgré les restrictions liées au COVID-19

| juin 8, 2020

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Paul-Miki Roamba, 40 ans, est le directeur de la rédaction de Ouaga FM, à Ouagadougou, au Burkina Faso. Ouaga FM est une radio communautaire qui offre un service aux auditeurs(rices) sur une grande variété de sujets, y compris l’agriculture et l’environnement. Mais depuis mi-mars, l’équipe de Ouaga FM travaille à la réalisation de deux nouveaux objectifs : protéger chaque journaliste et informer l’auditoire sur le COVID-19.

Avant l’apparition du COVID-19, Ouaga FM avait de nombreuses émissions avec des groupes de discussion de quatre à cinq personnes. Maintenant que les mesures de distanciation interdisent la présence de plusieurs personnes à la fois dans le studio, Ouaga FM n’a plus qu’une émission le soir, qui est consacrée à une discussion sur le COVID-19 avec un(e) expert(e) en santé.

L’émission, intitulée « COVID info plus, » permet aux auditeurs(rices) d’appeler pour y poser leurs questions. Du lundi au vendredi, de 21 h à 22 h 30, l’émission reçoit un(e) expert(e) en santé pour discuter du thème de la semaine. Le mardi et le vendredi, l’invité(e) parle couramment le français. Le lundi, le mercredi et le jeudi, les spécialistes s’expriment plutôt en mooré, dioula et fulfulde respectivement.

Au cours des dernières semaines, une émission a parlé de la désinfection des domiciles et des lieux publics qui seront bientôt rouverts au public. Une autre a parlé des techniques appropriées du lavage des mains à l’eau et au savon et de la désinfection des mains avec du gel hydroalcoolique.Une troisième a fait cas des catégories de masques faciaux et de leur port sécuritaire. Après dix minutes d’information sur ces sujets, la ligne est ouverte aux questions des auditeurs(rices).

« Quand les gens écoutent la radio aujourd’hui au Burkina Faso, ils ont besoin non seulement d’écouter, mais également de participer, » déclare monsieur Roamba.

Lorsque les questions dépassent le champ d’expertise d’un(e) expert(e) en santé, Ouaga FM invite des autorités locales à l’émission. Ce sont des personnes qui peuvent plus facilement répondre aux questions concernant les mesures gouvernementales et leurs répercussions sur la vie quotidienne. Par exemple, quelques épisodes ont reçu le maire de la région ou des ministres.

Monsieur Roamba affirme que cela vise à fournir toujours des informations pratiques et précises aux auditeurs(rices) dans leurs langues. Mais, ce n’est pas toujours simple de trouver des spécialistes de sujets techniques qui parlant une langue locale.

« Le premier défi c’est d’abord d’identifier la personne que nous allons interviewer, » déclare monsieur Roamba.

« Comme on n’a pas forcément des contacts, on utilise beaucoup Facebook pour trouver le profil de quelqu’un qui peut nous intéresser. »

Dès que les journalistes trouvent un profil intéressant, ils ou elles envoient un message à la personne pour mieux comprendre ses qualifications. Si la personne a une connaissance assez approfondie du sujet et parle une langue locale, les journalistes lui demandent son numéro WhatsApp et l’invitent à participer à l’émission.

Pour plusieurs de ses émissions, les journalistes de Ouaga FM réalisent les interviews par WhatsApp chaque fois que cela est possible, et utilisent souvent des messages audio.

Quand les spécialistes envoient leurs réponses par WhatsApp, les journalistes transfèrent les fichiers audio sur un ordinateur où ils les convertissent en fichier MP3. Ces fichiers peuvent être importés sur un logiciel de montage et diffusés ensuite directement dans le cadre d’une émission.

Au bureau, les consignes de l’Organisation mondiale de la Santé sont suivies à la lettre. Pendant les émissions où il n’y a pas d’invité(e)s, le radiodiffuseur ou la radiodiffuseuse reste seul dans le studio. Les techniciens et les techniciennes ne sont même pas là-bas, selon monsieur Roamba.

« L’ensemble des journalistes a été formé à la technique aussi, » déclare-t-il.

« À radio Ouaga FM, la personne qui diffuse le journal est la même qui lit les éléments diffusés. Le présentateur est son propre technicien. »

Pour s’assurer que le contenu des émissions est toujours pertinent pour la population, Ouaga FM consulte régulièrement un comité d’auditeurs(rices). Maintenant qu’il n’est plus possible de se réunir, le comité continue cette conversation dans un groupe WhatsApp avec des spécialistes en santé, des autorités locales et d’autres personnes-ressources.

Grâce à la radio, monsieur Roamba a déjà constaté un changement de comportement à Ouagadougou. Le lavage des mains est devenu une pratique courante à l’entrée des lieux publics, et de nombreuses personnes se saluent sans se serrer la main. Ce sont des victoires que monsieur Roamba attribue au travail acharné des journalistes.

« Avec le COVID-19, on s’est rendu compte que … les gens ont beaucoup consommé beaucoup d’informations et qu’ils sont désormais bien sensibilisés. On se rend compte que le message passe bien, » a-t-il déclaré.

« C’est le travail de communication fait par les médias qui a donné les résultats qu’on voit sur le terrain. »