Zimbabwe: Les petits agriculteurs tardent à bénéficier du programme de redistribution des terres (par Zenzele Ndebele, pour Agro Radio Hebdo au Zimbabwe)

| août 1, 2011

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Elliot Ndlovu visite fréquemment les bureaux du Ministère des terres et des réinstallations rurales à Bulawayo, au Zimbabwe. Son objectif est de réclamer son lopin de terre dans le cadre du programme gouvernemental de réinstallation. M. Ndlovu a 57 ans. Il dit: « Je suis sur la liste d’attente depuis 2003, et chaque fois que je vais au Bureau des Terres, on me dit qu’il n’y a pas de fermes disponibles – mais chaque jour, on octroie des terres à d’autres personnes. »

Depuis l’indépendance, la terre est une question centrale au Zimbabwe. En juillet 2000, le gouvernement a lancé le programme de réforme agraire accélérée. Après un processus de réinstallation controversé, une guerre des mots a éclaté sur la question des terres, dans la région occidentale du Matabeleland.

Les villageois accusent le gouvernement de réinstaller des personnes qui ne sont pas de la région. M. Ndlovu et d’autres agriculteurs qui viennent de Matabeleland disent qu’ils ont été mis à l’écart du programme de redistribution des terres. Ils affirment que les personnes qui ont été réinstallées dans la région sont originaires d’autres régions.

Alfred Sibanda a 44 ans. Il est agriculteur à Figtree, à environ 40 kilomètres au nord-ouest de Bulawayo. Il dit que, bien qu’il ait fait sa demande en 2003, il attend encore qu’on lui attribue son lopin de terre. Il dit: « Je regrette de ne pas avoir envahi la ferme voisine. Certains d’entre nous se sont comportés comme de bons citoyens. Les gens à qui on a attribué des terres ici viennent d’aussi loin qu’Harare. »

M. Sibanda dit qu’il y a également eu des mauvaises répartitions de terres à Marula, à 20 kilomètres de Figtree. Il se demande pourquoi le gouvernement attribue des terres aux étrangers, laissant les propriétaires traditionnels sans rien. Il explique: « Toutes ces terres, d’ici jusqu’à Plumtree (à environ 60 kilomètres d’ici), appartiennent à nos ancêtres. »
Le grand-père de M. Sibanda est enterré en plein milieu d’une ferme commerciale, à 10 kilomètres de sa maison. Il dit: « Je n’ai pas accès à la terre où mon père a été enterré parce que la région a été transformée en un refuge de gibier. Pourtant, j’ai travaillé comme ouvrier agricole toute ma vie et aujourd’hui je ne peux pas bénéficier de la réforme agraire. »
Beaucoup de gens croyaient que la réforme agraire allait résoudre le problème de la pénurie de terres. Gifford Moyo est commentateur social et membre d’un groupe de pression de Bulawayo, qui se bat pour les droits du peuple Ndebele. Il a sonné l’alarme en disant que si la question des terres n’est pas gérée correctement, cela pourrait mener à un grave conflit. Il dit: « Le principal objectif de la guerre était de récupérer nos terres qui avaient été prises par le régime colonial. Maintenant, si ce gouvernement ne parvient pas à gérer correctement la question des terres, nous devrons nous demander: « Pourquoi sommes-nous allés en guerre? »

Methuseli Moyo est porte-parole du Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU). Il dit qu’il est très décourageant de constater que toutes les terres de choix, dans le Matabeleland, ont été attribuées à des personnes originaires de l’extérieur du Matabeleland.

M. Andrew Langa est le président du ZANU PF dans le Matabeleland et le vice-ministre de la fonction publique. Il dit que les allégations concernant la redistribution des terres ne sont pas vraies, en déclarant: « La plupart des gens qui prétendent qu’ils n’ont pas bénéficié de la réforme agraire n’ont pas soumis de demande pour recevoir un lopin de terre. Ce que je sais, c’est qu’il n’y a pas de terres pour pour les gens du Matabeleland ou du Mashonaland, mais il y a des terres pour les Zimbabwéens ». Il poursuit: « Quand nous avons commencé la réforme agraire, nous n’avons jamais dit que nous allions réinstaller les personnes selon leurs langues ou la région d’où ils viennent. »