Zimbabwe : Les chômeuses et les chômeurs s’orientent vers la vente dans la rue, mais ce n’est pas facile!

| juillet 6, 2015

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Grace Tshuma quitte le lit au point du jour presque tous les jours. Elle se précipite au marché de légumes pour acheter des produits frais qu’elle revend aux client(e)s très sollicités sur le trottoir encombré. Mme Tshuma fait partie des milliers de commerçant(e)s qui gagnent leur vie de cette façon dans les localités et les villes zimbabwéennes.

Chaque matin, elle quitte la maison à 4 h 30. Mme Tshuma raconte : « Je n’ai pas le temps de préparer à manger pour mes enfants avant qu’ils se rendent à l’école, et je rentre généralement à la maison quand ils s’apprêtent à aller au lit. » Au marché, elle achète des fruits et des légumes, dont les bananes, les tomates, les avocats et les pommes de terre.

Photo: Nqobani Ndlovu

Photo: Nqobani Ndlovu

À 7 h 30, Mme Tshuma est déjà installée à l’endroit habituel sur un coin de rue occupé du quartier d’affaires central de la deuxième métropole du Zimbabwe, Bulawayo. Elle a aménagé cet étal il y a deux ans et y travaille depuis lors. Mme Tshuma fait un petit bénéfice en vendant les produits qu’elle achète dans les marchés. C’est ainsi qu’elle gagne sa vie depuis qu’elle a perdu son emploi dans une usine de vêtements en 2012.

Le Zimbabwe est actuellement en proie à des difficultés économiques. Plus de 55 000 travailleuses et travailleurs ont perdu leurs emplois durant ces trois dernières années en raison d’une réduction des effectifs ou de la fermeture de leurs sociétés.

Au début, Mme Tshuma gagnait suffisamment d’argent pour subvenir aux besoins de ces enfants en faisant du commerce dans la rue. Cependant, le gouvernement du Zimbabwe n’apprécie pas le fait que les marchand(e)s occupent et « encombrent » les coins de rue et les trottoirs. Il veut qu’ils s’en aillent. Les marchand(e)s ont juré qu’ils s’opposeraient à toute tentative de relocalisation.

Le conseil municipal attribue des sites aux commerçant(e)s titulaires d’une licence au prix de 1 $US à 3 $US par jour, en fonction du site. Mais, comme de nombreux commerçant(e)s, Mme Tshuma ne s’est pas enregistrée auprès des autorités et, par conséquent, son étal est considéré comme illégal.

Elle déclare : « Le montant que [le conseil municipal demande] est tout simplement trop élevé par rapport à ce que je gagne par jour. Je suis toujours à l’affût de [la] police qui fait des descentes fréquemment et confisque nos marchandises. »

Nomalanga Moyo est une autre marchande de rues à Bulawayo. Elle confirme que les commerçant(e)s ont sans cesse peur de se faire prendre par la police. Mme Moyo raconte : « Je n’étale pas toutes mes marchandises dans ce coin [pour éviter que tout] ne soit confisqué. Je laisse [certaines de mes marchandises] au marché de légumes [et] je vais là-bas pour … regarnir mon stock. Je fais cela pour réduire au maximum les risques. »

La police donne des contraventions de cinq dollars américains aux marchand(e)s de rue illégaux lorsqu’elle les attrape, ce qui représente une grosse part des recettes quotidiennes d’une marchande ou d’un marchand. Plusieurs évitent de payer les frais et les amendes en fuyant et en se cachant simplement lorsque la police arrive.

Toutefois, certain(e)s apprécient les rafles policières. Fikile Ndlovu est un vendeur enregistré. Il déclare : « Je soutiens les rafles, car les commerçant(e)s non-inscrits nous volent nos client(e)s. Ils font leur commerce gratuitement tandis que [nous] payons un loyer chaque jour. »

La concurrence est si rude que certains commerçant(e)s utilisent des haut-parleurs pour attirer les client(e)s. Mme Moyo raconte : « Les client(e)s [ne] surgissement pas simplement de nulle part pour acheter les produits de votre étal. Il vous faut, soit crier au point de vous égosiller, soit utiliser un haut-parleur. »

Il y a beaucoup plus de marchand(e)s dans les rues maintenant que lorsque Mme Tshuma avait commencé au début. En outre, la concurrence porte un coup dur à son revenu. Elle explique : « J’avais l’habitude de ramener environ 15 $US par jour à la maison, mais maintenant je dois me battre pour gagner ne serait-ce qu’un petit montant dans la rue. »