Zimbabwe: Les agriculteurs creusent pour collecter l’eau de pluie (Alertnet)

| mars 11, 2013

Téléchargez cette nouvelle

Quand des trombes d’eau se sont abattues sur Esigodini, juste au sud de Bulawayo, au Zimbabwe, les agriculteurs ont commencé à creuser. Le village est situé dans une région aride où le manque de pluies rend difficiles la culture agricole et l’élevage de bétail. Les fortes pluies de ces derniers mois ont été vues comme un cadeau du ciel. Les agriculteurs ont réalisé que s’ils pouvaient canaliser ce déluge, ils pourraient en faire bon usage pour leurs fermes assoiffées.

Brenda Zulu est une agricultrice d’Esigodini. Elle dit: « Nous n’avons pas vu autant de pluie depuis des années. » Les pluies sont arrivées en janvier, détruisant des maisons et réclamant même des vies. Puis les agriculteurs ont mis un plan au point.

Mme Zulu explique: « C’était une suggestion de la communauté que nous creusions la terre afin d’y collecter l’eau. » Les agriculteurs ont travaillé en groupes pour creuser des étangs de fortune. Chacun a la taille d’un terrain de tennis et sert de réservoir à de nombreux agriculteurs locaux.

Mme Zulu puise de l’eau dans l’un des étangs. Elle utilise cette eau pour son potager et pour remplir un abreuvoir pour son bétail. Cela l’aide beaucoup. Personne ne sait exactement combien d’eau les étangs contiennent. Mais Mme Zulu dit que l’étang de sa communauté en a suffisamment pour soutenir ses petites fermes pour les quelques mois à venir.

Les agriculteurs d’Esigodini ont subi plusieurs années de sévères conditions météo, incluant autant des sécheresses que des inondations. Beaucoup trouvent qu’il ne leur est devenu impossible de faire des prédictions météo.

Sobona Mtisi est chercheur en matière de changement climatique et travaille auprès d’un groupe de recherche britannique appelé Overseas Development Institute. Il dit: « La plupart des villageois des zones susceptibles aux inondations sont au courant du fait qu’au cours des dernières décennies, la fréquence et l’intensité des inondations a augmenté. » Il ajoute: « De même, les décideurs savent que la fréquence des sécheresses et des inondations est en augmentation au Zimbabwe. »

Le Zimbabwe a eu quatre inondations entre 2000 et 2010, une moyenne d’une inondation tous les deux ans et demi. M. Mtisi dit que ce fait devrait servir de base pour les communautés et les décideurs, dans leur compréhension du climat changeant.

Mais, en attendant que quelqu’un trouve un moyen d’utiliser ces observations pour aider les agriculteurs à faire face au cycle de sécheresses et d’inondations, les agriculteurs zimbabwéens chercheront eux-mêmes des manières de s’aider -par exemple, en creusant des étangs et des lacs.

La collecte des eaux de pluies n’est en rien une nouveauté, au Zimbabwe, mais elle implique habituellement des petits récipients. Sithabile Fuzwayo est un petit agriculteur d’Esigodini. Il dit: « Il faut qu’on trouve des moyens de récupérer l’eau, et pas seulement à l’aide de nos petits seaux. » L’initiative de creuser des étangs pour récupérer l’eau de pluie est une mesure novatrice, et de plus en plus d’agriculteurs pourraient décider de l’adopter.

Certains environnementalistes prédisent que les étangs creusés à la main pourraient créer des risques à long terme. Gilmore Sithole est environnementaliste et travaille en tant que vulgarisateur agricole auprès du Ministère de l’Agriculture. Il dit: « Cela montre simplement combien le problème des pluies a été mal géré au niveau local, au point que cela pourrait en fait avoir des résultats catastrophiques. » Il ajoute: « On ne peut simplement pas laisser les gens creuser le sol sans surveillance appropriée. Il faut qu’on imagine le genre de trous béants qu’on pourrait retrouver dans les campagnes quand la saison sèche s’installe. »

Mais les agriculteurs comme Mme Zulu ne pensent pas aux risques à long terme. Son principal souci est d’avoir assez d’eau pour prendre soin de son jardin et garder son bétail en vie. Pour les agriculteurs, les étangs sont l’opportunité de se sentir moins impuissants vis-à-vis des conditions météo imprévisibles du Zimbabwe. Mme Zulu dit: « Nous ne comprenons plus le cycle de la pluie. Mais nous nous réjouissons de toute quantité de pluie que nous pouvons recevoir. »