Fredina Said salue sa belle-mère et sa grand-mère par alliance avant d’entrer dans la bâtisse en briques recouverte d’un toit en paille qui lui sert de grenier. Les vieilles femmes sont assises à l’ombre d’un grand acacia où elles s’amusent avec une des filles de Mme Said, tout en préparant des légumes-feuilles pour le repas.
Mme Said émerge de l’obscurité du grenier, les bras remplis d’épis de sorgho séchés. Elle vanne le grain habilement pour en séparer la balle et le met à part. Elle l’écrasera plus tard, et préparera une pâte épaisse que sa famille consommera avec des légumes, et la viande d’un poulet qui ignore encore le sort qui lui est réservé.
Mme Said est une mère de neuf enfants, qui vit à Negezi, un petit village situé à près de 30 kilomètres à l’est de la ville de Shinyanga, au nord-ouest de la Tanzanie. Le village est à cheval sur une rivière asséchée actuellement, car cela fait des mois qu’il n’a pas plus. La femme de 44 ans raconte : « Je cultive du riz et du coton comme cultures de rente et un peu de patates douces et de maïs pour la famille, mais je compte sur le sorgho pour couvrir mes arrières si jamais il ne pleut pas. » C’est ce qui s’est exactement produit la saison dernière.
Mme Said est membre d’un groupe d’écoute radiophonique communautaire, formé dans le cadre d’un projet* qui informe les agricultrices et les agriculteurs sur les cultures adaptées à la sécheresse. Les agricultrices et les agriculteurs du groupe ont écouté et participé à une série d’émissions qui leur enseignaient à mieux cultiver le sorgho, une céréale résistante parfaitement adaptée aux conditions de la région.
Elle déclare : « Cela fait des années que je cultive du sorgho, mais j’ai commencé à le cultiver en rangs après avoir écouté l’émission. J’avais beaucoup plus de facilité à sarcler, et je pouvais voir que les récoltes auraient été réellement bonnes, si les pluies ne s’étaient pas arrêtées si tôt. »
John Lugembe cultive un peu plus loin, à l’extérieur du village. Il a écouté les émissions de Radio Faraja, qui émet depuis la ville de Shinyanga. M. Lugembe n’avait jamais songé à cultiver le sorgho en rangs. Sa famille a l’habitude de consommer cette céréale seulement lorsqu’elle n’a plus rien à manger. Toutefois, il déclare : « Si je n’avais pas suivi les conseils que j’ai entendus à la radio, on n’aurait rien eu d’autre. Le manque de pluie supposait que les récoltes seraient mauvaises, mais le sorgho que j’ai récolté permettra à ma famille de tenir le coup pendant l’année. »
Comme le sorgho avait été planté en rangs, l’homme de 52 ans pouvait sarcler le champ à l’aide d’une charrue tirée par un bœuf, quelque chose qu’il n’avait jamais fait auparavant. Il raconte : « J’ai juste besoin de trouver un moyen de tenir les oiseaux [loin] des cultures avant les récoltes, et mon sorgho produira très bien la saison prochaine. »
M. Lugembe a aimé les émissions radiophoniques sur le sorgho et pense que les émissions agricoles éducatives constituent un moyen efficace d’informer les auditrices et les auditeurs sur les nouvelles techniques. Il déclare : « Nous aimons participer aux émissions, surtout lorsque la station nous décerne des prix pour nos contributions! »
Pili Shija cultive également non loin de Negezi. La femme de 42 ans, mère de sept enfants avait l’habitude de semer son sorgho à la volée, mais a découvert que la plantation en rangs facilitait plus le sarclage. Son principal problème est qu’il lui faut trouver une bonne source d’approvisionnement en intrants. En effet, il est difficile de trouver des semences dans les villages, et le voyage jusqu’à Shinyanga coûte cher et n’est pas toujours fructueux. Cependant, elle déclare : « Si nous avons de bonnes pluies l’année prochaine, je récolterai assez de sorte à pouvoir vendre une partie au marché. »
Au regard des conditions climatiques qui changent dans le nord de la Tanzanie et des pluies irrégulières, les denrées vivrières telles que le sorgho occuperont une place de plus en plus importante.
Après avoir pris soin de son bétail, Mme Sid commence à préparer le sorgho pour le repas familial du soir. Elle s’arrête un instant pour observer les champs qui entourent sa maison. Après un moment, elle déclare : « La rareté des pluies a compliqué les choses la saison dernière. Mais si je n’avais pas consenti des efforts supplémentaires pour semer mon sorgho en rang et sarcler correctement mon champ, nous n’aurions pas eu ce repas pour cette nuit. »
*Note de la rédaction : L’émission radiophonique, Kilimo na mazingila (Agriculture et environnement) a diffusé des informations sur le sorgho dans le cadre d’une campagne radiophonique participative conçue par Radios Rurales Internationales en collaboration avec les stations de radio locale et financée par Irish Aid.
Photo principale: Fredina Said avec des épis de sorgho séchés. Crédit: Paddy Roberts

