Tanzanie : De sages agricultrices s’adaptent aux temps qui changent (par Adam Bemma, pour Agro Radio Hebdo)

| avril 28, 2014

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Sur les pentes du Mont Meru, Grace Marko nourrit ses vaches en mettant de l’herbe et de l’eau directement dans leur auge. Cette méthode sans pâturage où elle garde son bétail dans un domaine clos à l’ombre lui permet de maintenir ses vaches en santé afin qu’elles produisent du lait en abondance et d’éviter une surcharge de ses pâturages.

Il y a un autre avantage à cette méthode. « J’utilise de la bouse de vache comme fertilisant pour cultiver du maïs, des fèves, des légumes et des bananes », explique Mme. Marko.

Le district d’Arumeru au nord de la Tanzanie, dans les contreforts du Mount Meru, est très densément peuplé, ce qui limite les pâturages pour le bétail.

La femme de quarante-huit ans est marié et mère de quatre enfants. D’autres femmes dans le village la surnomment bibi shamba ou sage agricultrice. Elle est également la trésorière de Ponjonda, un groupe de 35 agricultrices de trois villages du district.

Flora Kitio est l’agente locale de vulgarisation agricole. Elle travaille avec Mme Marko en vue de partager des informations avec d’autres agricultrices sur la formation, les ressources et les intrants agricoles et le microcrédit.

« J’ai sollicité un prêt pour acheter ces vaches et payer les droits de scolarité de mes enfants. J’ai pu le rembourser en vendant le lait des vaches », dit Mme Marko.

Mme Kitio travaille en étroite collaboration avec les agricultrices à Arumeru. L’agente de vulgarisation de cinquante et un ans a vu une baisse de la superficie consacrée au café comme culture commerciale. Dans la tradition des Merus, la culture du café était un travail réservé aux hommes. Au cours des dernières années, la culture des légumes a éclipsé la production de café, ce qui a permis à des femmes Merus de soutenir leurs ménages elles-mêmes.

« Le maïs, les haricots et les bananes sont nos aliments de base et sont cultivés par les femmes depuis des siècles. Lorsque les prix du café ont chuté, les femmes se sont tournées vers la vente des légumes, car c’est rentable et ça aide à améliorer les moyens de subsistance de leurs familles », explique Mme Kitio.

Mme Marko se déplace au marché Tengeru à proximité deux fois par semaine pour vendre son maïs, ses haricots, ses bananes et le lait de ses vaches. Elle dit que ses cultures maraîchères stimulent ses finances au cours de la saison des pluies de mars à mai.

Cependant, « cette saison, les prix des légumes fluctuent beaucoup trop. Si j’y vais le mercredi, je peux vendre du chou chinois à un bon prix, mais si j’y vais le samedi, le prix a déjà baissé. Je ne fais pas assez d’argent [à] ce temps-ci de l’année », ajoute Mme Marko.

Catherine Baroin, une anthropologue française, a étudié la culture des Merus pendant 22 ans. Mme Baroin croit que les agricultrices font autant partie de la culture des Merus que la montagne.

« Tout le monde ici est un agriculteur ou une agricultrice. Chaque famille possède une ferme. Même si les gens travaillent dans [la ville de] Arusha, il y a un membre de la famille qui s’occupe de leurs   cultures », dit-elle.

Un meilleur accès aux marchés aiderait les agricultrices tanzaniennes comme Mme Marko. L’irrigation est également un problème dans les plaines sous le Mount Meru, car la pluie n’y est pas aussi abondante que sur la montagne.

« L’eau est un sérieux défi ici, mais les femmes sont plus disposées à apprendre que les hommes », affirme Mme Kitio. Le groupe de femmes Ponjonda aide les agricultrices à créer des canaux d’irrigation de surface et des systèmes d’irrigation goutte à goutte pour arroser leurs cultures.