Sénégal : S’organiser pour freiner la déforestation

| avril 27, 2020

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Nouvelle en bref

Dès 6 h du matin, Aliou Mangane est déjà dans la forêt de Guimara, près de Niaming, en Casamance, au Sénégal, où il va affronter les trafiquants de bois. La déforestation est un gros problème dans cette région. Pour démontrer son engagement à protéger les forêts, la communauté de Niaming a créé des comités de veille. Ces comités font de la sensibilisation sur l’importance des forêts et les problèmes de déforestation. Des bénévoles traquent et dénoncent les bûcherons illégaux. Dans cette région, le palissandre est le plus convoité, mais l’acajou africain et le poirier du Cayor sont également recherchés. Cependant, le bois est important aussi pour les communautés voisines qui se sont engagées à en couper rien qu’à certaines périodes de l’année.

Il est 6 heures du matin et Aliou Mangane est déjà dans la forêt de Guimara pour traquer les trafiquants de bois. On le trouve souvent dans la forêt de 53 000 hectares près de Niaming, à 95 kilomètres de Kolda, en Casamance, au Sénégal.

Monsieur Mangane est reconnu comme un leader en matière de sensibilisation sur les dangers de la déforestation par les 18 000 habitants des 43 villages de la commune de Niaming, près de la frontière gambienne.

La déforestation est de plus en plus problématique au Sénégal. Entre 1987 et 2003, le département de Médina Yoro Foulah, en Casamance, a perdu environ 93 000 hectares de forêt.

La communauté de Niaming, pour affirmer sa détermination à préserver sa forêt, a créé des comités de veille. Monsieur Mangane explique que « Le rôle de ces comités est de surveiller ce qui reste de la forêt et signaler ou arrêter tout individu soupçonné de trafiquer du bois dans la forêt. C’est une tâche énorme et dangereuse. » Il soutient quece n’est pas facile de lutter contre les trafiquants : « Il est difficile de les repérer, car ils savent par où passer. »

Ces volontaires risquent gros s’ils ne sont pas accompagnés par les agents du Service national des eaux et forêts du ministère de l’Environnement. Mais ces défis ne découragent pas monsieur Mangane et ses autres collègues. Il déclare :« Pour que les populations soutiennent notre mission, nous faisons de la sensibilisation dans les écoles à travers les clubs environnement constitués d’élèves du lycée et du Collège de Médina Yoro Foulah. »

Les gens des communautés comprennent qu’il est raisonnable d’exploiter certaines ressources forestières. Leurs membres attendent que les produits de la forêt arrivent à maturité avant de commencer à les utiliser. En parlant de ressources telles que les jujubes, les lianes et le pain de singe, monsieur Mangane déclare : « Nous avons fixé une période de démarrage de la cueillette qui commence d’habitude en avril et une date à laquelle prend fin la cueillette vers juin. »

Monsieur Mangane soutient qu’au début la majeure partie de gens méconnaissait la législation et les réglementations concernant les forêts. Il n’existait aucun cadre de lutte contre la déforestation. Pour combler ce vide, les acteurs et les actrices locaux ont élaboré un document qui permettait à la population d’identifier les espèces d’arbres de valeur importante dans la région. Ce document a été préparé en plusieurs étapes, y compris la sensibilisation des populations locales et l’organisation d’une série de rencontres villageoises et intervillageoises pour discuter du contenu du document et de son importance.

Selon monsieur Mangane, « Le bois qu’ils convoitent le plus c’est le palissandre. En Gambie voisine les grumes se vendent entre 50 000 et 75 000 FCFA. Une fois que cette espèce de bois se sera épuisée, c’est l’acajou africain (Khaya senegalensis) et le poirier du cayor (Cordyla pinnata) qui sont menacés. »

Grâce à ses efforts de lutte contre la déforestation, les gens sont désormais plus conscients du problème et s’organisent mieux pour confronter les destructeurs de la forêt.

À Niaming, personne ne pense céder face aux trafiquants de bois. Ils sont déterminés à protéger ce qui reste comme forêt.

Cette nouvelle a été produite avec l’appui de l’agence belge de développement, Enabel, et le programme Wehubit.