Fulgence Niyonagize | août 6, 2025
Nouvelle en bref
Dans le district de Rutsiro, au Rwanda, des apicultrices améliorent leurs revenus et transforment des vies grâce à la production de miel. Emilienne Mukasine dirige la COVED, une coopérative de 54 femmes, dont les efforts ont permis de tripler leurs récoltes de miel et d’acquérir du respect et une indépendance financière. Grâce aux formations et aux ruches modernes, le groupement produit jusqu’à 80 kilogrammes de miel par ruche chaque mois. Cette initiative favorise également la biodiversité et la reforestation grâce à la pollinisation. L’apicultrice Emeritha Mukagatare déclare : « Cette activité nous permet à nouveau de nous faire valoriser dans la société. » Leur succès inspire de nouvelles coopératives et change les mentalités concernant le rôle des hommes et des femmes dans l’agriculture.
Dans les collines brumeuses de Rutsiro, à 145 kilomètres à l’ouest de Kigali, la brise matinale balaie les pentes, comme un tambour invisible. Au milieu de ce paysage montagneux, le bourdonnement des abeilles se mêle au bavardage des femmes qui s’occupent de leurs ruches. Emilienne Mukasine, une apicultrice de 55 ans, est la présidente de la Coopérative des bénévoles pour l’environnement et le développement (COVED) qui regroupe 55 femmes de la localité. Tout en se déplaçant prudemment entre les ruches, elle soulève les couvercles pour inspecter les alvéoles, pendant qu’à côté, d’autres femmes nettoient les châssis et surveillent la reine des abeilles. Madame Mukasine explique : « Avant, les gens disaient que l’apiculture était un métier d’homme. »
Autrefois exclues de l’apiculture, les femmes transforment désormais cette pratique en un puissant moteur pour la résilience climatique, la restauration écologique et l’autonomisation économique.
Le cheminement de madame Mukasine, soutenu par sa passion pour le miel, a commencé en 2007 par seulement deux ruches, dont son mari lui avait fait don. Avec le revenu de ses premières ventes de miel, elle a progressé tranquillement et est devenue une apicultrice professionnelle. Aujourd’hui, elle possède cinq ruches et inspire d’autres femmes qui l’ont rejointe dans la production du miel. Elle se rappelle comment, au début, les hommes se moquaient de leurs efforts, croyant que l’apiculture n’était pas un métier de femme.
La détermination de ces femmes allait bientôt attirer l’attention de partenaires et d’autorités locales qui réagirent en leur offrant des ruches modernes et des formations sur des techniques apicoles modernes. Ce soutien permit aux femmes de former une coopérative de production de miel. Grâce aux formations, elles apprirent également à identifier les plantes riches en nectar, à récolter soigneusement le miel pour éviter de stresser les colonies d’abeilles et à documenter leurs pratiques, en vue d’un partage de connaissances. Quatre ans après la création de la coopérative, madame Mukasine note fièrement que leur rendement de miel a triplé, passant de cinq à quinze litres par ruche.
Emiritha Mukagatare, une apicultrice membre de la COVED, explique qu’au cours d’une saison favorable, une ruche moderne produit parfois entre 40 et 45 kilogrammes de miel toutes les deux semaines, ce qui représente jusqu’à 80 kilogrammes par mois. À 5 000 francs congolais (environ 3,50 $) le kilogramme, elle gagne en gros 225 $ par mois. Avec ce revenu, elle a payé du bétail et ses frais d’assurance maladie, et économisé le reste pour financer les études de ses enfants.
La coopérative COVED possède à peu près 100 ruches, aussi bien des ruches traditionnelles que des modernes, qui se complètent. Le miel récolté est vendu, et le revenu généré est présenté aux membres lors d’une rencontre. Une partie des fonds sert pour les besoins collectifs, tandis que le reste est réparti entre les membres. En outre, celles qui possèdent leurs propres ruches en dehors de la coopérative vendent aussi leur miel et gagnent un revenu individuel.
L’apiculture permet aux femmes d’être plus autonomes financièrement en contribuant activement aux dépenses familiales, ce qui entraîne un changement profond dans la dynamique familiale. À leurs dires, les gens les respectent maintenant et elles jouissent d’une voix plus forte dans les décisions familiales. Madame Mukagatare confirme : « Cette activité nous permet à nouveau de nous faire valoriser à nouveau au sein de la société. »
Emmanuel Uwizeyimana, le maire adjoint responsable du développement économique du district de Rutsiro, affirme que l’installation des ruches dans les zones reboisées permet de regénérer la flore locale grâce à la pollinisation. Monsieur Uwizeyimana note : « Ces femmes ont réussi à raccorder l’économie locale, la conservation de la nature et l’égalité des genres dans un seul projet. »
Rutsiro Honey Ltd est une société locale qui achète le miel des coopératives de femmes de Rutsiro. La directrice Marie Chantal Nyirakamineza préside également l’Union des coopératives apicoles de Gishwati (UNICOAPIGI). Madame Nyirakamineza soutient que le miel de la coopérative s’exporte bien maintenant. La société commercialise divers produits dérivés, comme le vin de miel, les huiles cosmétiques, etc.
Le succès des femmes de Rutsiro a changé la façon dont les gens perçoivent les femmes apicultrices. Dans les régions voisines, des coopératives mixtes émergent. Le district regroupe maintenant plus de 25. Madame Mukasine termine en disant qu’elles ont planté plus que le miel ici. Demain, elles écriront l’histoire, une histoire où la nature, l’entraide et l’autonomisation convergent pour l’avenir.
