- Barza Wire - https://wire.farmradio.fm -

RDC : La pandémie de COVID-19 transforme le commerce transfrontalier

Benjamin Bahati est un commerçant congolais qui vend des œufs et des poules importées du Rwanda depuis neuf ans. Ce commerçant de 34 ans vend les œufs au marché de Nyawera de Bukavu, à l’est de la République démocratique du Congo ou RDC. Il importe les œufs au marché de Kamembe, situé à environ cinq kilomètres de Bukavu, à l’ouest du Rwanda.

Comme, monsieur Bahati, beaucoup de jeunes de l’est de la RDC pratiquent le commerce transfrontalier pour subvenir à leurs besoins. En effet, les provinces du Nord et Sud-Kivu ont développé des relations étroites avec le Rwanda dans le cadre du commerce transfrontalier. Les jeunes constituent la majorité des personnes qui traversent les frontières pour se procurer des produits de première nécessité et des denrées alimentaires comme les poules, les œufs, la farine et du lait. Ces échanges constituent une bonne occasion pour la jeunesse congolaise touchée par un taux de chômage élevé.

Mais, malheureusement, depuis le début de la crise du coronavirus, les activités commerciales transfrontalières tournent au ralenti à cause de la fermeture des frontières. Les jeunes de Bukavu connaissent une baisse considérable de leurs revenus avec la fermeture des frontières de Ruzizi I et II qui relient le Sud-Kivu au Rwanda. Avec cette situation, certains jeunes commerçant(e)s ont suspendu leurs activités.

Mais d’autres ont développé le commerce en ligne, en communiquant avec leur clientèle grâce aux téléphones portables. Ils/elles achètent et vendent par téléphone sans se rencontrer pour discuter ou regarder les marchandises. Grâce à un simple appel téléphonique ou un SMS, ou par WhatsApp ou Facebook, le/la fournisseur(euse) envoie des photos de ses articles. Le prix et la qualité des produits sont discutés au téléphone et si le marché est conclu, la commande des articles est passée et les fonds sont transférés au moyen d’un service mobile. Ensuite, la marchandise est livrée par des conducteurs(trices) rwandais au lieu indiqué.

Avant la crise, monsieur Bahati traversait généralement la frontière deux fois par semaine pour aller acheter des produits. Avec 600 000 francs congolais (environ 301 $ US), il importait 50 poules et des œufs en RDC. En les vendant, il pouvait réaliser un bénéfice de plus de 60 000 francs congolais (30 $ US) en trois ou quatre jours.

Mais, aujourd’hui, monsieur Bahatipeut faire une semaine sans voyager. Il déclare : « Depuis la fermeture des frontières, nous avons du mal à trouver des marchandises pour booster nos activités. Avant, avec 100 $ US soient 200 000 francs congolais, facilement, je pouvais traverser et payer moi-même des marchandises. Il me suffisait d’avoir mes moyens et présenter ma carte d’électeur, je traverse facilement ».

Cependant, les affaires ne sont pas aussi faciles maintenant. Monsieur Bahati fait presque tout par téléphone. Pour les transactions mobiles, il faut qu’il sache qui ses client(e)s sont et qu’il leur fasse confiance. Il déclare : « Certains d’entre nous ont été contraints d’abandonner leurs activités. Malgré les risques de perte, d’autres comme moi se forcent de continuer. »

La majorité des personnes qui ont cessé leurs activités sont de jeunes femmes ayant des enfants en bas âge, car le commerce via le téléphone mobile exige un courage particulier et une expérience dans l’utilisation des outils des nouvelles technologies de l’information. Le commerce transfrontalier est devenu plus compliqué à cause des mesures gouvernementales visant à lutter contre la propagation du coronavirus. Toute personne traversant la frontière doit désormais présenter un test négatif au COVID-19.

Avec les restrictions de voyage, les jeunes Rwandais(e)s et Congolais(e)s ont dû nouer de nouvelles relations d’affaires pour collaborer avec les clients des deux côtés de la frontière. Tout le monde a intérêt à ce que le commerce transfrontalier survive. Toutefois, pour y parvenir, il a fallu restaurer un climat de confiance et de collaboration explique Pascal Munganga, un autre commerçant.

Monsieur Munganga affirme que cette situation malheureuse a permis aux jeunes des deux pays d’innover et de se faire confiance pour la bonne marche de leurs affaires, et il y a des avantages à cela. Il soutient : « Aujourd’hui, on peut faire le commerce tout en étant chez soi et on ne se fatigue pas du tout comme quand je traverse la frontière. Ensuite, avec le commerce en ligne, je suis épargné des toutes les tracasseries dont nous sommes souvent victimes à la frontière par certains agents de l’État. »

Fabien Binja est le vice-président de la fédération des marchés urbains de Bukavu et président du marché Nyawera, à Ibanda. Selon lui, cette pandémie a un impact négatif sur la vie des importateurs(trices). Toutefois, il reconnait que cette nouvelle situation due au coronavirus est une occasion de rétablir, consolider et maintenir la confiance entre les commerçant(e)s. Il explique : « Les années passées, il n’y avait pas la confiance entre nos jeunes commerçants et leurs clients du Rwanda. Il était difficile de pratiquer le commerce via le téléphone mobile. Mais actuellement comme le monde entier est secoué, nous collaborons jusqu’à rétablir un climat de confiance et approfondir les relations. »

Monsieur Binja appelle les autorités de la région des Grands Lacs à ouvrir les frontières et autoriser la circulation des biens, car les commerçant(e)s observent les mesures de prévention contre la propagation du COVID-19.

La présente nouvelle a été produite grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada.