Ouganda : Nourrir les poissons avec des insectes augmente les revenus des pisciculteurs

| décembre 5, 2016

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Lorsqu’on entend le terme « asticot », une bête associée à la pourriture et la puanteur, on pense toujours à des choses indésirables qui n’ont aucune valeur. Cependant, certains pisciculteurs et piscicultrices font des merveilles à partir de la pourriture, y compris de meilleurs revenus.

Paul Mawerere gagne des millions de shillings en élevant des asticots. M. Mawerere est pisciculteur à Kyebbe, un sous comté du district de Rakai, dans la région centrale de l’Ouganda. Il déclare : « Je me suis lancé dans la pisciculture il y a onze ans. Tout comme d’autres pisciculteurs et piscicultrices, je voulais avoir de l’argent. Mais cela n’a pas fonctionné en raison du coût élevé des aliments pour poissons. Au lieu de cela, j’ai préféré me tourner vers l’élevage d’asticots qui a été une très grande réussite pour moi par la suite. »

Selon M. Mawerere, l’élevage d’asticots est facile et peu coûteux parce qu’il n’est pas nécessaire d’acheter plusieurs matières premières. Il raconte : « J’ai dépensé uniquement de l’argent pour la construction de l’aquarium en béton. [J’ai] utilisé des briques et du sable que j’avais déjà chez moi. Je n’ai acheté que le ciment. »

M. Mawerere se ravitaille gratuitement en sang coagulé et en déchets d’abattage dans un abattoir. Les asticots se nourrissent de ces produits, et, lorsqu’ils se multiplient et atteignent une quantité raisonnable, il les ramasse pour ses poissons et ses poules.

M. Mawerere affirme que les avantages sont nombreux. Il explique : « La taille de mes poissons a doublé. Un poisson devient adulte rien qu’en quatre mois seulement et est prêt pour la vente, alors qu’il fallait attendre une année entière dans le passé. De plus, je ne me fais plus avoir en achetant des aliments falsifiés vendus sur le marché ouvert. Je prépare moi-même mes aliments et ils sont de haute qualité. »

Tous les insectes ne sont pas comestibles pour les animaux. Dorothy Nakimbugwe est maître de conférences au département de technologie alimentaire et de nutrition à l’Université de Makerere. Elle explique : « Ceux que l’on recommande doivent être comestibles pour les personnes et sans danger pour l’environnement. [Donc, ils] ne doivent pas piquer, transmettre des maladies aux humains, aux cultures ou aux animaux, [et] ils ne doivent nuire à l’environnement d’aucune manière. »

Elle ajoute : « Certains pays [comme] la Chine mènent des études sur des insectes tels que les cafards et les sauterelles, mais il faut prendre des mesures pour qu’ils ne s’échappent pas dans la nature et n’endommagent pas ou n’infestent pas les installations. »

Mme Nakimbugwe conseille aux agriculteurs et aux agricultrices de faire toujours attention lorsqu’ils élèvent des insectes et des vers. Elle déclare : « Les bonnes pratiques agricoles et les bonnes méthodes de fabrication doivent faire l’objet d’un suivi pour éviter la transmission de germes ou de produits chimiques dangereux aux animaux et éventuellement aux humains. »

Elle dit que, si les gens utilisent des déchets tels que les ordures ménagères ou les résidus agricoles pour nourrir les insectes, les insectes élevés doivent être transformés de la bonne manière pour tuer les germes. Cela est possible lorsqu’on les fait bouillir, cuire à la vapeur avant de les faire sécher. Les insectes transformés doivent être bien conservés pour préserver leur qualité et éviter qu’ils pourrissent ou moisissent.

M. Mawerere affirme que sa famille était très réticente à l’idée d’élever des asticots. Toutefois, il soutient que sa patience sera récompensée, dans son cas par de bonnes affaires. Il ajoute : « En ce qui concerne les membres de ma famille, maintenant qu’ils voient la qualité et la quantité de nos poissons et nos œufs, ainsi que les bons commentaires de nos clients, ils sont très positifs. »