Niger : Des associations villageoises d’épargne et de crédit aident les agriculteurs à survivre (Trust)

| mai 29, 2017

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Zeinabou Halidou ne peut s’empêcher de sourire tout en comptant son argent. Plusieurs autres membres du groupement féminin de son village rient et plaisantent pendant qu’elles font tourner les machines pour écraser les noix qui serviront à fabriquer du savon et de l’huile.

Cette scène qui se déroule dans le village de Tchouridi illustre un grand changement comparativement au passé. Puis, les femmes se rendent en brousse à la recherche de fruits sauvages qui serviront à nourrir leurs familles en période de sécheresse et de mauvaises récoltes.

Tchouridi est une communauté d’agriculteurs et d’éleveurs dans la région de Tillabèry, à l’ouest du Niger. Ces dernières années, les populations locales ont été confrontées à des sécheresses fréquentes, une pluviométrie instable et d’autres pressions créées par le changement climatique.

Mais, maintenant, les familles de ces femmes ont suffisamment à manger même dans les temps difficiles parce qu’elles trouvent d’autres moyens de gagner de l’argent, en dehors de l’agriculture.

Mme Halidou et les autres femmes du groupement ont créé une association villageoise d’épargne et de crédit après avoir suivi une formation de l’ONG CARE International. Dans ce genre de groupe, les membres mettent en commun leur argent et le prêtent aux membres à tour de rôle. Les fonds sont remboursés avec un intérêt.

Mme Halidou déclare : « Les outils qu’on nous a offerts et les compétences que nous avons acquises nous offrent des possibilités auxquelles nous n’aurions jamais rêvé. »

L’association d’épargne est autogérée et n’a pas recours à des financements extérieurs. Les membres décident collectivement du taux d’intérêt à imposer aux emprunteuses ayant droit à un prêt, et des fins auxquelles l’argent peut servir.

Penda Diallo est conseillère principale en résilience à CARE International. Elle affirme que les groupements villageois d’épargne aident beaucoup de communautés à résister aux effets du changement climatique, car ils donnent aux femmes l’occasion de diversifier leurs sources de revenus. Elle ajoute : « En investissant dans [les associations villageoises d’épargne et de crédit] et en aidant les femmes à … acquérir de nouvelles compétences différentes de l’agriculture, elles peuvent mieux résister au changement climatique. »

Regroupées autour d’une presse-huile installée au cœur d’un village noir de monde, à Tillabèry, Roukaya Jibo et plusieurs autres femmes jasent, rient et racontent des blagues tout en versant du sésame tour à tour dans l’appareil qui injecte de l’huile dans des bouteilles de boisson gazeuse en plastique.

Mme Jibo est membre du groupement féminin d’épargne. Elle soutient que le groupement avait l’habitude de faire face aux mauvaises récoltes en piochant dans leurs petites économies, ou en vendant des châles tissés à partir de tiges de millet. Désormais, elles peuvent compter sur l’argent de la vente des huiles et des savons.

Elle ajoute : « Fabriquer des huiles et des savons pour les vendre au marché nous était inconnu. Nous craignons toujours le changement climatique, mais nous avons maintenant des solutions qui nous permettent d’être sûres de jouir d’une certaine sécurité financière et d’avoir suffisamment à manger. »

Fati Boubacar dirige une union de 90 femmes membres de trois groupements d’épargne. Elle affirme que les femmes des groupements d’épargne jouent un rôle crucial en soutenant financièrement leurs familles. Toutefois, elle ajoute que le problème qu’elles ont actuellement c’est le manque de bons marchés pour leurs produits, car elles vendent leurs marchandises seulement sur les marchés locaux.

Mme Boubacar explique : « Le fait de vendre au marché nous donne l’impression d’être utiles, mais nous avons besoin de gros acheteurs et de plus de soutien et de formation pour progresser. »

Pour des femmes comme Mme Halidou, faire partie d’un groupement d’épargne et savoir comment mieux ajuster leurs activités afin de résister aux chocs climatiques fait une différence dans leurs vies. Elle déclare : « Nous sommes désormais en mesure de vivre mieux avec le changement climatique; nous pouvons aider nos maris et subvenir aux besoins de nos familles … nous nous sentons plus autonomes et valorisées en tant que femmes. »

Le présent article est adapté d’un article intitulé : « In drought-hit Niger, women’s savings could be route to resilience. » Pour lire l’intégralité de l’article, cliquez sur : http://news.trust.org/item/20170511001306-hnqsa/

 

Photo: Les femmes autour d’une presse-huile, dans Tillabery, Niger. Credit: Thomson Reuters Foundation / Kieran Guilbert.