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Mali : Entourée du plus grand secret, une des plus grandes transactions foncières de l’Afrique est bloquée (Trust)

En 2008, Balima Coulibaly et ses concitoyennes et concitoyens ont assisté impuissants à la cession de plus de 100 000 hectares de terre fertile à des investisseurs libyens par l’État malien. Il n’y a eu aucun débat sur les répercussions du transfert des terres pour les agricultrices et les agriculteurs maliens ou leurs communautés démunies. Les familles locales ont cultivé ces terres pendant des générations.

L’achat-bail renouvelable de 50 ans est une des plus grandes transactions foncières agricoles conclues dans le plus grand secret avec un pays étranger. Ce projet est juste un exemple de transactions dans lesquelles des investisseurs étrangers achètent ou louent de grandes étendues de terres agricoles en guise d’investissement, et les agricultrices et les agriculteurs d’exploitations familiales craignent de devoir se déplacer.

Sept ans après la signature du contrat, la Libye se trouve dans une situation chaotique, et le Mali se bat contre ses insurgés. Par conséquent, le projet est au point mort. Les seuls signes visibles de la transaction sont les panneaux défraîchis qui font la publicité du projet Malibya, ainsi qu’un canal d’irrigation. Les villages locaux manquent toujours de routes asphaltées, de lignes téléphoniques ou de conduites d’eau.

M. Coulibaly est un chef traditionnel. Il est assis par terre, dans une maison en terre où il fait une chaleur accablante, dans le village de Sangha, pendant que des enfants ayant des sacs en plastique attachés aux pieds en guise de chaussures s’agrippent à leurs mères. Il se lamente : « Nous ne savons pas ce qui nous attend. »

Comme la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, le Mali figure sur la liste des pays les moins avancés des Nations Unies. Selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, plus de la moitié des 15 millions d’habitant(e)s du Mali vivent sous le seuil de pauvreté officiel. Près de deux millions sont officiellement considérés des « affamés. »

Les promoteurs de transactions foncières soutiennent que celles-ci apportent à l’Afrique les investissements dont elle a le plus besoin, en plus de créer des emplois et d’améliorer la productivité des terres. Cependant, les défenseurs des droits de l’homme affirment qu’il arrive rarement que les populations locales soient correctement indemnisées pour les pertes qu’elles subissent. Au Mali, des dizaines de milliers de familles pauvres qui vivent de et cultivent sur les terres cédées à bail n’ont aucune certitude par rapport à leur avenir. M. Coulibaly raconte : « Nous sommes confrontés à un sérieux problème de faim. Pour l’instant, nous essayons tout simplement de survivre. »

Chantal Jacovetti est chercheuse auprès de la Coordination nationale des organisations paysannes du Mali. Elle soutient que les investisseurs étrangers recherchent souvent des terres, et non les agricultrices et les agriculteurs qui s’y trouvent. Mme Jacovetti ajoute : « Certaines communautés vivent sur ces terres depuis 800 ans. [Mais maintenant], … les sociétés veulent s’emparer des terres et se débarrasser des [agricultrices et des agriculteurs]. »

Selon la Fondation Thomson Reuters, une version actualisée du contrat démontre que la transaction accorde aux investisseurs de Malibya les droits à l’eau, et ce, [sans aucune restriction] de juin à décembre, et avec certaines restrictions durant les mois les plus secs.

Sidiki Coulibaly est le chef d’un village voisin de Finn. Il déclare qu’un canal de 40 kilomètres qui a été aménagé pour irriguer les rizières qui parsèment le territoire ancestral. Toutefois, les populations locales ne sont pas autorisées à utiliser l’eau et les autorités ignorent leurs demandes d’accès à l’eau et aux canalisations. Binan Coulibaly est un agriculteur de la localité. Il demande : « Comment peuvent-ils donner de l’eau aux étrangères et aux étrangers et pas au peuple malien. Nous avons déjà de la difficulté à survivre. »

Sinaly Thiero est le directeur adjoint de l’Office du Niger, la région dans laquelle est basé le projet. Il tient à dissiper les craintes des uns et des autres concernant la transaction, en affirmant que les « Libyens n’emporteront pas nos terres en Libye. » Mais M. Thiero n’est pas certain de l’avenir du projet. Personne n’est venu de la Libye pour visiter le site depuis le début de guerre civile libyenne en 2011. M. Thiero soutient que la transaction pourrait être annulée, à moins qu’il y ait une évolution au niveau de la production alimentaire et des investissements dans les infrastructures. Il a cependant refusé de dire quand une décision pourrait être prise.

De retour à Sangha, Balima Coulibaly craint que les familles locales ne soient expulsées si jamais le projet reprenait. Il déclare : « Nous avons beaucoup investi dans ces terres, planté des arbres et construit des choses, mais ils pourraient arriver un jour et tout emporter. »

Pour lire l’intégralité de l’article duquel provient cette histoire intitulée « Entourée du plus grand secret, une des plus grandes transactions foncières de l’Afrique est bloquée », cliquez sur : http://www.trust.org/item/20150518040102-3e4l2 [1]