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Mali : Des facilitateurs, des chefs et des enseignants s’associent pour améliorer l’éducation en langue locale

Il est mercredi, 17 heures, àDjicoroni Para, un quartier défavorisé de Bamako, la capitale malienne. Younous Keïta est déjà dans la famille Traoré. Debout, monsieur Keïta tient un morceau de craie blanche et une règle jaune. Il est entouré d’une dizaine d’élèves. Un peu plus loin, il y a des boites contenant des étiquettes sur lesquelles figurent des chiffres et des lettres en bambara, une langue couramment parlée au Mali. Monsieur Keïta anime une séance d’étude avec les élèves. Ce sont des enfants de la famille Traoré et de leurs voisins.

Monsieur Keïta est un facilitateur communautaire bénévole qui aide les élèves à renforcer leurs compétences en lecture, en écriture et en mathématiques en langue bambara. Il organise ces séances d’étude trois fois par semaine, soit le mercredi, le jeudi et le samedi à partir de 17 h, au moment où les jeunes filles ont terminé leurs travaux ménagers. 

Il explique : « Les élèves, particulièrement les filles, ont des difficultés à lire ou à écrire. Dans nos établissements, 70 % des élèves en 2e année ne sont pas capables de lire correctement. Nous les aidons à améliorer leur niveau à travers des séances d’étude. »

Pour aider les parents à améliorer l’éducation de leurs enfants, le ministère de l’Education et ses partenaires ont introduit les langues maternelles dans les cursus scolaires et recruté des facilitateurs bénévoles pour appuyer les parents et les élèves. Les facilitateurs font également de la sensibilisation dans les communautés.

Oumou Traoré a huit ans. La règle à la main, elle lit un texte en bambara. Elle participe régulièrement aux séances d’étude de monsieur Keïta. Elle explique :« Avant, j’avais peur de lire les mots en français, car je les déformais et je craignais que l’on se moque de moi. Mais, maintenant, c’est plus facile avec les mots en bambara. »

Monsieur Keita aide les élèves et des adultes intéressés à lire, écrire et faire les mathématiques. Il organise également des jeux de lecture et d’écriture avec les enfants pour renforcer leur apprentissage.

Son travail rappelle aux parents qu’il est important pour les enfants d’être scolarisés dans leur langue maternelle. Il encourage la communauté à participer à des jeux éducatifs, des activités et des séances d’étude pour renforcer l’apprentissage des enfants, afin qu’ils puissent apprendre de façon autonome quand il sera parti. Monsieur Keita rappelle comment il est arrivé à convaincre les parents de laisser les enfants venir aux séances d’étude : « Je passais d’abord par le chef du quartier, qui à son tour mandatait le chef traditionnel griot Amadou Doumbia. Monsieur Doumbia passait dans les familles pour transmettre la demande du chef aux parents. Comme le chef traditionnel est un homme très écouté, les parents acceptaient. »

Souleymane Traoré est conseillé technique au ministère de l’Education nationale. Il explique la méthode mise en place pour améliorer l’éducation des enfants : « Nous avons introduit les langues locales à l’école, car les enfants apprennent plus vite dans les langues qu’ils comprennent déjà. Mais il y avait certains parents qui étaient réticents. Alors, nous avons recruté des facilitateurs communautaires pour accompagner les actions de sensibilisation au sein des communautés, et jusqu’au sein des ménages. »

Les facilitateurs sensibilisent les parents concernant la nécessité pour leurs enfants de commencer à apprendre dans une langue qu’ils comprennent déjà, l’importance de scolariser leurs filles et la façon de s’impliquer dans l’apprentissage de leurs enfants.

Ousmane Traoré est un parent d’élève dont l’enfant suit le programme d’apprentissage en langue locale. Il déclare être satisfait de l’initiative et se dit fier de voir son enfant capable de lire correctement.

Au début, monsieur Traoré était retissant à l’idée de laisser sa fille étudiée en bambara. Il affirme qu’il voulait que sa fille poursuive son apprentissage en français. Mais après avoir rencontré monsieur Keïta, il a accepté que sa fille commence son apprentissage en bambara. Aujourd’hui, sa fille progresse dans son apprentissage. Il soutient : « Je suis très satisfait des résultats de mon enfant lors des évaluations. Elle est passée 3,55 de moyenne à 6,50. »

La présente ressource a été produite grâce au soutien financier du gouvernement du Canada par l’entremise d’Affaires mondiales Canada dans le cadre du projet DEFI mis en œuvre par le consortium de Alinéa, Radios Rurales Internationales (RRI), Catholic Relief Services (CRS) et Éducation Internationale (EI), en partenariat avec le Ministère de l’Education nationale dans les zones affectées par les conflits au Mali.

Photo : Monsieur Keïta dirigeant une séance d’étude avec des étudiant(e)s à Djicoroni Para, Bamako au Mali, en juillet 2021. Crédit : Cheick Coulibaly.