Malawi: Des efforts pour sauvegarder un programme de subvention affecté par la corruption pourrait porter fruit (IPS)

| décembre 9, 2013

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Gogo Munthali fond en larmes chaque matin, en se demandant comment nourrir ses cinq petits-enfants orphelins. Son plus jeune petit-fils vit avec le sida. Elle dit: « Il se peut que Samson ne soit plus avec moi très longtemps; il est sous traitement et je ne peux pas lui donner l’alimentation dont il a besoin. »

Mme Munthali vit dans le district de Rumphi. Son village, situé à plus de 400 kilomètres au nord de Lilongwe, la capitale du Malawi, était parmi les premiers bénéficiaires du Farm Input Subsidy Programme (FISP) du Malawi, qui a été mis en place il y a huit ans.

Plus d’un million de petits agriculteurs ont reçu des engrais subventionnés et du maïs hybride. Les chefs de village ont identifié des bénéficiaires, en donnant la priorité aux ménages gérés par des femmes et des enfants.

La production de maïs a plus que doublé dans tout le pays, les deux premières années. Cela a fait augmenter la croissance économique à près de sept et demi pour cent, dépassant l’objectif de six pour cent de la Banque Mondiale pour l’Afrique sub-saharienne.

Mais aujourd’hui, Mme Munthali est en grande difficulté. Suite à la livraison tardive des engrais subventionnés, elle est incapable de reproduire les rendements agricoles qu’elle avait commencé à obtenir. Cette veuve de 65 ans dit: « Ces quatre dernières années (…) j’ai dû planter mes semences trois semaines en retard et cela a sévèrement réduit ma récolte. »

L’histoire de Mary Juma, de la région Central du Malawi, est similaire. Elle dit: « Nous nous sommes tellement habitués à attendre des engrais bon marché chaque année mais maintenant les choses ont changé. Nous étions [autrefois] bénéficiaires, et voici que nous ne le sommes plus. » Quand les engrais du FISP étaient livrés dans sa communauté, c’était bien en-deçà de la quantité requise. Beaucoup de familles ne recevaient pas d’engrais du tout.

Chris Chisoni est secrétaire national pour la Catholic Commission for Justice and Peace. Cette organisation a conduit une étude dans 19 districts du Malawi afin d’établir pourquoi les engrais arrivaient en retard, si la corruption était un facteur, et comment cela affectait les petits agriculteurs. Il dit: « Depuis le lancement du FISP, on n’a pas cessé de dire combien il aidait à réduire la pauvreté (…) personne n’a pris la peine de vérifier ce qu’il était vraiment arrivé aux pauvres agriculteurs qui étaient ciblés. »

M. Chisoni poursuit: « Nous avons découvert que ceux à qui on avait donné la responsabilité de vendre les intrants demandaient aux pauvres agriculteurs de payer plus que les 500 kwacha (1,20$ US), le prix subventionné recommandé, forçant beaucoup de gens qui n'[en] avaient pas les moyens à s’en passer. »

Si le FISP a manqué d’améliorer la vie de nombreux agriculteurs, c’est grandement à cause de la corruption généralisée en son sein. Le Bureau anti-corruption du Malawi a mené une enquête sur le programme en 2007, mais ses résultats n’ont pas été rendus publics. Cependant, Inter Press Service rapporte que le FISP a été presqu’anéanti en 2005 après qu’un fournisseur préférentiel d’Arabie Saoudite a manqué de livrer des engrais à temps.

Aucune mesure n’a été prise par le gouvernement quand ce problème s’est déclaré, et les retards de livraison d’engrais sont désormais devenus la norme.

Mme Joyce Banda, la Présidente actuelle du Malawi, a promis cette année d’améliorer la situation. Le Ministère de l’agriculture a subséquemment disqualifié les fournisseurs locaux et internationaux qui livraient les intrants en retard. Cette année, de nombreuses compagnies ont été incapables de satisfaire les mesures qui ont été mises en place.

Jeffrey Luhanga est Secrétaire principale au Ministère de l’agriculture. Il accuse le gouvernement précédent d’avoir favorisé la corruption qui a affecté les petits agriculteurs.

Il dit: « C’est un bon programme, plein de bonnes intentions, mais on n’a pas su débarrasser [le programme de] la corruption, ce qui a donné lieu à de mauvais résultats pour le programme, punissant les agriculteurs et enrichissant d’autres personnes. »