Libéria: Les transactions foncières impliquant des entreprises étrangères pourraient engendrer de nouveaux conflits (AllAfrica, The Guardian)

| avril 16, 2012

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Les villageois et les citadins du comté de Mont Grand Cape, dans le nord-ouest du Libéria, tentent de récupérer des terres qui, selon eux, ont été saisies et remises à une société malaisienne.

En janvier, des représentants politiques du peuple ont envoyé une pétition à la Présidente Ellen Johnson Sirleaf, exigeant la restitution de leurs terres.

Mai Freeman est une femme de 42 ans vivant dans la ville de Sinje. Elle a dit : « C’est intolérable. Notre gouvernement doit prendre soin de nous et ne doit pas permettre à ces personnes de nous tuer en silence… Cette terre nous appartient. Nous sommes nés ici et nous donnons naissance à nos enfants ici aussi. C’est le seul endroit que nous connaissons. »

Pa Sando est le chef du village de Konja. Regardant les terres agricoles s’étendant à l’horizon, il dit : « J’ai récolté du cacao sur cette ferme pendant plus de 30 ans. Mon grand-père l’avait planté pour nous. Toute cette zone m’appartenait et maintenant tout est parti. »

M. Sando dit qu’on ne lui a jamais demandé s’il voulait abandonner sa terre. Il a vu des bulldozers dans la brousse, puis sa terre a été saisie.

Une grande partie de la population rurale du Libéria vit sur des terres qui ont été une propriété familiale depuis des générations. La plupart ne peuvent pas se permettre les frais du processus compliqué d’acquisition de titres fonciers, et en vertu du droit libérien, le gouvernement possède toutes les terres publiques. M. Sando n’avait pas enregistré sa terre et par conséquent, cette terre appartient au gouvernement.

La compagnie Sime Darby Plantation (Libéria) est la propriété de la multinationale Malaisienne Darby-Sime. En avril 2010, le gouvernement a accordé à cette société un permis pour cultiver 10 000 hectares de palmiers à huile dans les comtés de Bomi et Mount Grand Cape. Le terrain a été loué pour 63 ans. La société a depuis demandé près de 15 000 hectares supplémentaires dans le comté de Mount Grand Cape et 20 000 autres hectares dans le comté de Gbarpolu.

Les résidents du village de Singhiam ont très vite exposé quels problèmes cela causait, et dans quelle mesure ils estimaient que le gouvernement et la société avaient manqué de tenir leurs promesses d’offrir des emplois pour les populations locales et de ne pas nuire à l’agriculture locale. Leur principal problème est la perte de leurs moyens de subsistance. L’agriculteur Fakaomoh Touray explique : « Il n’y a pas de travail ici, maintenant. Personne ne fait rien. Ce n’est pas une blague. C’est pourquoi vous voyez les gens courir vers Madina jour après jour, pour des réunions. Ils n’ont pas de nourriture ici. »

Les villageois montrent avec dédain un bâtiment contenant quatre latrines, l’un des seuls gains concrets découlant de la présence de l’entreprise.

En janvier, un article paru dans le New York Times, publié quatre jours seulement après l’investiture de la présidente Ellen Johnson Sirleaf, avait déclaré que le nouveau gouvernement « est peut être en train de semer les germes de futurs conflits en remettant de vastes étendues de terres à des investisseurs étrangers, et en dépossédant les Libériens qui vivent en milieu rural. »

La présidente a immédiatement réagi aux préoccupations exprimées dans le comté de Mount Grand Cape en visitant la région et ses résidents. Elle a admis que le gouvernement aurait dû négocier différemment. Toutefois, elle a dit aux résidents que lorsque le gouvernement signe des documents avec des entreprises étrangères, ceux-ci ne peuvent pas être modifiés.

Sime Darby a fermement démenti les accusations portées contre elle. Des communiqués de la compagnie ont souligné son engagement pour une agriculture durable et « un engagement régulier et direct avec les communautés, le respect des lois et règlements nationaux, le leadership en matière d’environnement et l’utilisation de meilleures pratiques agricoles. » La compagnie fait valoir que sa zone de concession au Libéria se trouve sur « des terres agricoles abandonnées qui ont été négligées au cours des guerres civiles, et des forêts dégradées. »

Helmy Basha est le vice-président des plantations de la division agro-alimentaire de Sime Darby. Il dit : « Pour les 15 prochaines années, nous avons prévu investir dans des infrastructures comme des routes, des ponts, l’électricité et l’eau courante. Nous allons également mettre en place des moulins. »

Le Libéria a signé des accords d’exploitation de ressources naturelles avec des investisseurs étrangers, qui ont une valeur projetée de 19 milliards de dollars. Selon un rapport du Centre pour la résolution des conflits internationaux de l’Université de Columbia, un fonctionnaire du Ministère de la planification a déclaré que ces offres couvrent presque la moitié de la superficie terrestre totale du pays.
À Mount Grand Cape, M. Sando parle d’une zone qui était autrefois constituée de marécages et de mangrove. Il dit que cette région a maintenant beaucoup de terrains prêts pour la plantation d’autres palmiers. Les villageois n’ont désormais plus d’endroit pour pêcher ou planter du riz. Comme il n’y a plus de marais, les maisons ont été inondées durant la saison des pluies, et le ruisseau a presque tari.

Les agriculteurs ont été indemnisés, mais la compensation ne couvre généralement qu’une seule récolte. Fatu Kamara a dit qu’on lui avait donné 200 dollars américains pour la terre où elle cultivait le manioc – seulement 3 dollars américains pour chaque année que la compagnie Sime Darby a le droit de l’occuper.

Voici quelques articles d’actualité sur la question des investissements fonciers au Libéria:

Huile de Palme: Sime Darby au Libéria: http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/01/26/97002-20110126FILWWW00426-huile-de-palme-sime-darby-au-liberia.php

Sime Darby s’implante au Libéria: http://www.hubrural.org/Sime-Darby-s-implante-au-Liberia.html?lang=fr&id=28