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Libéria: Comment la pisciculture peut aider les personnes vivant avec le VIH au Libéria (The Guardian)

Moses King a un problème majeur. À 48 ans, et pratiquant une agriculture de subsistance, il a dû vivre avec le stigma lié à sa maladie, et il a pu avoir accès à des médicaments antirétroviraux. Cependant, M. King et sa famille de six enfants ne parvenaient pas à consommer les bons aliments.

M. King cultive des légumes et achète du riz. Mais la viande et le poisson, qui sont de bonnes sources de protéines, coûtent cher au Libéria.

Il dit : « L’agriculture de subsistance nous a permis de survivre, mais nous avons eu tellement de problèmes. Nous ne pouvions avoir aucunes protéines, et nous ne consommions pas les nutriments dont nous avions besoin pour rester en santé. »

Une bonne nutrition est particulièrement importante pour les personnes vivant avec le VIH. La recherche montre qu’elles ont besoin de quantités plus élevées que la moyenne afin d’éviter que leur santé ne se détériore. Une bonne nutrition est essentielle quand on prend des médicaments antirétroviraux. Mais la nourriture coûte très cher au Libéria. Le riz est souvent importé et coûteux, et la plupart des gens ne peuvent pas se permettre d’acheter du poisson et de la viande.

On estime que 50 000 personnes vivent avec le VIH au Libéria. Soixante pour cent d’entre elles sont des femmes ou des filles. Cette maladie est encore associée à un stigma et à de la discrimination. La moitié des personnes vivant avec le VIH au Libéria ne reçoivent pas de traitement pour l’infection.

Pate Chon est un conseiller qui travaille avec des gens qui vivent avec le VIH. Elle vit avec le VIH depuis 1992. Après avoir suivi un documentaire sur la pisciculture en Thaïlande, elle a décidé de mettre en œuvre un projet au Libéria afin d’employer des gens vivant avec le VIH et de leur donner accès à de bonnes sources de protéines.

Mme Chon dit : « Beaucoup des gens avec qui je travaille n’ont pas les moyens d’avoir un régime alimentaire équilibré sur le plan protéique, et le poisson est une source tellement pure de protéines (…) c’est quelque chose que nous pouvons élever. »

Mme Chon a rencontré un homme nommé John Sheehy qui avait étudié l’aquaculture, et ils ont décidé d’établir une ferme piscicole. Il a fait une collecte de fonds en vue de bâtir une ferme piscicole à but non lucratif près de Monrovia, la capitale du Libéria.

Le projet a grandi, devenant la Grow2Feed Liberia Fish Farm. Cette ferme a 12 bassins, chacun produisant 5000 poissons par cycle quand ils sont remplis. La ferme peut produire jusqu’à 200 000 poissons par année. Après la récolte, l’eau et les déchets accumulés dans les bassins sont utilisés pour irriguer les cultures, ce qui est aussi source de nourriture et de revenus pour les travailleurs.

M. King et sa famille font partie d’une communauté de 1200 personnes qui bénéficient du système. La plupart des gens de la communauté vivent avec le VIH. M. Sheehy dit : «  Les membres de la communauté vivent près de la ferme, et ont accepté de faire partie de la coopérative. Beaucoup travaillent à la ferme ou s’occupent des cultures, et en retour ils ont du poisson. »

Les membres de la communauté peuvent eux-mêmes manger du poisson, ou vendre du poisson afin d’acheter des produits alimentaires de base.  La ferme piscicole permet aux gens de la communauté de se réintégrer à la société en participant au troc hebdomadaire et en faisant du commerce avec d’autres habitants dans les marchés.

Les experts en pisciculture disent que cette pratique a un énorme potentiel en Afrique. Une grande quantité du poisson qu’on retrouve sur le marché africain est importée de Chine sous forme congelée, et certains poissons sont de mauvaise qualité.

Le projet a suscité l’intérêt du gouvernement libérien et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui a collaboré avec Grow2Feed pour offrir une formation.

M. Sheehy dit : « Nous sommes une entreprise à but non lucratif à 100 pour cent, et nous ne perdrons pas notre aspect justice sociale. »