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Kenya : Des riziculteurs exploitent les marées pour augmenter leur production (InfoNile, Standard Media Group Kenya)

Sous le soleil brillant du midi, le village d’Ozi, tel un paradis perdu, est niché à l’extrémité arrière du delta de Tana dans le comté de Tana River. Le village longe l’océan Indien d’un côté et le fleuve Tana, le plus long du pays, de l’autre. Durant les saisons où il y a des inondations et des marées hautes, Ozi devient une île. Puis, lorsque l’eau se retire, il rejoint le continent à Kalota Brook où l’eau de mer salée se mélange à l’eau douce.

Ces marées océaniques font d’Ozi un grenier côtier inégalé, résultant de « l’irrigation naturelle » où les marées poussent l’eau de mer dans les rizières.

Saidi Nyara est un riziculteur de la région. Il déclare : « Contrairement à d’autres régions productrices de riz où l’eau est parfois une denrée rare, à Ozi, nous dépendons des marées qui poussent l’eau en aval vers les rigoles et finalement vers les exploitations. »

Selon les agriculteur.trice.s, les marées hautes commencent à faire monter le niveau du fleuve Tana en mi-octobre chaque année, et les agriculteur.trice.s creusent des rigoles pour permettre à l’eau de s’écouler vers leurs exploitations agricoles. C’est également la saison où beaucoup récoltent leurs produits agricoles pour préparer le terrain pour une nouvelle saison agricole.

L’agent du sous-comté du delta de Tana, Zilambe Kombo, affirme qu’il y a deux saisons de production de riz durant lesquelles un.e riziculteur.trice peut récolter jusqu’à 29 sacs de riz par acre. Les riziculteur.trice.s vendent leur riz localement.

Cependant, même si le système d’irrigation naturelle d’Ozi implique que les riziculteur.trice.s n’ont pas besoin de machines pour irriguer leurs rizières, l’eau de mer salée représente un autre défi. L’intrusion de l’eau de mer dans la région s’est intensifiée au fil du temps. Selon des spécialistes environnementaux, le changement climatique y est pour quelque chose.

Le directeur de Nature Kenya, Paul Matiky, soutient que, bien que le fleuve Tana soit le plus long du pays, une grande partie de l’eau est prélevée pour l’irrigation et cela réduit considérablement le flux en aval, surtout en saison sèche.

Monsieur Matiku déclare : « Dans de tels cas, il y a un petit flux d’eau en aval qui repousse l’eau de l’océan. En retour, l’eau de l’océan repousse beaucoup plus loin à l’intérieur des terres, causant des dommages importants pour les agriculteurs. »

Monsieur Matiku ajoute qu’étant donné que le delta de Tana est au-dessous du niveau de la mer, il est facile pour l’eau de mer de s’introduire dans les exploitations agricoles, et sa concentration élevée en sel déshydrate les cultures, entraînant ainsi des pertes.

À mesure que l’eau salée s’infiltre de plus en plus, des organisations telles que l’Autorité nationale de gestion de la sécheresse, Nature Kenya, CISP, GROOTS, Prosacur et l’Organisation kényane de recherche sur l’agriculture et l’élevage, ou KALRO, développent des variétés de riz qui résistent dans les milieux très salins.

Le chercheur de KALRO, John Kimani, soutient que son institution a produit un certain nombre de variétés de riz à rendement élevé qui résistent aux maladies et à la salinité. De nombreuses variétés, dont celles développées localement et connues sous les noms de Komboka, Saro, Daurado Précoce, Nerica, CSR 36 et O8FAN10 ont été développées dans le cadre de partenariats avec des organisations tels que l’Initiative Corée-Afrique de coopération alimentaire et agricole, l’Agence japonaise de coopération internationale et le ministère de l’Agriculture et des Comtés.

Selon monsieur Tombo, les nouvelles variétés aident les riziculteur.trice.s à accroître leur production malgré le bas niveau des eaux du fleuve Tana.

Monsieur Nyara raconte que lui et d’autres collègues ont obtenu ces semences de riz grâce à l’Association des riziculteurs de Mpozi, une organisation faîtière qui réunit les riziculteur.trice.s de la région.

Il explique : « Une fois que nous récoltons, nous rapportons une partie des semences à l’association pour qu’elle les conserve, afin que lorsque la période des semis arrivera, nous puissions accéder facilement aux semences, ainsi qu’à celles fournies par les organismes de conservation avec lesquels nous travaillons. »

L’an dernier, KALRO s’est associée à l’Initiative Corée-Afrique de coopération alimentaire et agricole pour promouvoir la production du riz dans la région côtière en signant un contrat avec les riziculteur.trice.s pour qu’ils/elles cultivent le riz certifié ayant fait l’objet de recherches et pour fournir des semences au Service d’inspection de la santé des plantes pour certification.

Selon monsieur Kimani, ce partenariat a permis la production de semences certifiées dans la région côtière pour la première fois.

Il explique : « Grâce au rendement élevé obtenu par lot, les riziculteurs peuvent gagner plus d’argent avec ces variétés, surtout face au changement climatique et à la pandémie. »

La présente nouvelle est inspirée de l’article intitulé « Rice farmers in Kenya utilize ocean tides to boost production » écrit par Caroline Chebet pour Standard Media Group Kenya et publié par Lina Mawamachi de Sifa Radio. L’intégralité de l’article est disponible en anglais et en swahili auhttps://www.infonile.org/en/2022/01/rice-farmers-in-kenya-utilize-ocean-tides-to-boost-production/ [1].