Guinée: Les femmes tirent profit du jardinage urbain (IPS)

| juillet 30, 2012

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La popularité du maraîchage grandit rapidement dans les zones limitrophes de la ville de Conakry, la capitale de la Guinée, ce qui fait croître les revenus de certains groupes de femmes et leur donne une certaine indépendance.

Une association de jardinage regroupant 14 femmes entretient un lopin de terre situé en basse altitude, à Kobaya, juste en dehors de Conakry. Ces femmes louent ce terrain fertile de trois hectare pour 130$ américains par mois.

La plupart des membres du groupe faisaient pousser leurs légumes pour la consommation familiale. Mais en 2007, elles se sont unies pour commencer à faire du jardinage commercial.

Fanta Camara est présidente de l’association. Elle énumère les produits cultivés: « tomates, pommes de terres, oignons, laitue, poivrons et concombres ».

Le groupe a un abri pour stocker le matériel agricole -houes, râteaux et arrosoirs- ainsi que des sacs et des boîtes pour transporter les produits jusqu’au marché. Elles ont deux puits qui fournissent de l’eau pour l’irrigation.

Moïse Koundouno est vulgarisateur agricole dans le District Ratoma, à Conakry. Il dit: « Le maraîchage a à la fois un rôle social et économique. C’est une source d’emploi et de revenus. » M. Koundouno dit qu’il représente plus de 50% des revenus de la moitié des jardiniers péri-urbains.

Dramane Fofana est un vulgarisateur qui a travaillé avec le groupe. Il confirme que le groupe obtient de bonnes récoltes, sur chaque carré de 10 mètres sur 10 dédié à une culture particulière. L’Association Kobaya compte sur l’utilisation du fumier pour produire des légumes tout au long de l’année.

Les femmes font de la culture des légumes leur principale activité hors-saison. Leurs légumes arrivent sur le marché de la façon la plus simple, par le biais de ventes directes sur leur ferme, ou de vendeurs communautaires en gros.

Pour ceux qui pratiquent le maraîchage autour de Conakry, il est crucial d’apporter les légumes au marché durant la saison sèche de novembre à avril, surtout en janvier et février. Les prix des légumes varient grandement en ville, le prix des produits frais étant trois fois plus élevé quand les légumes se font rares.

Ramatoulaye Touré est la trésorière du groupe. Elle estime les profits annuels à 10 000 dollars. Elle dit que les revenus sont partagés après déduction des frais de location du terrain et des frais d’achat d’intrants.

Beaucoup de membres du groupe sont satisfaites des résultats. Hawa Dabo, une mère de cinq enfants, est l’une d’entre elles. Elle dit: « J’ai gagné environ 500 dollars à la fin de l’année 2011. Cet argent m’a permis de m’occuper de mes enfants et de soutenir mon mari qui n’a pas d’emploi. »

Les pertes qui suivent les récoltes sont une des difficultés de ces femmes; les produits invendus pourrissent et vont à la poubelle. Depuis 2010, le groupe a réglé ce problème en transformant une partie de leur récolte sur place, faisant de la purée de poivrons et de carottes. La purée est mise en conserve et vendue durant la saison sèche, quand les légumes se font rares. Elle se vend deux fois le prix des légumes à l’état frais.

Les cultivateurs maraîchers ont aussi des difficultés en matière d’accès à la terre. Dans les zones délimitant la capitale, la loi coutumière est encore en vigueur. La terre n’est généralement acquise que par héritage ou sous forme de prêt, et les ventes directes sont interdites.

Taliby Sako est le gérant d’un restaurant local. Il dit que l’urbanisation est aussi une menace pour les cultivateurs de légumes. « On les force de plus en plus à s’éloigner de la capitale. L’augmentation des distances à parcourir jusqu’aux champs fait augmenter les prix des produits frais. Un kilo de tomates coûte aujourd’hui huit fois le prix d’il y a cinq ans. »

Le Ministère de l’Agriculture est à la tête de l’appui gouvernemental au maraîchage, en Guinée. Avec l’aide de partenaires internationaux, il finance des projets visant à réduire la pauvreté.

Mme Camara dit que l’objectif du groupe est de bénéficier de ces programmes. « Nous comptons nous inscrire auprès du Ministère de l’Agriculture pour voir ce que nous pouvons obtenir de ce projet -ou de tout autre programme intéressé à promouvoir le maraîchage. »