Ghana: Agriculture par téléphone: Comment les SMS changent les pratiques agricoles au Ghana (SpyGhana)

| novembre 11, 2013

Téléchargez cette nouvelle

Il y a trois ans, Abdul Rahman Takoro ne pouvait pas se permettre d’envoyer ses huit enfants à l’école. Plusieurs d’entre eux ont dû abandonner leurs études, vu qu’il peinait à payer leurs frais, sa ferme ne parvenant pas à générer un revenu pour la famille.

M. Takoro est un agriculteur de la région Northern, au Ghana. Il hésitait à investir de l’argent dans sa ferme de trois hectares et demi parce qu’il ne pensait pas que son investissement serait payant. Mais la chance de M. Takoro a tourné maintenant qu’il a découvert une technologie SMS rendue disponible par Esoko, une compagnie privée de communication.

Le système de messagerie-texte d’Esoko est simple et aide les agriculteurs à accéder à des informations utiles sur la météo, des méthodes agricoles améliorées et des prix de marché. Alors que certains agriculteurs obtiennent ces informations par l’intermédiaire d’agents de vulgarisation, les vulgarisateurs atteignent à peine un quart des agriculteurs du Ghana. Les agriculteurs manquent souvent d’éducation et de ressources pour améliorer leurs rendements, répondre à la demande, et réagir adéquatement à l’augmentation du prix des semences, des engrais et des pesticides.

Clement Kofi Humado est le Ministre de l’alimentation et de l’agriculture. Il admet que les agriculteurs peuvent faire face à de sérieux défis. L’industrie agricole du Ghana a des difficultés considérables, ces dernières années. Il y a dix ans, l’agriculture représentait 40 pour cent du PIB, selon le Ministère. Maintenant, ce chiffre n’est que de 27 pour cent.

M. Humado dit: « (…) Les petits exploitants agricoles, particulièrement dans les régions Brong Ahafo, Upper East et Upper West, ont produit beaucoup de grains (…) [mais] sont incapables de [l’]envoyer au marché. »

Sans source sure en matière d’informations sur les prix, les agriculteurs ne sont souvent pas au courant des prix de marché pour leurs produits de culture. Alors, les commerçants dictent souvent leurs prix aux agriculteurs.

Les chercheurs d’Esoko visitent cinquante marchés d’un bout à l’autre du Ghana afin de compiler le taux de marché du jour. Cette information est transmise via SMS aux agriculteurs et aux commerçants qui sont abonnés au service. Les agriculteurs peuvent aussi recevoir des informations sur les tendances météorologiques, et des conseils concernant le moment idéal pour labourer, pour semer, et même pour récolter leurs produits de culture.

M. Takoro est parmi les quelques 120 000 agriculteurs de la région Northern qui font usage d’informations basées sur les SMS. Il reçoit ainsi des messages-textes depuis deux ans.

Il dit: « Ce que nous obtenons, grâce à Esoko, est incommensurable. On nous avertit des prix de marché en vigueur dans toute la nation (…) peu importe ce que je produis, je peux l’envoyer là pour la vente. » Le tout dernier SMS de M. Takoro l’informait que 100 kilos de maïs jaune se vendaient pour 70 cedis [31$ US] au Marché Agbogbloshie d’Accra, et que le prix du sorgho était de 160 cedis [72$ US] le sac.

Grâce à Esoko, M. Takoro peut déterminer s’il fera un plus grand profit en vendant sa récolte aux commerçants ou en la vendant au marché. Il transmet d’ailleurs ces informations à d’autres agriculteurs, dont certains ont fait augmenter leurs rendements grâce aux messages-textes.

Mieux encore, M. Takoro peut maintenant se permettre d’envoyer ses enfants à l’école.