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Éthiopie : Les agricultrices et les agriculteurs ont du mal à combattre la rouille jaune du blé

Girma Assefa est un agriculteur dans la cinquantaine, père de cinq enfants. Il vit dans le village de Laga -Bulo Laga-Beri, à environ 40 kilomètres d’Addis Abeba, la capitale éthiopienne. Sa famille dépend entièrement de l’agriculture. Il cultive du blé, du tef et de l’orge sur un terrain d’un demi-hectare. Il vend également du lait, et parfois du bétail. Lorsque les récoltes sont bonnes, il n’éprouve aucune difficulté à commercialiser ses produits. Le revenu de M. Assefa lui permet d’envoyer ses enfants à l’école. Toutefois, il a un problème.

M. Assefa marche dans son champ de blé et s’assoit à l’ombre d’un grand arbre pour parler de son problème. Il déclare : « Notre principal problème c’est la rouille. La rouille [jaune] détruit … nos cultures même si nous pulvérisons des produits chimiques pour l’éliminer. » Il affirme qu’il y a eu des épidémies de rouille pendant les cinq dernières années.

Le blé est une culture importante en Éthiopie. On le cultive sur plus d’un million et demi d’hectares. Il pousse essentiellement dans les régions montagneuses d’Éthiopie, et ce sont surtout les agricultrices et les agriculteurs d’exploitations familiales qui le cultivent. Plus de la moitié du blé est consommé à l’échelle nationale, et de peu plus petites quantités sont vendues ou utilisées pour la production de semences, les aliments d’animaux et à d’autres fins. Le blé occupe une place importante dans les familles qui l’utilisent pour faire du pain, de la bouillie, du kollo (blé rôti), du nifro (blé bouilli) et du tella, une célèbre bière locale.

Ato Mendaye Megersa est agronome dans la localité. Il est d’avis que la rouille est le principal problème qui se pose au niveau de la culture du blé. Il déclare : « La seule solution consiste à utiliser des produits chimiques. L’autre option … consiste à encourager les agricultrices et les agriculteurs à utiliser des semences améliorées … [Mais] la maladie détruit [également] les semences améliorées … C’est la raison pour laquelle nous insistons sur le fait que la solution ultime c’est d’utiliser des produits chimiques. »

Yeshi Bejiga est une mère de deux enfants originaire du village de Laga Belo. Elle cultive un demi-hectare de terre, qu’elle a hérité en partie de ses parents. En plus de cela, elle produit et vend des aliments et des boissons locales. Elle parle de la lutte menée contre la rouille : « Nous savons que la maladie est présente lorsque nous apercevons différentes couleurs sur les cultures. Ces couleurs deviennent jaunes … Cependant, si nous pulvérisons tôt les produits chimiques, cela résout le problème. »

Legesse Bejiga est un agriculteur local qui gagne sa vie depuis 30 ans grâce à l’agriculture. Il a un point de vue quelque peu divergent sur la rouille. Il affirme qu’il n’y a aucune pénurie de produits chimiques, mais que le problème se pose au niveau de leur utilisation. Il explique : « Nous n’avons pas reçu de formation précise. Il existe plusieurs types d’herbicides. Par exemple : après avoir utilisé les herbicides pour mes cultures de tef, j’ai ajouté un autre produit chimique pour une autre culture sans avoir nettoyé le contenant, et les plantes ont péri. Je ne savais pas qu’il fallait nettoyer le pulvérisateur après l’avoir utilisé … »

Ato Letta est une scientifique agricole qui travaille dans la région. Elle affirme que la rouille a commencé à devenir un problème grave lorsque le changement climatique est survenu dans la région. Elle déclare : « La rouille a surgi en 2003 à la suite de la hausse des températures liée au changement climatique. Nous apprenons aux agricultrices et aux agriculteurs à utiliser les produits chimiques et la quantité qu’ils doivent utiliser pour empêcher la propagation de la rouille. [Cependant], ce qui aggrave la maladie c’est qu’ils ne font pas un bon suivi de leurs cultures. Si vous ne traitez pas la rouille immédiatement, elle se propage rapidement. »

Diribe Hordofa est une agricultrice locale qui utilise des semences améliorées qui lui permettent de doubler sa récolte. Toutefois, ses cultures de blé sont attaquées par le blé. Elle est d’avis avec M. Ejegu sur la nécessité d’effectuer un suivi et de pulvériser les produits au moment approprié. Elle déclare : « Certains agricultrices et agriculteurs ne savent pas comment utiliser les produits chimiques, qui doivent être pulvérisés aussitôt que la maladie survient. Pendant la pulvérisation, nous devons utiliser la quantité que les experts nous indiquent. »